Syrie: suspension des bombardements durant 8 heures jeudi à Alep

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Un adolescent syrien attend d'être secouru dans les ruines d'un immeuble après un raid aérien à Alep, le 16 octobre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)
Un adolescent syrien attend d’être secouru dans les ruines d’un immeuble après un raid aérien à Alep, le 16 octobre 2016. (AFP/THAER MOHAMMED)

Les armées russe et syrienne vont suspendre leurs bombardements durant 8 heures jeudi à Alep en Syrie, dévastée par des raids aériens et de violents combats, dans le cadre d’une « pause humanitaire », a annoncé lundi l’armée russe.
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Mise à jour au 17/10/2016 à 12h59

La pause « humanitaire » de huit heures dans les bombardements visant la ville syrienne d’Alep, annoncée par l’armée russe pour jeudi, est « une étape positive », a commenté lundi Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l’UE.

« Bien sûr c’est une étape positive, mais ce que nous disent les agences humanitaires, c’est que 12 heures seraient nécessaires », pour permettre l’accès des convois, a-t-elle nuancé. « Il y encore un peu de travail pour trouver un terrain d’entente », a-t-elle ajouté lors d’une réunion avec ses homologues des États membres à Luxembourg.

à 13h00

La pause de huit heures proposée par la Russie dans les bombardements à Alep est « positive » mais pas assez longue pour livrer les secours nécessaires à la ville syrienne assiégée, a estimé lundi le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric.

Il faut « une pause plus longue pour faire entrer les camions » transportant l’aide humanitaire, « nous avons besoin de plus de temps », a-t-il expliqué en rappelant que l’ONU réclamait des pauses de 48 heures.

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« Une pause humanitaire sera mise en place le 20 octobre à Alep de 08H00 à 16H00 » heures locales, a déclaré le général Sergueï Roudskoï, de l’état-major russe, lors d’un point de presse. « Les forces russes et syriennes vont suspendre pendant cette période leurs frappes aériennes et tous les autres tirs », a-t-il précisé.

« Les forces russes et syriennes vont suspendre pendant cette période leurs frappes aériennes et tous les autres tirs », a-t-il précisé.

Cette décision a été prise par Moscou et Damas « avant tout pour permettre aux civils de quitter (la ville) en toute liberté, pour évacuer les malades et les blessés et assurer le retrait des rebelles armés », selon la même source.

Ainsi, deux couloirs humanitaires, dont un passant sur la route du Castello, devraient être ouverts jeudi pour le retrait des combattants, et six autres pour l’évacuation des civils, a précisé le général Roudskoï.

Il a assuré que l’armée russe était « prête à cesser le feu à n’importe quel moment, dès la première demande des organisations humanitaires, pour assurer un accès sans entrave pour le personnel médical dans la ville » ravagée.

« La partie russe est toujours prête à discuter toute initiative et toute proposition visant à régler la situation autour d’Alep », a affirmé le général.

Il a dénoncé des tirs « systématiques » des rebelles armés visant des écoles, des mosquées et des marchés à Alep, qui ont fait « plus de 130 morts parmi les enfants depuis début septembre », selon l’armée russe. « Ces faits n’attirent cependant pas l’attention des pays occidentaux, qui ne souhaitent ni constater les crimes des rebelles armés, ni y réagir », a déploré M. Roudskoï.

Alep, deuxième ville de Syrie et enjeu majeur du conflit, est divisée depuis 2012 entre des quartiers est tenus par les opposants au président Bachar al-Assad et des quartiers ouest sous contrôle du régime.

Les quartiers rebelles et leurs quelque 250.000 habitants sont soumis depuis le 22 septembre à un déluge de bombardements aériens par le régime de Damas et son allié russe, qui mène depuis plus d’un an des frappes aériennes en Syrie contre des groupes jihadistes et en soutien aux forces de Bachar al-Assad.

La guerre en Syrie a fait 300.000 morts depuis son déclenchement en mars 2011 après la répression dans le sang par le régime de manifestations prodémocratie.

Entre temps, des dizaines de civils ont été tués lundi

Des immeubles bombardés à Alep, le 17 octobre 2016. (AFP/KARAM AL-MASRI)
Des immeubles bombardés à Alep, le 17 octobre 2016. (AFP/KARAM AL-MASRI)
Entre temps, des dizaines de civils ont été tués lundi dans de nouveaux bombardements sur les quartiers rebelles d’Alep, malgré les menaces de sanctions internationales brandies par les Occidentaux contre la Syrie et son allié russe.

Jadis la capitale économique du pays, Alep est aujourd’hui une ville dévastée par des bombardements incessants et des violents combats menés par les forces du régime de Bachar al-Assad qui entendent conquérir la partie de la ville leur échappant depuis quatre ans.

En appui à l’assaut, l’aviation russe, dont les frappes ont détruit des hôpitaux et des infrastructures civiles, est accusée de possibles crimes de guerre et Moscou est menacé de sanctions.

Les principaux pays concernés par le conflit doivent poursuivre lundi les efforts diplomatiques menés ce weekend pour tenter de mettre fin à ce conflit meurtrier.

Le dernier raid, ayant visé le quartier rebelle de Marjé, a coûté la vie à 13 civils, dont neuf enfants, portant à 46 le nombre de morts en 24 heures dans la partie Est de la ville, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Des dizaines d’autres ont été blessés lundi.

Selon le correspondant de l’AFP, les Casques blancs (les sauveteurs de la Défense civile dans les zones rebelles) travaillaient sans relâche pour dégager des dizaines de personnes prisonnières sous les décombres depuis samedi dans la quartier de Qaterji, où selon l’OSDH, ont péri 17 civils.

« L’aviation russe a commis un massacre à Qaterji en bombardant un immeuble de cinq à six étages », a affirmé l’ambulancier Abou Mohammad.

« C’est un désastre »

« Il y a encore des familles sous les gravas. Nous avons retiré sept à huit corps et des dizaines de blessés. Les hôpitaux sont débordés. C’est un désastre », déplore-t-il.

Maarouf, 12 ans, un rescapé de cette catastrophe s’est retrouvé couvert de poussière, le dos dans le vide et les jambes bloquées sous une dalle de béton qu’il a fallu retirer avec une grue. Blessé à la jambe droite, il a été soigné dans un hôpital de campagne.

Les avions russes et syriens mènent quotidiennement des frappes sur Alep pour appuyer l’offensive majeure des forces du régime pour s’emparer des quartiers rebelles.

Plus de 430 personnes ont perdu la vie à cause des raids et des bombardements dans la partie est de la vile, depuis le début de l’assaut le 22 septembre, selon l’OSDH.

En outre, 82 habitants sont morts par les tirs rebelles contre les régions gouvernementales dans l’ouest, d’après cette même ONG.

En réponse à l’assaut sanglant, les États-Unis et la Grande Bretagne ont brandi ce weekend la menace de nouvelles sanctions économiques contre la Syrie et la Russie.

« Nous proposons différents moyens notamment des mesures supplémentaires contre le régime et ceux qui le soutiennent », a affirmé le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson.

« D’autres mesures » contre Moscou?

Le Secrétaire d'État américain  Kerry assis en face du ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni Boris Johnson Johnson au début d'une réunion multinationale sur la Syrie à Londres le 16 octobre 2016. (Department of State)
Le Secrétaire d’État américain Kerry assis en face du ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni Boris Johnson Johnson au début d’une réunion multinationale sur la Syrie à Londres le 16 octobre 2016. (Department of State)
Cependant, les ministres des Affaires étrangères des 28 pays de l’Union européenne, réunis lundi à Luxembourg n’envisagent pas de sanctions contre la Russie, a déclaré la chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini.

L’UE pourrait, toutefois, décider de sanctions supplémentaires contre le régime syrien, a-t-elle ajouté.

Les bombardements du régime syrien et de son allié russe sur la partie est d’Alep en Syrie « pourraient constituer des crimes de guerre », a averti lundi l’Union européenne, dénonçant une « escalade catastrophique du conflit » qui dure depuis 2011.

Dans des conclusions adoptées par les 28 chefs de la diplomatie de l’UE, il est aussi question d’initier le travail pour des sanctions individuelles complémentaires contre « des soutiens du régime syrien » accusés de mener la répression dans le pays.

Samedi à Lausanne, les États-Unis et la Russie, les pays voisins de la Syrie, la moitié soutenant le régime de Damas et l’autre la rébellion syrienne, ont été réunis autour d’une table pour apporter des suggestions.

Puis dimanche à Londres, les alliés européens et du Golfe des États-Unis ont également été invités à fournir des idées nouvelles. John Kerry a évoqué l’idée de faire pression sur le président russe Vladimir Poutine pour tenter de lui faire comprendre que les intérêts russes bénéficieraient d’un cessez-le-feu.

« Notre travail est d’explorer toutes les possibilités. C’est ce que nous essayons de faire », a déclaré M. Kerry, expliquant que les capitales du monde étaient en plein « brainstorming » sans cacher sa frustration de devoir chercher, une nouvelle fois, un plan que Moscou et Damas seraient susceptibles d’accepter.

Le conflit syrien, qui a débuté après la répression en 2011 par le régime du président syrien Bachar al-Assad de manifestations prodémocratie, a fait plus de 300.000 morts et implique aujourd’hui des acteurs locaux, régionaux et internationaux ainsi que des groupes jihadistes.

Dimanche, des rebelles soutenus par la Turquie ont infligé une défaite au groupe État islamique (EI) en prenant Dabiq, une ville syrienne symbolique pour les djihadistes.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a affirmé que ces rebelles allaient désormais avancer vers Al-Bab, ville tenue par les djihadistes à une trentaine de kilomètres au sud-est de Dabiq.

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