Plus de 20 milliards $ CAD promis à l’Afghanistan

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La conférence de Bruxelles sur l'Afghanistan, le 5 octobre 2016, copilotée par le président Ashraf Ghani (3e G) et par le président du Conseil européen Donald Tusk (4e G) (AFP / JOHN THYS)
La conférence de Bruxelles sur l’Afghanistan, le 5 octobre 2016, copilotée par le président Ashraf Ghani (3e G) et par le président du Conseil européen Donald Tusk (4e G) (AFP / JOHN THYS)

La communauté internationale, UE et Etats-Unis en tête, a renouvelé mercredi son soutien à l’Afghanistan, lui promettant 13,6 milliards d’euros (20,08 milliards $ CAD) d’aide sur 2017-2020 pour soutenir son développement, malgré la menace persistante des talibans, appelés à déposer les armes par le secrétaire d’Etat américain John Kerry.

Le niveau d’engagements atteint est « aussi proche que possible » de celui enregistré en 2012 lors de la conférence de Tokyo (16 mds USD ou 14,3 mds EUR), a précisé le commissaire européen à la Coopération internationale et au Développement, Neven Mimica, saluant un chiffre « remarquable, impressionnant ».

Comme prévu lors de la précédente conférence de donateurs, à Londres en 2014, l’aide devait « progressivement diminuer » à mesure que s’écoule la décennie de la transformation (2015-2024) de l’Afghanistan synonyme de son « autonomie croissante », a expliqué dans la matinée le secrétaire d’Etat américain John Kerry, dont le pays contribue pour un tiers environ.

Alors que l’insécurité reste le fléau numéro un dans le pays, quinze ans après la chute des talibans chassés du pouvoir par une intervention américaine, M. Kerry a pressé ces insurgés de sceller une paix « honorable » avec les autorités de Kaboul.

Il a cité comme « modèle » à suivre l’accord de paix signé fin septembre entre Kaboul et l’un des pires criminels de guerre afghans, Gulbuddin Hekmatyar, surnommé le « Boucher de Kaboul », encore en exil et qui s’est vu garantir l’immunité et un possible retour en politique malgré des protestations.

Illustration de l’insécurité persistante, un attentat suicide contre un minibus de fonctionnaires a blessé quatre personnes en fin de journée à Kaboul, tandis que des affrontements se poursuivaient à Kunduz (nord), théâtre depuis trois jours d’une nouvelle démonstration de force des talibans. Ces derniers avaient déjà brièvement pris le contrôle de la ville en septembre 2015.

Or il n’y aura pas de succès des réformes et de décollage économique avec un tel niveau d’insécurité pour les Afghans, ont martelé les dirigeants occidentaux lors de la conférence.

Le sujet était omniprésent à Bruxelles, où les donateurs étaient censés évaluer l’effort de réformes engagé depuis deux ans par le gouvernement d’union nationale du président Ashraf Ghani, dans l’assainissement des finances publiques, la lutte anticorruption ou le respect des droits de l’homme.

« Le problème de la sécurité reste la composante la plus importante pour garantir le succès de toutes les initiatives », a déclaré le président du Conseil européen Donald Tusk, hôte officiel avec M. Ghani de la centaine de délégations présentes.

« Une honte absolue »

« Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est parce qu’investir dans la sécurité en Afghanistan et dans le succès de l’Afghanistan c’est investir dans notre propre sécurité », a plaidé devant les caméras le chef de la diplomatie de l’UE, Federica Mogherini.

Elle a assuré avoir réussi à convaincre les puissances régionales, Pakistan, Inde et Chine, de s’engager davantage dans le processus de paix en Afghanistan.

« La stabilité et la sécurité dans la région sont indivisibles. Elles peuvent uniquement résulter d’une approche » régionale, stipule l’un des 37 points de la déclaration commune adoptée mercredi.

Concernant l’aide financière, Mme Mogherini avait souligné en arrivant à la réunion que l’UE et ses 28 membres devraient s’engager collectivement à hauteur de « 1,2 milliard d’euros » par an, soit près de cinq milliards sur 2017-2020 ou un tiers du total.

Une grosse partie du soutien pluriannuel viendra de l’Allemagne (1,7 milliard), la France s’engageant de son côté à 100 millions sur cinq ans, selon des sources nationales.

Après l’UE et les États-Unis, le troisième tiers de l’aide est assuré par un groupe de pays dominé par le Japon.

« Cette aide n’est pas sans conditions. Nous attendons que l’Afghanistan fasse de son côté ses devoirs », a souligné le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, souhaitant entre autres « plus d’unité » au sein du gouvernement afghan.

« Nous attendons aussi une coopération de l’Afghanistan dans des questions de migration », a ajouté M. Steinmeier.

L’UE a signé dimanche à Kaboul avec les autorités afghanes un accord destiné notamment à faciliter les retours des Afghans déboutés de l’asile.

Aux yeux d’Amnesty International cet accord, signé en toute discrétion, est « une honte absolue », l’attaque contre Kunduz étant une nouvelle preuve « que beaucoup d’Afghans sont très légitimes à demander la protection internationale et ne peuvent pas être renvoyés ».

L’Afghanistan est après la Syrie le deuxième pourvoyeur de demandeurs d’asile dans l’UE, avec près de 180.000 candidats recensés en 2015.

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