Quetta: un groupe armé pakistanais qui revendique l’attentat dit s’être allié à l’EI

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Des soldats pakistanais dans une rue de Quetta, le 17 février 2013 (Photo: Archives/Banaras Khan/AFP)
Des soldats pakistanais dans une rue de Quetta, le 17 février 2013 (Photo: Archives/Banaras Khan/AFP)

Un groupe extrémiste pakistanais établi a déclaré mercredi s’être associé à l’organisation État islamique (EI) pour organiser l’assaut meurtrier contre une école de police à Quetta en début de semaine, signe que l’EI prend pied dans la république islamique.

Les autorités ont attribué l’attaque contre le Collège de police du Baloutchistan, qui a fait 61 morts dans la nuit de lundi à mardi, à la faction Al-Alami du Lashkar-e-Jhangvi (LeJ), un groupe anti-chiite qui s’en prend également ces dernières années au gouvernement pakistanais.

Cette attaque a également été revendiquée par les djihadistes de l’EI qui a publié les portraits de combattants présentés comme les auteurs de l’attaque.

« Daech (l’EI) et nous avons mené conjointement l’attaque », a déclaré à l’AFP par téléphone un porte-parole du LeJ Al-Alami, Ali bin Sufyan.

Il a néanmoins précisé: « Nous n’avons pas d’alliance avec Daech, mais ceci fait partie de notre stratégie d’être soutenus et de soutenir toutes les forces qui travailleront contre les États-Unis et leurs alliés ».

Il s’est notamment dit prêt « à travailler avec tous les groupes au Pakistan, qu’ils appartiennent à Al-Qaïda ou à l’EI ».

« Le Pakistan en est un et nous continuerons à mener de telles attaques contre les forces pakistanaises à l’avenir », a-t-il menacé.

Le LeJ est allié au mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont de leur côté prêté allégeance à Al-Qaïda, leur principal bailleur de fonds au début de leur insurrection.

Cette revendication semble confirmer les craintes des experts selon lesquelles l’EI, qui peinait jusque là à se faire une place au Pakistan, a fini par y créer des liens avec des groupes extrémistes armés locaux à la faveur d’une perte de vitesse de son rival Al-Qaïda.

Les autorités pakistanaises ont mené de vastes opérations militaires ces deux dernières années dans les zones tribales frontalières de l’Afghanistan, diminuant les capacités de nuisance des groupes islamistes armés.

« Les groupes armés, notamment Al-Qaïda et les talibans pakistanais, ont été complètement démantelés et ceux qui sont toujours là sont en train de se regrouper et d’essayer de rejoindre l’EI », a expliqué à l’AFP un responsable des forces de sécurité basé à Quetta, sous couvert de l’anonymat.

« Mais l’EI n’a désigné aucun groupe en particulier comme étant sa filiale ou sa branche au Pakistan, et différents groupes tentent de profiter de cette fenêtre d’opportunité, ce qui crée parfois une espèce de compétition », a-t-il ajouté.

Selon une source proche des mouvements armés, « Al-Qaïda n’est plus aussi focalisée sur le Pakistan qu’autrefois, ses dirigeants été tués ou sont partis au Yémen, et les djihadistes locaux n’ont pas d’autre option que de se tourner vers Daech ».

L’armée pakistanaise a reconnu pour la première fois le mois dernier une présence de l’EI dans le pays, tout en assurant avoir arrêté des centaines de ses partisans et empêché toute attaque majeure.

Le Lashkar-e-Jhangvi, avec son idéologie anti-chiite, semble un allié naturel pour l’EI au Pakistan.

Selon des responsables, les premiers Pakistanais à se rendre en Syrie après la création du « califat » de l’EI étaient des combattants du LeJ.

La première attaque revendiquée par l’EI au Pakistan, visant un bus de chiites ismaéliens en mai 2015, avait été planifiée depuis la Syrie par un ex-membre de l’aile politique du LeJ, Sipah-e-Sahaba (SSP), avait affirmé en 2015 un élu pakistanais, Rehman Malik, devant une commission parlementaire.

Fondé en 1996, le LeJ s’est rapproché d’Al-Qaïda après avoir été interdit en 2001, et la plupart de ses dirigeants ont été tués ou arrêtés ces deux dernières années.

Selon la source officielle à Quetta, son chef serait actuellement Shafeeq Mengal, un Baloutche issu d’une famille de politiciens, qui avait initialement formé un groupe combattant les séparatiste baloutches.

Mais il semble désormais viser plus haut, « éventuellement devenir le représentant de l’EI », selon cette source.

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