Ouragan Matthew: Ottawa fournit une aide humanitaire, les Forces armées canadiennes prêtes à intervenir

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Le NCSM Athabaskan en formation avec 2 navires de défense côtière et une frégate américaine lors de l'exercice CUTLASS FURY le 18 septembre 2016. (Caporal Kenneth Galbraith)
Le NCSM Athabaskan en formation avec 2 navires de défense côtière et une frégate américaine lors de l’exercice CUTLASS FURY le 18 septembre 2016. (Archives/Caporal Kenneth Galbraith)

Remis à jour le 10/10/2016 à 14h09

La ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, a annoncé samedi qu’une somme de 3,8 millions de dollars serait affectée à Haïti et à la région à la suite des évaluations des besoins qui y sont menées actuellement alors que, de son côté, les Forces armées canadiennes ont procédé au chargement de fournitures de soutien à bord des ressources navales sur la côte Est et les navires canadiens sont prêts à appareiller.

Ce financement s’ajoute à un décaissement de 780 000 $ versé le 6 octobre à la Croix-Rouge canadienne, à l’Aide à l’enfance Canada et à Oxfam Canada pour réagir rapidement à la situation actuelle dans les Caraïbes. La contribution du Canada à l’aide humanitaire s’élève à un total de 4,58 millions de dollars.

Des 3,8 millions de dollars annoncés samedi, une somme de 3,5 millions de dollars est destinée à Haïti et visera à répondre aux besoins les plus pressants et aux besoins émergents, notamment une aide alimentaire, des soins de santé, des services de nutrition, des abris et une protection.

Les autres 300 000 $ seront affectés à Cuba et répondront aux besoins en matière d’aide alimentaire et de logistique pour appuyer les activités réalisées sur le terrain.

« Ce financement permettra de s’assurer que l’aide du Canada ciblera également les personnes les plus vulnérables et les plus difficiles à atteindre, y compris les femmes et les enfants. Le gouvernement du Canada est prêt à aider les personnes touchées par cet ouragan si dévastateur. », a déclaré la ministre Bibeau.

Cette aide supplémentaire sera versée par l’entremise d’organismes humanitaires des Nations Unies et d’organisations internationales clés qui jouent actuellement un rôle central dans les efforts de secours; ce financement sera essentiel à la prestation d’une aide vitale au cours des jours et des semaines à venir.

Affaires mondiales Canada, en collaboration avec la Croix-Rouge canadienne, se prépare aussi à envoyer des articles d’urgence, y compris des bâches, des trousses d’outils pour les abris, des ensembles d’articles de cuisine, des trousses d’hygiène et des contenants pour transporter de l’eau potable en toute sécurité, provenant d’entrepôts de Mississauga, en Ontario, afin de soutenir les activités de secours d’urgence en Haïti. Les articles d’urgence seront distribués par la Société de la Croix-Rouge d’Haïti afin de répondre aux besoins immédiats d’au plus 2 000 familles touchées par l’ouragan.

Les Forces armées canadiennes se tiennent prêtes

Les Forces armées canadiennes effectuaient pour leur part une préparation et une planification militaire prudente afin d’être en mesure de soutenir toute opération de secours qui pourrait être ordonnée par le gouvernement du Canada, explique la Défense nationale.

«Par exemple, on procède actuellement au chargement de fournitures de soutien à bord des ressources navales sur la côte Est, les capacités aériennes stratégiques sont en attente, et les membres des Forces armées canadiennes sont prêts, comme c’est toujours le cas », expliquait Ashley Lemire, porte-parole de la Défense, dans un courriel envoyé à 45eNord.ca.

Le NCSM Athabaskan (DDG 282), le dernier destroyer de la classe Iroquois de la Marine royale canadienne, qui a quitté Halifax cet-après-midi pour la Maryland Fleet Week du 10 au 17 octobre à Baltimore à laquelle participeront plus d’une douzaine de navires américains et canadiens et des milliers de marins, pourrait repartir pour Haïti s’il en reçoit l’ordre, de nous expliquer de son côté le capitaine Bouchard du Commandement des opérations interarmées du Canada.

Les Forces armées canadiennes sont ainsi prêtes à appuyer les efforts du gouvernement avec rapidité, efficacité et fierté, ajoute le ministère de la Défense qui rappelle que l’Équipe canadienne d’évaluation des catastrophes (ECEC), dirigée par Affaires mondiales Canada, est actuellement toujours sur place et évalue la situation afin de cerner les possibilités de suivi du gouvernement du Canada sur les options d’intervention‎.

L’Équipe canadienne d’évaluation des catastrophes joue un rôle essentiel en fournissant des renseignements sur la portée des besoins en Haïti, ce qui nous permet d’aider sans tarder les personnes qui ont besoin d’une aide vitale immédiate.

Le 4 octobre 2016, l’ouragan Matthew a frappé Haïti, la Jamaïque, Cuba et la République dominicaine.

À la suite du passage de l’ouragan Matthew, le gouvernement d’Haïti devrait également recevoir un paiement d’assurance d’un peu plus de 20 millions de dollars américains du CCRIF SPC (anciennement le Mécanisme d’assurance contre les risques liés aux catastrophes dans les Caraïbes).

Affaires mondiales Canada a versé un financement à ce fonds d’affectation spéciale multidonateurs de la Banque mondiale, anciennement connu sous le nom de CCRIF, pour offrir une assurance contre le risque de catastrophe en Amérique centrale et dans les Caraïbes.

Haïti face à une crise humanitaire inquiétante

Haïti fait face à une crise humanitaire inquiétante, qui nécessite une «réaction majeure» de la communauté internationale selon l’ONU, après le passage la semaine dernière de l’ouragan dévastateur Matthew qui a fait au moins 372 morts.

Au total, plus de 175 500 personnes sont hébergées dans des abris provisoires. Les autorités ont également répertorié 4 disparus et 246 blessés.

Le département de la Grande Anse, directement traversé par l’ouragan, est le plus touché avec 198 morts, 97 blessés et 99 400 personnes en abris provisoires.

Au moins 1,4 million de personnes ont besoin d’une assistance d’urgence, plus de 300 écoles ont été endommagées tandis que des cultures et des réserves alimentaires ont été détruites, a relevé lundi Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU.

Les Nations unies ont lancé lundi un appel d’urgence pour collecter 120 millions de dollars destinés à couvrir les besoins du pays le plus pauvre de la Caraïbe pendant trois mois.

Haïti a commencé dimanche un deuil national de trois jours, avec la crainte d’être confronté à une recrudescence du choléra.

Depuis octobre 2010, l’épidémie a fait près de 10 000 morts et – avant même le passage de Matthew – avec toujours plus de 500 cas chaque semaine, le pays faisait déjà face à la pire épidémie de l’histoire récente à l’échelle mondiale.

Selon le ministère de l’Intérieur, 60% des routes de la péninsule sud ont été endommagées mais il n’y avait lundi plus de zones totalement enclavées. Certains villages ne sont néanmoins encore accessibles qu’à pied.

Sans informations précises sur ces localités isolées, la communauté humanitaire s’inquiète.

«Avant même le cyclone, cette région était déjà un terrain très propice au choléra», a rappelé Jean Ludovic Metenier, représentant adjoint de l’Unicef en Haïti. «Après le passage du cyclone, la situation est évidemment plus qu’inquiétante».

Du matériel de première urgence a été déjà convoyé dans la ville affectée des Cayes, troisième du pays, mais la distribution aux hôpitaux et centres de santé des zones affectées n’est pas encore assurée.

Cette attente attise la colère de certains habitants des mornes (collines) isolés: plusieurs convois humanitaires ont été bloqués par des barricades placées à plusieurs endroits sur la route nationale traversant la péninsule sud.

Le fiasco de la gestion post-séisme en 2010, où seule une infime fraction de l’aide a été reçue par les victimes, est dans toutes les mémoires et les familles sinistrées par l’ouragan craignent d’être oubliées.

Mieux répartir les denrées permettant à la population de se protéger du choléra, de survivre faute d’avoir encore de réserves de nourriture, c’est le crédo de Mourad Wahba.

«Le grand danger de l’aide humanitaire serait de se focaliser sur les centres urbains dans le sud parce que, à ce moment-là, les gens des mornes et des petits villages viendront chercher de l’aide à Jérémie et aux Cayes et ne quitteront jamais ces villes», a mis en garde le coordonnateur humanitaire de l’Onu en Haïti.

Pour éviter un exode rural massif, les autorités haïtiennes vont soutenir les familles rurales ayant perdu leur maigre source de revenu.

Le ministère de l’Agriculture a annoncé lundi que les petits agriculteurs seraient employés pour réparer les canaux d’irrigation et pour dégager les voies d’accès afin de préparer les champs avant l’arrivée de l’hiver.

Ce plan de relance de l’agriculture, dont le coût reste inconnu, prévoit aussi la distribution prochaine de semences pour des cultures à court cycle comme les épinards.

*Avec AFP

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