Turquie: des détenus torturés, selon Human Rights Watch

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Photo prise et fournie le 28 août 2016 par le service de presse de la présidence turque montrant le président Recep Tayyip Erdogan lors d'un meeting à Gaziantep. (TURKEY'S PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / YASIN BULBUL)
Photo prise et fournie le 28 août 2016 par le service de presse de la présidence turque montrant le président Recep Tayyip Erdogan lors d’un meeting à Gaziantep. (TURKEY’S PRESIDENTIAL PRESS SERVICE/AFP / YASIN BULBUL)

Des personnes arrêtées après le putsch manqué en juillet en Turquie ont été « torturées ou maltraitées », a affirmé mardi l’ONG Human Rights Watch (HRW), estimant que l’état d’urgence en vigueur donnait « carte blanche » aux policiers pour commettre des abus.

Les décrets adoptés dans le cadre de l’état d’urgence ont eu un « impact négatif sur les conditions de garde à vue dans les locaux de la police et sur les droits des détenus », s’alarme HRW dans un rapport d’une cinquantaine de pages.

Privation de sommeil, passages à tabac et menaces de viol figurent parmi les mauvais traitements documentés par HRW, qui affirme avoir mené des entretiens avec plus de 40 personnes, dont des avocats, des spécialistes de la médecine légale et d’anciens détenus.

Un homme, Eyüp Birinci, a affirmé au procureur de la République d’Antalya (sud) que des policiers l’avaient « frappé sur la plante des pieds, sur le ventre » et menacé de le « castrer », selon HRW qui reproduit son témoignage.

Aucun commentaire officiel n’a pu être obtenu dans l’immédiat, mais, avant la publication du rapport, le ministre de la Justice Bekir Bozdag avait nié sur Twitter tout « mauvais traitement ou torture » dans les prisons turques.

« Ceux qui affirment le contraire sont des calomniateurs s’ils ne prouvent pas leurs allégations », avait-il ajouté, « la Turquie n’accepte aucune allégation infondée ».

HRW fait état dans son rapport d’un « climat généralisé de peur » depuis la tentative de coup d’État militaire qui a secoué la Turquie dans la nuit du 15 au 16 juillet.

Déclaré pour trois mois après le putsch manqué, l’état d’urgence a été prolongé de 90 jours supplémentaires le 19 octobre dernier. L’état d’urgence permet notamment d’allonger la durée légale de la garde à vue à 30 jours.

Pour Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à HRW, « en supprimant les garanties contre la torture, le gouvernement turc a en fait donné carte blanche aux organismes chargés de l’application des lois pour torturer et maltraiter des détenus de manière discrétionnaire ».

L’ONG Amnesty International avait affirmé en juillet avoir réuni des « preuves crédibles » attestant de tortures, et même de viols, de personnes détenues en Turquie après la tentative de coup d’Etat.

Plus de 35.000 personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête sur la tentative de putsch, a indiqué samedi le ministre de la Justice Bekir Bozdag.

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