Op. IMPACT: l’opération de tous les dangers est à un tournant (VIDÉO)

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L’opération IMPACT est à un tournant alors que les Canadiens, plus actifs sur la ligne de front, ont échangé des coups de feu avec les djihadistes et que, à la veille de la reconquête de Mossoul, la situation est toujours extrêmement complexe, tant politiquement que militairement.

Le lieutenant-général Stephen Bowes, commandant du Commandement des opérations interarmées (COIC), et le brigadier-général Peter Dawe, commandant-adjoint du Commandement des opérations spéciales du Canada ont fait le point sur l’opération IMPACT, jeudi 6 octobre à Ottawa

Peter Dawe a ainsi révélé qu’il y a eu plusieurs cas où des militaires canadiens des Forces spéciales ont eu à se défendre alors « qu’ils travaillaient aux côtés des Kurdes, qu’ils défendaient des Kurdes à leur demande ou qu’ils protégeaient des non-combattants à l’intérieur de la zone d’opérations », mais, a-t-il assuré « ces événements n’ont pas entraîné de blessures chez les Canadiens ».

Avec la mission des conseillers canadiens qui devient plus offensive a augmenté la fréquence d’engagements avec les djihadistes.

Les Canadiens ont en effet maintenant réorienté leur mission vers la prestation de conseil et d’assistance plutôt que vers la formation, passant plus de temps à superviser les opérations et à observer les résultats des engagements à proximité de la ligne kurde, avec tous les dangers que cela représentent pour nos soldats.

Avare de détails pour d’évidentes raisons de sécurité, le commandant-adjoint des Forces spéciales assure cependant que les Forces armées canadiennes et les Forces d’opérations spéciales n’ont surtout pas oublié les leçons apprises lors du décès en mars 2015 du sergent Andrew Doiron, victime de tirs amis alors qu’il revenait avec son équipe de la ligne de front où ils avaient assisté les peshmergas dans leur utilisation d’équipements optiques.

Une situation extrêmement complexe

Le commandant du COIC n’a pour sa part pas caché que « la situation sur le terrain est extrêmement complexe. Daech [autre nom donné au groupe État islamique]conserve sa capacité d’action et contrôle toujours d’importantes portions du territoire irakien que le groupe défend farouchement contre les forces gouvernementales ».

« Même s’il a été affaibli et forcé de se retirer de plusieurs villes […], il demeure déterminé à combattre et peut encore lancer des attaques à petite échelle qui retardent la progression des forces gouvernementales, et plus particulièrement celles qui se préparent à libérer Mossoul », explique le lieutenant-général.

Il y a fort à parier que l’EI passe avec succès de la guerre à la guérilla: « Il faudra de nombreuses années pour éliminer définitivement Daech, étant donné qu’il se retournera probablement vers des ‘tactiques asymétriques déplorables’ au fur et à mesure qu’il perdra du terrain, comme il le fait déjà dans toutes les zones qui échappent à son contrôle », a prévenu Stephen Bowes,

Le brigadier-général Peter Dawe, allant encore plus loin, n’a pas hésité pour sa part à parler « d’un ennemi méprisable », alors que les combattants kurdes aidés et conseillés par les militaires canadiens sont contraints de se battre selon les règles occidentales contre un ennemi qui ne connaît, lui, aucune règle.

Difficile toutefois de prédire l’avenir avec précision: « C’est une histoire compliquée remontant à des centaines d’années. Impossible de dire ‘Voici comment cela va se dérouler, voici comment Mossoul va être libérée' », pas plus que ce qui va arriver après, de déclarer le lieutenant-général Bowes.

Où en sont les combattants kurdes ?

Les forces de sécurité kurdes (FSK), des combattants déjà « avérés et aguerris », ont fait encore beaucoup de progrès depuis de début de l’opération IMPACT à l’automne 2014, souligne le commandant-adjoint des Forces d’opérations spéciales du Canada qui ont formé, en tout, près de 2 000 soldats des FSK.

La valeur des combattants kurdes a été démontrée de façon éloquente quand, en mai dernier, les forces kurdes ont entrepris une série d’opérations offensives pour déloger les djihadistes « de positions cruciales dans plusieurs régions vulnérables, à proximité de leurs lignes de défense ».

Les succès de cette opération ont jeté les bases d’une opération subséquente en août où les combattants kurdes ont libéré environ 200 kilomètres carrés adjacents à leur ligne de front, éliminant notamment l’EI dans une dizaine de villages « et dans des positions géographiques qui vont probablement se révéler importantes sur le plan tactique » dans la reconquête de Mossoul, explique le brigadier-général Dawe.

Mais, quant au rôle des peshmergas dans la reconquête, alors que le gouvernement irakien, dont la discrétion n’est pas la première qualité, a fait savoir qu’ils devraient se limiter à assurer la sécurité à la périphérie de la ville et ne seraient donc pas appelés à entrer à Mossoul, le brigadier-général Dawe, disant que l’information est « classifiée », a refusé de confirmer quel serait le rôle exact des Forces de sécurité kurdes.

Le lieutenant-général Bowes, pour sa part, n’a pu que dire que les rôles des diverses composantes de la coalition dans la reconquête de la ville étaient encore l’objet de discussion…

Le Camp « Érable »: les Canadiens continuent à faire une différence

Outre l’équipe de liaison ministérielle qui fournit du soutien au quartier-général de la coalition à Bagdad, la présence de Canadiens dans les quartiers généraux de la coalition partout au Moyen-Orient, la présence dans les airs de nos avions de surveillance et de reconnaissance CP-140 Aurora et de notre avion de ravitaillement en vol CC-150 Polaris, d’autres apports enrichissent encore la mission canadienne.

Jeudi 6 octobre, le même jour où le lieutenant-général Bowes et le brigadier-général Dawe faisaient à Ottawa le point sur l’opération IMPACT, le 430e Escadron tactique d’hélicoptères de Valcartier assumait, lui, le commandement du détachement d’aviation, succédant au 427e Escadron d’opérations spéciales d’aviation de Petawawa.

Les militaires du 430 se tenaient prêts déjà depuis plusieurs mois puisqu’un ordre d’avertissement était tombé au mois d’avril, soit il y a 6 mois.

Le détachement compte environ 60 militaires, qui s’occupent du pilotage et de la maintenance de trois hélicoptères CH-146 Griffon. Un quatrième hélicoptère devrait arriver en théâtre au cours des prochaines semaines.

Les hélicoptères de Valcartier viennent ainsi appuyer les opérations, assurant le transport du personnel, la liaison avec celui-ci, la reconnaissance, le transport de matériel et l’évacuation des blessés au besoin.

La contribution canadienne sera aussi renforcé, comme l’avait annoncé les ministre Sajjan en juillet, par une installation médicale de rôle 2 qui comprendra deux salles d’opérations et des équipes chirurgicales intégrées.

Au point de presse à Ottawa jeudi, le commandant du COIC a confirmé que l’hôpital canadien offrira la réanimation, la chirurgie de sauvetage, les soins intensifs, les soins dentaires, l’imagerie diagnostique et un laboratoire médical. L’installation, a précisé le lieutenant-général, sera le principal centre médical des forces de la coalition dans le nord de l’Irak.

Environ 50 membres des Forces armées canadiennes y travailleront et l’installation devrait être opérationnelle au cours des prochaines semaines.

C’est le détachement Erbil, connu sous le nom de Camp « Érable », qui assurera les fonctions de soutien direct, de commandement et de contrôle pour les nouvelles capacités dans la région.

La Jordanie et le Liban

Il ne servirait à rien de stabiliser l’Irak en laissant d’autres endroits de la région être déstabilisés par l’EI a aussi prévenu le commandant du COIC.

« En août, une équipe canadienne d’évaluation de la formation est arrivée à Amman pour collaborer avec les forces armées jordaniennes et déterminer comment les Forces armées canadiennes pourraient contribuer de façon optimales » et « une équipe semblable vient tout juste d’être envoyée au Liban », a déclaré Stephen Bowes.

Des équipes de formation, composées principalement de membres de l’Armée canadienne devraient ensuite être déployés pour mettre sur pied des programmes de renforcement des capacités avec la Jordanie et le Liban.

Le Canada fera également don d’équipement non létal s’impliquera dans des projets d’infrastructures « tels que des lignes de communication et des infrastructures de défense ».

Bref, le Moyen-Orient est un vaste chantier de « reconstruction » et les travaux sont loin d’être terminés.

Il restera maintenant à voir si nous saurons faire preuve de patience ou si nous abandonnerons prématurément pour être obligés de tout recommencer plus tard…

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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