Le Canada ne vise pas une dénucléarisation complète du monde pour le moment

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Par ses deux récents votes aux Nations unies, le Canada a appuyé un traité interdisant un ingrédient clé dans la fabrication d'armes nucléaires, tout en s'opposant au nom du réalisme à une dénucléarisation complète de la planète.(Photo Sputnik)
Par ses deux récents votes aux Nations unies, le Canada a appuyé un traité interdisant un ingrédient clé dans la fabrication d’armes nucléaires, tout en s’opposant au nom du réalisme à une dénucléarisation complète de la planète.(Photo Sputnik)

Autre exemple de « conviction responsable » peut-être, le Canada a appuyé cette semaine à l’ONU un traité interdisant un ingrédient clé dans la fabrication d’armes nucléaires, tout en s’opposant au nom du réalisme à une dénucléarisation complète de la planète, une approche décriée par certains, mais qui a recueilli l’appui de 177 États aux Nations unies.

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, s’est réjoui vendredi de « l’appui massif qu’une résolution proposée par le Canada pour faire progresser l’adoption d’un traité sur l’interdiction de la production de matières fissiles a reçu à la Première Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies ».

La résolution, adoptée grâce à l’appui de 177 États membres des Nations Unies, vise la mise sur pied d’un groupe préparatoire de haut niveau ayant le mandat de recommander les éléments d’un traité qui bannirait la production de matières fissiles. Elle a été coparrainée par l’Allemagne et les Pays-Bas.

Toutefois, une coalition canadienne militant en faveur d’un désarmement nucléaire s’est empressé de fustiger Ottawa pour avoir refusé la veille, jeudi, de soutenir un projet de résolution qui aurait enclenché processus de négociations avec un objectif plus ambitieux, la signature d’un traité légalement contraignant sur la dénucléarisation.

« Les tensions entre la Russie et les États-Unis sont dangereusement élevées, des programmes de modernisation massives d’armes nucléaires sont en cours. La négociation [ pour parvenir à un traité légalement contraignant sur la dénucléarisation, NDLR] est le meilleur espoir qu’a la communauté internationale de s’éloigner du gouffre nucléaire », a déclaré. Peggy Mason, ancien ambassadrice canadienne pour le désarmement à l’ONU et aujourd’hui présidente de l’Institut Rideau, un groupe de recherche et de réflexion indépendant basé à Ottawa.

« Le vote du Canada contre cette résolution place tout simplement le pays du mauvais côté de l’histoire », d’ajouter Peggy Mason, soulignant que « Le Canada était parmi seulement une poignée de pays qui ont voté non ».

Au nom de la raison ?

C’est au nom du réalisme que le Canada privilégie une autre démarche, plus progressive: les travaux du groupe préparatoire de haut niveau, qui sera composé de 25 États, y compris des États qui possèdent des armes nucléaires, constitueront la seule initiative de désarmement nucléaire actuelle qui réunira des États dotés d’armes nucléaires et d’autres qui n’en possèdent pas, se défend Ottawa. Ce groupe de haut niveau, dit-il, fera progresser les préparatifs pour négocier un traité sur l’interdiction de la production de matières fissiles au cours des deux prochaines années.

« Un traité sur l’interdiction de la production de matières fissiles restreindrait la production et l’accès aux matières nécessaires pour créer des armes nucléaires. Un tel traité est presque universellement considéré comme la prochaine étape logique dans le désarmement nucléaire. », fait valoir Ottawa.

« Le Canada attache une très grande importance à la réalisation de progrès concrets en matière de désarmement nucléaire. L’adoption de cette résolution, bénéficiant du soutien d’États dotés d’armes nucléaires et d’autres qui n’en possèdent pas, nous met sur la bonne voie », a déclaré le ministre Dion.

« Les négociations à venir sur l’adoption d’un traité sur l’interdiction de la production de matières fissiles seront ardues. Il est toutefois possible de réaliser des progrès en vue de se doter d’un tel traité dans un avenir proche, et le Canada ne ménagera aucun effort pour en assurer la réussite. », d’expliquer le chef de la diplomatie canadienne.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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