Syrie: l’EI défaite dans une ville symbole, rencontre des Occidentaux à Londres

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Des combattants de l'Armée libre syrienne combattent les djihadistes de l'EI à la périphérie de Dabiq, le 15 octobre 2016 en Syrie. (AFP/Nazeer al-Khatib)
Des combattants de l’Armée libre syrienne combattent les djihadistes de l’EI à la périphérie de Dabiq, le 15 octobre 2016 en Syrie. (AFP/Nazeer al-Khatib)

Des rebelles soutenus par la Turquie ont infligé une défaite dimanche au groupe État islamique (EI) en Syrie en s’emparant de Dabiq, ville proche de la frontière turque, qui a une forte portée symbolique pour les djihadistes.

Ce revers de l’EI survient au moment où le secrétaire d’État américain John Kerry tente dimanche à Londres de relancer avec les Européens les efforts pour mettre fin à la guerre en Syrie où les bombardements se poursuivent sans relâche, notamment sur la partie rebelle de la ville septentrionale d’Alep.

Le conflit qui a débuté après la répression de manifestations prodémocratie par le régime du président syrien Bachar al-Assad en 2011 a fait plus de 300 000 morts. Il implique aujourd’hui des acteurs syriens et internationaux ainsi que des groupes djihadistes.

«Les rebelles ont pris Dabiq après le retrait de la localité des djihadistes de l’EI», a affirmé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) qui dispose d’un vaste réseau de sources dans la Syrie en guerre.

Le directeur de l’OSDH Rami Abdel Rahmane a précisé que les rebelles ont aussi capturé Soran, une localité mitoyenne.

Un des groupes rebelles, l’Union Fastaqim, a confirmé sur Twitter que Dabiq était tombée «après de violents combats avec Daech», acronyme arabe de l’EI.

L’agence de presse officielle turque Anadolu a indiqué que neuf rebelles ont été tués et 28 blessés dans les combats samedi. Des sources au sein des services de sécurité ont indiqué à l’agence que les opérations vont se poursuivre.

Forte portée symbolique

Cette défaite a une forte portée symbolique pour les djihadistes, car selon une prophétie de l’Islam, menacée par une horde d’infidèles, l’armée des musulmans est décimée, mais finit par triompher dans la cité syrienne de Dabiq.

Le territoire tenu par l’EI en Irak et en Syrie se réduit comme peau de chagrin. Son «califat» qui s’étendait sur 90 800 km2 début 2015 se limite aujourd’hui à 68 300 km2, selon la firme américaine IHS.

La modeste cité syrienne de Dabiq, reprise dimanche au groupe État islamique (EI) par des rebelles appuyés par la Turquie, occupe une place importante dans la symbolique Djihadiste.

Selon une prophétie sunnite, cette localité sans réel intérêt stratégique à la frontière avec la Turquie sera le site de la bataille apocalyptique entre les armées musulmanes et chrétiennes. Après avoir frôlé une humiliante défaite, les forces de l’islam l’emporteront contre leurs adversaires.

Transposée à l’heure actuelle, il s’agit pour les djihadistes de la bataille qu’ils mènent contre la coalition « croisée », qui dans leur phraséologie désigne la coalition internationale menée par les États-Unis.

Ils font le rapprochement entre le nombre de pays engagés dans la coalition –plus de 60 selon Washington–, en espérant que ce chiffre atteigne celui de 80 cité dans l’un des hadiths, ces recueils des actes et paroles attribués au prophète Mahomet et compilés par ses compagnons ou fidèles, qui sont l’une des sources de l’islam.

Comme nombre de hadiths, celui-ci compte plusieurs versions, dont l’une assure qu’après Dabiq, l’armée musulmane ira prendre Constantinople, l’ancienne capitale de l’Empire chrétien d’Orient, aujourd’hui Istanbul. De ce fait, la décision de la Turquie de combattre l’EI est perçue par certains djihadistes comme un nouveau présage.

« Les lions de l’islam ont brandi la bannière du califat sur Dabiq. Ils attendent maintenant l’armée des Croisés », écrivait récemment sur Twitter un sympathisant tunisien du groupe extrémiste qui s’est emparé de la localité en août 2014.

Mais si la prophétie fait état d’une bataille entre partisans de Mahomet et chrétiens, l’EI a perdu la localité face à des rebelles musulmans appuyés par la Turquie qui est aussi très majoritairement musulmane.

Cette cité agricole proche d’Alep où vivaient avant la guerre 3.000 habitants, fut le théâtre, en 1516, d’une bataille décisive entre le Sultan ottoman Sélim Ier, dit le Brave, qui l’emporta contre les Mamelouks qui gouvernaient l’Égypte.

C’est d’ailleurs le 24 août, jour de la victoire il y a 500 ans contre les Mamelouks, que la Turquie a annoncé l’offensive contre l’EI en Syrie.

Dabiq a tellement d’importance pour l’EI que le groupe en a fait le titre de son magazine de propagande en ligne, édité en plusieurs langues.

C’est Abou Moussab al-Zarqaoui, l’ancien chef d’Al-Qaïda en Irak –groupe duquel est issu l’Etat islamique en Irak et au Levant, devenu ensuite EI– qui a popularisé parmi ses fidèles l’idée de la prophétie et de la bataille de Dabiq.

« L’étincelle a été allumée en Irak et ses flammes vont grandir jusqu’à brûler les armées croisées à Dabiq », avait-il dit dans un enregistrement audio avant sa mort en 2006 dans un raid aérien américain.

Depuis le début des opérations en août, les rebelles soutenus par la Turquie se sont emparés de 1130 km2 de territoire syrien, selon Anadolu. Les régions prises étaient auparavant aux mains des milices kurdes et de l’EI.

Malgré cette défaite de l’EI, la guerre en Syrie continue de plus belle, notamment entre le régime du président Bachar al-Assad et ses alliés et les insurgés.

Alep toujours sous les bombes

Les quartiers rebelles d’Alep ont de nouveau été visés dimanche matin par d’importants raids aériens, selon un correspondant de l’AFP.

L’OSDH a fait état de frappes sur les quartiers d’Al-Sukkari, de Hanano et de Bustan al-Qasr ainsi que de tirs de roquettes des rebelles sur les zones tenues par le régime.

Selon l’agence de presse officielle syrienne Sana, deux femmes ont été tuées et seize personnes blessées dans une de ces zones.

Samedi la première rencontre, à Lausanne entre M. Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov depuis le début de l’offensive russo-syrienne sur les quartiers rebelles d’Alep, n’a donné aucun résultat concret, même si M. Kerry a évoqué de «nouvelles idées».

Les États-Unis, la Russie, l’Iran, l’Irak, le Qatar, la Jordanie, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie ont pris part aux discussions dont les Européens étaient les grands absents.

M. Kerry rencontrera dimanche à Londres ses homologues britannique et français Boris Johnson et Jean-Marc Ayrault. L’Allemagne et l’Italie pourraient aussi être représentées.

Zone de «non-bombardement

À Londres, Boris Johnson va proposer selon, le Sunday Times, citant des sources proches du ministre, la création de «zones de non-bombardement» à Alep. Le chef de la diplomatie britannique entend convaincre ses partenaires occidentaux de mettre plus de pression sur le régime de Damas et son allié russe.

Cela impliquerait des frappes militaires ciblées sur des installations du régime si celui-ci continue à viser des objectifs civils comme des hôpitaux.

Depuis l’échec du dernier cessez-le-feu fin septembre, l’offensive russo-syrienne contre la partie d’Alep tenue par les rebelles a tué plus de 370 personnes, essentiellement des civils, selon l’OSDH.

Le régime et son allié russe déclarent bombarder ces quartiers pour éliminer les «terroristes», principalement les djihadistes du groupe Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda).

Boris Johnson a provoqué la fureur de Moscou cette semaine en appelant à protester devant l’ambassade de Russie à Londres.

En attendant, Moscou ne donne aucun signe d’atténuation de son soutien au régime de Damas.

La Russie a proposé une sortie sécurisée de la ville pour les rebelles, et l’ONU a présenté un plan visant à faire sortir d’Alep les combattants de Fatah al-Cham.

Mais l’opposition et ses soutiens craignent que sous couvert d’évacuer les combattants, le régime et Moscou ne veuillent forcer une reddition complète.

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