Syrie: nouvelles négociations internationales à Lausanne, Alep bombardée

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Le secrétaire d'État américain John Kerry est arrivé peu après 11H00 (09H00 GMT) à Lausanne, à l'hôtel Beau-Rivage, le 15 octobre 2016. (AFP/ FABRICE COFFRINI)
Le secrétaire d’État américain John Kerry est arrivé peu après 11H00 (09H00 GMT) à Lausanne, à l’hôtel Beau-Rivage, le 15 octobre 2016. (AFP/ FABRICE COFFRINI)

Washington, Moscou et les pays régionaux impliqués dans le conflit syrien se retrouvent samedi en Suisse pour tenter une nouvelle fois d’arracher une trêve, avec peu d’espoir cependant d’une vraie percée, les bombes russes et syriennes continuant de pleuvoir sur Alep.
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Mise à jour au 15/10/2016 à 18h54

Des pourparlers sur la Syrie réunissant Washington, Moscou et les principaux pays de la région impliqués dans le conflit se sont achevés samedi soir à Lausanne sans avancées concrètes, alors que la guerre se poursuivait sans relâche.

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Le secrétaire d’État américain John Kerry est arrivé peu après 11H00 (09H00 GMT) à Lausanne, à l’hôtel Beau-Rivage, qui doit accueillir cette rencontre internationale, tandis que son homologue russe Sergueï Lavrov est arrivé la veille au soir.

Même s’ils n’ont jamais rompu les contacts téléphoniques, c’est la première fois depuis fin septembre que MM. Kerry et Lavrov se retrouvent pour négocier.

Une rencontre bilatérale entre les deux hommes est prévue dans la journée avant la réunion avec les autres dirigeants, a indiqué un responsable américain accompagnant John Kerry. Ce dernier doit également s’entretenir avec son homologue saoudien homologue Adel al-Jubeir.

À quelques heures de l’ouverture de la réunion, les quartiers est d’Alep, sous contrôle rebelle, étaient de nouveaux soumis à des raids intensifs, notamment ceux de Hanano, al-Mayssar et Inzarat, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

La réunion internationale, qui doit commencer dans l’après-midi, se tient dans une atmosphère particulièrement tendue entre Russes et Occidentaux. Ces derniers accusent Moscou de « crimes de guerre » à Alep (nord de la Syrie), dont les quartiers Est, tenus par les rebelles, sont soumis à un déluge de feu depuis le 22 septembre.

Elle intervient aussi à un moment où de nombreux diplomates et experts jugent possible une reprise de la deuxième ville syrienne par le régime du président syrien Bachar al-Assad, ce qui constituerait un tournant majeur depuis le déclenchement du conflit en 2011.

La rencontre ne vise pas à un résultat immédiat mais à étudier des idées pour parvenir à une fin des hostilités, a expliqué un responsable américain.

Les États-Unis, qui ne veulent plus traiter la question syrienne en tête à tête avec Moscou, désirent avoir à la table des discussions les pays régionaux « qui ont le plus d’influence sur les événements sur le terrain », a expliqué ce responsable sous couvert d’anonymat. « Je ne m’attends pas à une annonce majeure à la fin de cette rencontre. Cela va être un processus très difficile », a-t-il toutefois ajouté.

« Je n’attends rien de spécial » de cette réunion, avait lancé pour sa part vendredi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

La Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, qui soutiennent la rébellion, seront présents, tout comme l’Iran, qui soutient Damas.

L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, est quant à lui arrivé samedi matin. Seront également présents des représentants de l’Égypte, l’Irak et la Jordanie.

Les pays européens, particulièrement la France et la Grande-Bretagne, partisans d’une ligne dure envers Moscou, n’ont pas été conviés. Tout comme l’opposition syrienne, mécontente.

« Ne pas nous inviter à ce type de réunion ne fait que compliquer la situation et brouiller les cartes », a déclaré à l’AFP le vice-président de la Coalition de l’opposition syrienne Abdel Ahad Stefo.

« Prendre Alep-Est à tout prix »

Que peut-il sortir de ces nouvelles négociations, alors que Moscou et Washington discutent depuis un an, ont organisé des dizaines de réunions et conclu deux cessez-le-feu qui n’ont jamais tenu plus de quelques jours?

« On peut imaginer que les deux grandes puissances vont faire pression sur leurs alliés régionaux respectifs pour tenter d’arracher un accord de cessez-le-feu », estime Karim Bitar, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Mais selon lui, « les Russes sont en train de chercher à maximiser leur avantage avant qu’arrive le successeur de Barack Obama, probablement Hillary Clinton, qui aura sans doute la main plus ferme sur la Syrie » que l’actuel président américain.

« La violence des raids démontre qu’il y a une décision russe pour prendre Alep-Est à n’importe quel prix », juge de son côté Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Depuis le début de l’offensive contre la partie rebelle de la ville, où vivent 250.000 habitants, plus de 370 personnes, essentiellement des civils, ont été tuées, selon l’OSDH.

Le régime de Damas et son allié russe affirment bombarder Alep pour éliminer les « terroristes ».

Évacuation forcée d’Alep ?

Selon plusieurs sources, la réunion de Lausanne devrait examiner un plan, proposé récemment par Staffan de Mistura, visant à faire sortir de manière sécurisée les combattants de Fatah al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) d’Alep.

« Le diable est dans le détail de ce plan », souligne une source diplomatique française. « Qui serait évacué? Est-ce que c’est juste les combattants d’Al-Nosra, ou est-ce que c’est une espèce d’évacuation forcée de toute la population d’Alep-Est? »

Depuis mars 2011, le conflit en Syrie s’est complexifié et internationalisé, provoquant la mort de plus de 300.000 personnes et dévastant le pays.

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