Syrie: à «bout de patience», Washington suspend ses pourparlers avec Moscou

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Un Syrien souffrant de difficultés respiratoires, est soigné dans un hôpital à Alep (Syrie), le 06 septembre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)
Un Syrien souffrant de difficultés respiratoires, est soigné dans un hôpital à Alep (Syrie), le 06 septembre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)

Les États-Unis ont annoncé lundi qu’ils suspendaient leurs pourparlers avec la Russie sur un cessez-le-feu en Syrie, après la destruction totale du plus grand hôpital du secteur rebelle d’Alep dans un bombardement aérien.

Le régime syrien mène depuis onze jours, avec l’aide de la Russie, une vaste offensive pour reprendre cette partie d’Alep, au prix de bombardements massifs qui ont suscité l’indignation des pays occidentaux.

« Tout le monde est à bout de patience avec la Russie », a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest. « Il n’y a plus rien dont les Etats-Unis et la Russie puissent parler » à propos de la Syrie, a-t-il ajouté.

Moscou a assuré peu après « regretter » la décision de Washington.

Les États-Unis ont par ailleurs annoncé qu’ils avaient procédé lundi à une frappe aérienne près d’Idleb (nord-ouest) visant un responsable « important » d’Al-Qaïda en Syrie, alors qu’ils sont accusés par Moscou de chercher à protéger l’ancienne branche d’Al-Qaïda en Syrie, l’organisation djihadiste Front Fateh al-Cham (ex-Front Al-Nosra). Le Pentagone n’a pas précisé s’il avait été tué et n’a pas dévoilé son identité.

La mort d’Ahmed Salama Mabrouk, un Égyptien plus connu sous son nom de guerre Abou Faraj, est annoncée sur les réseaux sociaux.

Malgré la suspension de leurs tractations sur la Syrie, les Etats-Unis et la Russie vont continuer à échanger des informations à travers le mécanisme de « deconfliction » qui vise à éviter un incident entre leurs avions au-dessus de la Syrie, selon le département d’Etat et le Pentagone.

Dans le secteur rebelle de la ville septentrionale d’Alep, décrit comme « l’enfer sur Terre » par l’ONU qui évoque « la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie », le plus grand hôpital a été complètement détruit lundi par des raids.

Moscou s’est félicité de la « grande efficacité » de ses frappes, démentant tout bombardement d’hôpital ou d’école malgré les accusations des Occidentaux.

« L’hôpital a été visé directement par des raids aériens », a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« L’hôpital M10, le plus grand d’Alep-Est, (…) a été détruit, et n’est plus en service de manière permanente », a tweeté pour sa part Adham Sahloul, de SAMS (Syrian American Medical Society), une ONG médicale qui soutient l’hôpital.

‘Peur pour le personnel’

« On a peur que l’immeuble s’effondre sur la partie souterraine de l’hôpital » (…) nous avons peur pour le personnel », a ajouté M. Sahloul.

D’après SAMS, le bombardement a fait trois morts parmi les employés de maintenance de l’hôpital, connu sous le nom de code M10 pour des raisons de sécurité.

M10 a été visé à plusieurs reprises par des raids aériens, notamment samedi.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) n’est pas en mesure de confirmer s’il s’agit d’avions du régime ou de son allié russe, qui mènent une campagne de frappes aériennes sans relâche sur le secteur rebelle d’Alep.

Depuis son lancement le 22 septembre, cette campagne militaire a permis aux forces pro-gouvernementales de grignoter du terrain aux rebelles dans le centre et le nord d’Alep, avec des bombardements qui ont fait au moins 220 morts selon l’OSDH.

Divisée depuis 2012 entre secteur Ouest contrôlé par le régime et des quartiers Est aux mains des rebelles, Alep est devenue le principal front du conflit syrien, qui a fait plus de 300.000 morts en cinq ans.

Environ 250.000 personnes, dont 100.000 enfants, vivent dans les quartiers Est assiégés par le régime, selon l’ONU.

« Les accusations selon lesquelles la Russie aurait bombardé des installations médicales, des hôpitaux ou des écoles sont toutes sans fondement », a indiqué un vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, estimant que l’intervention des forces aériennes russes avait aidé à « éviter un chaos absolu » en Syrie.

Douma, un 2e Alep?

Sur d’autres champs de bataille dans le pays, la rébellion perd également du terrain dans la province de Damas, où la ville rebelle de Douma a été la cible de raids intenses, ses habitants craignant de subir le même sort qu’Alep.

Ces bombardements s’inscrivent dans le cadre d’une offensive gouvernementale lancée il y a cinq mois et qui a rogné progressivement le territoire contrôlé par la rébellion dans cette région.

Soutenues par des milices libanaise, afghane et même iranienne, les forces loyalistes se situent désormais à trois kilomètres à l’est de Douma, la plus grande ville rebelle de la Ghouta orientale.

Dans le centre du pays, le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué des attentats suicide lundi dans la ville de Hama contrôlée par le régime, faisant au moins deux morts.

Ces attentats interviennent au moment où une coalition de rebelles et de jihadistes, rivaux de l’EI, avancent rapidement depuis un mois dans la province éponyme, où ils ont pris une quarantaine de villages et de localités.

Sur le plan diplomatique, le Conseil de sécurité de l’ONU étudiait lundi un projet français de résolution visant à instaurer un cessez-le-feu à Alep depuis l’échec d’un accord initié par les Américains et les Russes. M. Gatilov a indiqué dans l’après-midi que la Russie ne soutenait pas ce texte.

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