Trêve à Alep, tensions entre l’Occident et Moscou…le point de vue Russe sur la situation

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La trêve humanitaire décrétée par Moscou dans la ville syrienne d’Alep est entrée en vigueur ce matin à 8h00, mais peu d’habitants des quartiers rebelles ont emprunté les couloirs de sécurité, établis pour évacuer les civils et les rebelles, rapporte l’AFP.

Après avoir soumis les quartiers insurgés d’Alep et leurs quelque 250.000 habitants à un déluge de feu, s’attirant des accusations de crimes de guerre, Sergueï Choïgu a annoncé mardi que la Russie et le gouvernement de Bachar al-Assad avaient suspendu leurs raids aériens sur Alep, afin de permettre une pause humanitaire de 48 heures. L’objectif de cette trêve étant de “séparer les terroristes de ‘l’opposition modérée’, et de les bouter hors d’Alep Est, a expliqué Shoigu.

Le cessez-le-feu a été mis en place deux jours en avance, pour assurer la préparation de la pause humanitaire qui commence aujourd’hui.

Le président Vladimir Poutine a déclaré lors de sa rencontre aujourd’hui à Berlin avec son homologue français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel que la Russie était prête à maintenir le cessez-le-feu à Alep en Syrie aussi longtemps que nécessaire.

Selon Sputnik News, influencé par le gouvernement moscovite, Poutine a en outre rappelé à ses partenaires européens que Moscou envisageait de relancer l’élaboration d’une nouvelle Constitution syrienne.

« J’ai à nouveau rappelé à nos collègues que sur cette question, la Russie proposait de réanimer l’élaboration et l’adoption d’une constitution sur la base de laquelle il serait possible d’organiser des élections préliminaires et de parvenir à harmoniser préalablement les positions entre toutes les parties au conflit. Bien sûr, cela comprend la participation de tous les pays de la région impliqués dans ce processus », a fait savoir Vladimir Poutine.

« Nous avons aussi annoncé notre intention, l’intention de la partie russe de prolonger, aussi longtemps que possible et en fonction de la situation actuelle sur le terrain, la suspension des frappes aériennes. En effet, nous y sommes disposés aussi longtemps que nous ne constatons pas de réactivation des bandes armées basées à Alep », a-t-il conclu.

Dénonçant les bombardements meurtriers du régime syrien et de son allié russe sur les quartiers rebelles d’Alep depuis le 22 septembre, les pays de l’Union européenne, qui se réunissent à Bruxelles jeudi soir, ont indiqué envisager « toutes les options y compris des sanctions » contre le pouvoir de Damas et ses soutiens dont Moscou.

Huit couloirs humanitaires, dont six pour l’évacuation de civils, de malades et de blessés, et deux pour le retrait de rebelles armés, mais qui peuvent également être utilisés pour les civils, ont été mis en place, avait annoncé mercredi l’armée russe.

Couloirs déserts

Un photographe de l’AFP ayant visité quatre couloirs, n’a vu aucun civil les emprunter, précisant qu’une mère, sa fille, et un homme âgé qui s’étaient engagés dans l’un d’entre eux près du quartier rebelle de Boustane al-Qasr avaient finalement fait demi-tour après avoir entendu des tirs d’artillerie et d’armes automatiques.

Un autre photographe de l’AFP a vu sept blessés réussir à quitter la zone rebelle par Boustane al-Qasr.

Hormis, ces combats dans la matinée, la situation était relativement calme dans cette ville divisée depuis 2012 entre zones tenues par les rebelles à l’Est et quartiers sous contrôle du régime à l’ouest.

Des roquettes ont toutefois été tirées sur des quartiers tenus par le gouvernement, blessant une petite fille, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les Nations unies espèrent évacuer les premiers blessés d’Alep dès vendredi, a annoncé Jan Egeland, qui dirige le groupe de travail sur l’aide humanitaire en Syrie. Environ 200 blessés et malades ont besoin d’être évacués de toute urgence de l’est d’Alep, selon l’ONU.

L’opinion russe sur l’Occident

Selon le journal RT, la tête du Conseil de Sécurité Russe a déclaré que les nations occidentales avaient une approche égoïste et biaisée, qui est responsable de la situation épouvantable en Syrie.

“La Syrie s’est retrouvée victime du deux poids deux mesures appliqué par l’Occident dans sa lutte contre le terrorisme, et par certains acteurs qui poursuivent leurs propres intérêts dans ce conflit. Le peuple syrien reste le perdant de ce jeu », explique Nikolai Patrushev au quotidien Rossiiskaya Gazeta.

Il a ajouté que la Russie avait toujours placé la priorité sur les aspects humanitaires,et ce depuis le début de l’opération russe. Selon lui les militaires russes et le ministère des situations d’urgences n’ont jamais cessé d’apporter de l’aide humanitaire aux civils syriens.

Patrushev a aussi mis l’emphase sur le Front Al-Nosra, qui est reconnu par la communauté internationale comme un groupe terroriste, et qui est tout aussi dangereux que l’État-Islamique (EI).

Le renommer “Jabhat Fateh al-Sham” ne le transforme pas automatiquement en un parti modéré.

Patrushev accuse aussi Washington d’être incapable ou peu disposé à distancer le Front Al-Nosra de l’opposition “modérée”, ce qui alimente une des tensions principales entre les États-Unis et la Russie, concernant la coalition anti-terroriste.

“Nous avons de récents exemples qui prouvent que les États-Unis ne tiennent pas leurs promesses. Comme le fait que même si le gouvernement syrien a retiré ses troupes de la route du Castello, l’opposition modérée, appuyée par Washington, n’a pas pris la même mesure, et a même bloqué des convois d’aide humanitaire envoyé par l’ONU,” continue-t-il.

Un sondage récemment effectué par l’agence gouvernementale russe VTSIOM déclare que 73% de la population russe considère que les accusations concernant les actions de la force aérienne de l’armée Rouge en Syrie sont sans fondement.

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