Syrie: Kerry dénonce des «crimes de guerre», Ayrault parle d’un «moment de vérité» pour Moscou

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Les chefs de la diplomatie américaine et française, John Kerry et Jean-Marc Ayrault, ont dénoncé côte à côte vendredi des « crimes de guerre » perpétrés à Alep, en Syrie, et ont prévenu que la Russie ferait face à un « moment de vérité » devant l’ONU samedi.
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Mise à jour au 07/10/2016 à 17h52

Le Conseil de sécurité de l’ONU va voter samedi sur un projet de résolution de la Russie appelant à un cessez-le-feu à Alep, ville syrienne bombardée par Damas et son allié russe, mais sans faire mention d’un arrêt des survols militaires.

Les quinze pays membres du Conseil examineront ce texte après un autre projet de résolution initié par la France qui appelle à la fin des bombardements sur Alep, selon des diplomates.

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M. Ayrault a été reçu au département d’État par M. Kerry, après une étape jeudi à Moscou, pour discuter d’un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, sur lequel la Russie s’est déclarée « prête à travailler » en posant toutefois des conditions. Ce texte, préparé par Paris et qui pourrait être soumis au vote samedi, prévoit un cessez-le-feu à Alep pour permettre un accès humanitaire à la population assiégée.

« La nuit dernière, le régime a encore attaqué un hôpital et 20 personnes ont été tuées et 100 blessées. La Russie et le régime doivent au monde plus qu’une explication sur les raisons pour lesquelles ils ne cessent de frapper des hôpitaux, des infrastructures médicales, des enfants et des femmes », a tonné M. Kerry, en demandant devant la presse, « une enquête adéquate (pour) crimes de guerre ».

« Ceux qui commettent ces (actes) devront être tenus pour responsables de leurs actions. Cela va bien au-delà de l’accident. C’est une stratégie ciblée pour terroriser les civils et quiconque se dresse sur le chemin de leurs objectifs militaires », a protesté le chef de la diplomatie américaine qui a haussé le ton ces derniers jours, depuis la rupture officielle du dialogue américano-russe sur la Syrie.

Le Conseil de sécurité de l’ONU se penche vendredi sur la situation humanitaire catastrophique dans les quartiers rebelles et assiégés d’Alep, où les forces pro-gouvernementales syriennes progressent toujours lentement.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a annoncé vendredi qu’il se rendrait lui-même aux Nations unies à New York pour défendre un projet de résolution français sur un cessez-le-feu dans la ville syrienne d’Alep.

« J’ai encore l’espoir que la résolution soit votée et qu’elle puisse être mise en oeuvre », a-t-il dit lors d’une escale à Washington, où il a notamment rencontré le secrétaire d’Etat John Kerry. « Je me rendrai moi-même à New York au Conseil de sécurité pour défendre cette résolution », a-t-il dit.

La résolution pourrait être soumise au vote samedi mais la Russie, alliée de Damas, a déjà menacé de mettre son veto.

« Je ne vois tout simplement pas comment nous pourrions laisser cette résolution passer », a déclaré à la presse Vitali Tchourkine, ambassadeur de Russie à l’ONU, interrogé sur l’éventuel usage par Moscou de son droit de veto.

« La priorité est d’arrêter le bain de sang à Alep », avait dit de son côté l’ambassadeur français à l’ONU François Delattre à des journalistes vendredi matin avant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur la Syrie.

La Russie, qui soutient militairement l’offensive du régime contre les insurgés dans cette ville martyre et divisée du nord de la Syrie, a demandé une réunion d’urgence pour entendre un compte-rendu de l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui s’en était pris jeudi à Moscou et s’était alarmé d’une possible destruction totale des quartiers rebelles d’ici janvier.

Et le vote programmé samedi au Conseil de sécurité du projet de résolution préparé par Paris « sera un moment de vérité, un moment de vérité pour tous les membres du Conseil de sécurité », a martelé M. Ayrault.

« Voulez-vous, oui ou non un cessez-le-feu à Alep ? Et la question se pose en particulier à nos partenaires russes », a souligné le ministre français, aux côtés de John Kerry.

« Ce papier que nous proposons c’est bien sûr à discuter mais il a deux lignes de force. La première c’est le cessez-le-feu et l’arrêt de bombardements et de survols aériens sur Alep (…) La deuxième c’est l’accès de l’aide humanitaire. Nous ne nous résignons pas (…) à ce qu’Alep soit rasé », a plaidé le chef de la diplomatie française.

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