Pakistan: 61 morts dans l’attaque d’une école de police à Quetta

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L'attaque par un commando taliban à Peshawar en décembre 2014 qui avait fait plus de 150 morts, en très grande majorité des enfants, avait conduit Islamabad à créer des tribunaux militaires et à lever son moratoire sur la peine capitale, en vigueur depuis 2008. (Archives/AFP)
L’attentat a fait l’objet de deux revendications distinctes, la première des talibans pakistanais (TTP) et la seconde de l’organisation Etat Islamique (EI). (Archives/AFP)

Trois kamikazes lourdement armés ont fait irruption pendant la nuit dans une académie de police de Quetta, dans le sud-ouest du Pakistan, semant la terreur plusieurs heures durant et tuant 61 personnes.

Il s’agit de l’une des attaques les plus meurtrières cette année au Pakistan après celles de Lahore le 25 mars (75 morts) et de l’hôpital de Quetta le 8 août (73 morts).

La plupart des victimes sont de jeunes recrues de l’académie qui ont été surprises en pleine nuit dans leurs casernes. Quelque 118 personnes ont également été blessées, certaines parce qu’elles avaient tenté de s’enfuir en sautant par les fenêtres.

Selon l’armée, les assaillants ont pénétré avant minuit dans le Collège de police situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Quetta, la capitale de la province du Baloutchistan. Les vastes locaux abritaient des centaines de recrues de la police, dont beaucoup ont fui, terrifiées, pendant l’assaut.

« Il était environ 22H30 (17H30 GMT), nous étions assis en train de jouer aux cartes. Nous avons soudainement entendu des tirs et nous nous sommes cachés sous les lits. Les tirs étaient intenses et nous ne savions pas quoi faire », a raconté à l’AFP Arslan, une recrue blessée soignée à l’hôpital.

« Ils entraient dans une chambre et tiraient, puis passaient à la suivante. Ils frappaient aussi à la porte de celles qui étaient fermées en disant aux cadets qu’ils étaient des leurs, de l’armée, et quand on leur ouvrait, ils tiraient », a témoigné un autre jeune homme blessé, Hikmatullah.

Une fois l’alerte donnée, les forces de sécurité se sont rapidement mobilisées et « il a été mis fin à l’attaque environ trois heures après notre arrivée », a déclaré le général Sher Afgan, commandant du Frontier Corps, un corps paramilitaire chargé de la contre-offensive. Deux des kamikazes se sont fait exploser sur place.

L’attentat a fait l’objet de deux revendications distinctes, la première des talibans pakistanais (TTP) et la seconde de l’organisation Etat Islamique (EI).

La faction locale de Karachi (sud) du TTP explique ainsi que l’attentat visait à « venger le meurtre à l’aveugle de nos moudjahidines » par des membres des forces de l’ordre dans la province voisine du Pundjab, selon un communiqué reçu par l’AFP.

L’EI a pour sa part affirmé, via son agence de propagande Amaq, que l’attaque avait été menée par « trois kamikazes de l’Etat Islamique ».

Le général Sher Afgan a pour sa part attribué l’attaque à une faction du groupe islamiste Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), allié des talibans pakistanais. Selon lui, les assaillants « communiquaient avec des cadres en Afghanistan ».

Pour l’analyste pakistanais Amir Rana, la piste d’une action de LeJ semble de fait la plus crédible. mais « la plupart du temps, les groupes insurgés tentent le bluff après un gros attentat, pour deux raisons : pour semer la confusion et pour s’en attribuer le crédit », relève-t-il.

Le Baloutchistan, province instable

Le puissant chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Raheel Sharif, et d’autres gradés de rang élevé se sont rendus à Quetta pour assister à une cérémonie militaire en l’honneur des victimes.

Le Premier ministre Nawaz Sharif s’y est lui aussi rendu, pour présider une réunion de haut niveau consacrée à la sécurité, ont annoncé ses services.

Le site sur lequel s’est déroulée l’attaque est resté fermé aux médias mardi mais une vidéo tournée avec un téléphone par un responsable de la sécurité montrait l’intérieur du bâtiment jonché de débris, avec les restes visibles d’un grand dortoir.

Le Baloutchistan, la plus vaste et la plus pauvre des provinces du Pakistan en dépit d’importantes ressources naturelles, est l’une des plus instables. Elle est régulièrement secouée par des violences islamistes, en proie à des conflits inter-communautaires ainsi qu’à une insurrection séparatiste.

Le sanglant attentat l’été dernier dans un hôpital de Quetta avait été revendiqué à la fois par une faction talibane, Jammat-ul-Ahrar (JuA), et par l’EI.

Le Baloutchistan est également considéré comme stratégique car il est appelé à abriter d’ambitieuses infrastructures routières et énergétiques devant relier la Chine à la mer d’Arabie, un « couloir » économique sino-pakistanais (CPEC) représentant 46 milliards de dollars d’investissements chinois.

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