Syrie: la chute d’Alep n’arrêtera pas la guerre, prévient Kerry

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Un adolescent syrien attend d'être secouru dans les ruines d'un immeuble après un raid aérien à Alep, le 16 octobre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)
Un adolescent syrien attend d’être secouru dans les ruines d’un immeuble après un raid aérien à Alep, le 16 octobre 2016. (Archives/AFP/THAER MOHAMMED)

Le secrétaire d’État américain John Kerry a prévenu mercredi que la chute de la ville syrienne d’Alep sous les bombes du régime et son allié russe n’arrêtera pas la guerre, implorant une nouvelle fois Moscou de cesser ses raids.
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Mise à jour au 20/10/2016 00h02

Le président russe Vladimir Poutine a assuré jeudi [heure de Moscou]que la Russie est prête à « prolonger l’arrêt de ses frappes aériennes » à Alep, deuxième ville syrienne ravagée par des bombardements, « autant que possible ».

« Nous avons fait part de notre intention de prolonger autant que possible, en fonction de la situation réelle sur le terrain, l’arrêt de nos frappes aériennes », a déclaré le président russe lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision russe, à l’issue d’entretiens sur la Syrie avec son homologue français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin.

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Mise à jour au 20/10/2016 00h01

Le président français François Hollande a dénoncé mercredi soir le « crime de guerre » des bombardements russes et du régime syrien sur Alep, à l’issue d’une rencontre avec Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin.

« Ce qui se passe à Alep est un crime de guerre, la première des exigences c’est la cessation des bombardements par le régime et ses soutiens », a-t-il dit, alors que la chancelière a dénoncé des frappes « inhumaines » suite à une conversation qualifiée de « claire et dure » avec le chef d’État russe.

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John Kerry s’exprimait pour la première fois devant la presse depuis son retour d’une énième tournée en Europe d’où il est revenu lundi avec de nouvelles idées pour un cessez-le-feu durable en Syrie, après l’échec de mois de négociations bilatérales avec la Russie.

Interrogé sur le résultat d’une réunion mercredi à Genève entre militaires russes, américains, saoudiens, qataris et turcs pour discuter, selon l’armée russe, de « la séparation entre l’opposition modérée et les terroristes à Alep », M. Kerry a reconnu n’avoir pas de « grandes attentes ».

Lors d’une conférence de presse avec son homologue sud-coréen Yun Byung-se, il a une nouvelle fois mis en garde Moscou sur sa « stratégie » en Syrie: « Chaque bombe lancée par la Russie et le régime (du président syrien Bachar al) Assad radicalise de plus en plus de gens ».

« Si la Russie et Assad réussissent à prendre Alep, la dynamique fondamentale de la guerre ne changera pas. Si vous n’avez pas de règlement politique, vous n’avez pas de paix », a fait valoir M. Kerry qui porte à bout de bras depuis trois ans des plans successifs avortés de sortie de crise en Syrie.

« La Russie doit comprendre que cela (ses raids) n’améliore pas les choses, cela les aggrave », a-t-il insisté.

Sur le terrain, les habitants des quartiers rebelles de l’Est d’Alep se préparaient à vivre jeudi une courte trêve initiée par Moscou après une deuxième journée de répit dans les raids du régime syrien et de son allié russe.

« Si (les Russes) ont un véritable cessez-le-feu et arrêtent de bombarder, alors on pourra travailler avec des gens sur le terrain pour pouvoir séparer les vrais terroristes de ceux qui veulent respecter le cessez-le-feu », c’est à dire les groupes rebelles modérés, a encore imploré M. Kerry.

« Mais à chaque fois qu’ils bombardent ceux qui adhèrent au cessez-le-feu, ils rompent le cessez-le-feu », a conclu le secrétaire d’État qui vit, visiblement épuisé, ses derniers mois à la tête du département d’État.

Amnesty international a dévoilé mercredi de nouvelles images satellite de la ville syrienne d’Alep montrant que 110 sites ont été touchés en deux semaines d’intenses bombardements russes et syriens.

L’organisation de défense des droits de l’Homme affirme que des bombes à fragmentation de fabrication russe ont été utilisées dans ces raids sur l’est de la ville alors que cette arme particulièrement meurtrière pour les civils est interdite par des conventions internationales.

Ces bombardements « font partie d’une stratégie militaire délibérée pour vider la ville de ses habitants et en prendre le contrôle », affirme Amnesty.

En une semaine, 90 sites ont été endommagés ou détruits dans une zone de la taille de Manhattan, selon les photos analysées par Amnesty.

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« L’ampleur des destructions et des pertes humaines dans la partie est d’Alep depuis un mois est navrante », a estimé Lynn Maalouf, directeur adjoint au bureau de Beyrouth d’Amnesty. « Les forces syriennes, avec le soutien de la Russie, ont mené des attaques sans relâche au mépris des dispositions fondamentales des lois humanitaires ».

Amnesty a examiné des photos prises depuis trois semaines et montrant des débris de bombes à fragmentation et les a soumises à des experts qui ont déterminé que ces bombes étaient d’origine russe.

L’utilisation de ces munitions sur Alep-est « montre une nouvelle fois la détermination des forces gouvernementales syriennes et de leurs alliés russes à créer un environnement hostile et meurtrier dans la ville afin d’en chasser les civils coûte que coûte ».

Les images satellite montrent de larges cratères dans des zones fortement peuplées, là où se trouvaient des immeubles détruits par les bombardements incessants que connaît cette partie de la ville depuis le 22 septembre.

Ces révélations d’Amnesty interviennent à la veille d’une réunion spéciale jeudi sur la situation à Alep à l’Assemblée générale de l’ONU.

Les promoteurs de cette initiative, dont le Canada et le Royaume-Uni, entendent en profiter pour « accroître la pression sur le régime (syrien) et ses soutiens afin qu’ils cessent les bombardements sur Alep », a indiqué l’ambassadeur britannique Matthew Rycroft. Il s’agit d’une réunion informelle et « d’une première étape », a-t-il précisé. En tout 70 pays sur les 193 que compte l’ONU se sont joints à cette initiative.

Elle intervient quelques jours après l’échec d’une résolution française présentée devant le Conseil de sécurité demandant l’arrêt immédiat des raids sur Alep. La Russie avait mis son veto à ce texte.

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