Ukraine: premier sommet avec Poutine depuis un an, sans grand optimisme

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Le président russe Vladimir Poutine, français François Hollande, la Chancelière allemande Angela Merkel et le président ukrainien Petro Porochenko, lors du Sommet quadripartite dans le format dit "de Normandie", à Minsk, en Biélorussie, le 11 février 2015 (Service de presse du Kremlin)
Le président russe Vladimir Poutine, français François Hollande, la Chancelière allemande Angela Merkel et le président ukrainien Petro Porochenko, lors du Sommet quadripartite dans le format dit « de Normandie », à Minsk, en Biélorussie, le 11 février 2015 (Archives/Service de presse du Kremlin)

Les dirigeants russe, allemand, français et ukrainien se retrouvent mercredi au chevet du processus de paix en Ukraine, une première depuis un an qui se déroule en terrain miné au regard des tensions russo-occidentales sur la Syrie et des échanges d’amabilités russo-ukrainiens.

Incertaine jusqu’au bout, la rencontre entre Vladimir Poutine, Angela Merkel, François Hollande et Petro Porochenko, les quatre signataires des accords de Minsk de 2014, a finalement été annoncée mardi pour le lendemain à Berlin. Elle sera suivie d’une réunion à trois sur la Syrie.

Les avancées concrètes sur l’Ukraine devraient être limitées tant la méfiance entre les acteurs est grande et s’est même renforcée entre Russes et Occidentaux en raison du conflit syrien.

Angela Merkel a ainsi dit ne pas s’attendre à « un miracle » malgré les efforts diplomatiques depuis le dernier sommet à Paris en octobre 2015. « Nous ne sommes pas là où nous aimerions être », faute de cessez-le-feu durable entre forces ukrainiennes et rebelles pro-russes, a-t-elle dit.

« Ca coince à de nombreux niveaux, le cessez-le-feu, les questions politiques, les questions humanitaires », a-t-elle ajouté.

L’objectif du sommet est néanmoins, selon le ministre français des Affaires étrangères « d’avancer sur la loi électorale, sur le statut du Donbass » pour que des élections locales puissent se tenir dans l’est ukrainien.

Pas d’optimisme

« Il reste des questions de calendrier et de sécurité. Il y a une résistance du côté de l’Ukraine qui n’a pas confiance », a ajouté Jean-Marc Ayrault.

Cet optimisme mesuré est absent des déclarations russes et ukrainiennes. Ainsi, le président ukrainien Petro Porochenko n’a « pas d’attentes très élevées ».

Il s’est aussi attiré les foudres du Kremlin après que le site de la présidence ukrainienne eut annoncé que la rencontre de Berlin visait « à pousser la Russie à mettre en oeuvre les accords de Minsk ».

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a estimé que cette formule « prouve à quel point l’Ukraine ne compte pas remplir ses obligations (…) Pour l’instant Kiev ne fait rien ».

Néanmoins, les quatre capitales s’accordent pour souligner qu’il n’y a pas d’alternative aux accords signés à Minsk.

Le conflit a fait près de 10.000 morts depuis avril 2014 et, malgré l’instauration de plusieurs trêves, des affrontements meurtriers ont régulièrement lieu.

Moscou, qui est accusé d’attiser la crise en armant et en soutenant les rebelles, a toujours rejeté cette vision et juge au contraire que c’est à Kiev de tenir ses engagements en vue d’une autonomie accrue de l’Est.

La rencontre de Berlin intervient dans un contexte de tensions russo-américaines sur la Syrie et à la veille d’un sommet de l’Union européenne qui examinera la question des relations avec Moscou, de ses bombardements sur Alep et des sanctions imposées en raison du conflit ukrainien et de l’annexion de la Crimée.

« Pire que la Guerre Froide »

La rencontre sur l’Ukraine sera d’ailleurs suivie d’une réunion tripartite sur la Syrie entre les dirigeants russe, allemand et français, « pour faire passer toujours le même message à Vladimir Poutine sur la Syrie: un cessez-le-feu durable sur Alep et un accès humanitaire », a indiqué l’entourage du président français.

Mme Merkel a pour sa part souligné que la question de sanctions contre la Russie en représailles de ses bombardements « ne peut être enlevée de la table » des discussions.

L’UE a elle jugé mardi que Moscou pouvait se rendre passible de poursuites pour « crimes de guerre » en raison de ses bombardements. Si l’annonce russe d’un cessez-le-feu de quelques heures a été saluée comme un premier pas, cette trêve est loin de satisfaire les Occidentaux.

Dans ce contexte, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier a jugé début octobre que les temps actuels « sont plus dangereux » que l’époque de la Guerre Froide, lorsque « Moscou et Washington connaissaient leurs lignes rouges respectives et les respectaient ».

Les relations entre les deux grandes puissances vont de mal en pis depuis l’échec de la trêve en Syrie négociée le mois dernier.

Enfin, la rencontre de Berlin se tient aussi alors que les rapports entre MM. Poutine et Hollande sont nettement refroidis.

Le dirigeant russe a annulé un déplacement à Paris, prévu mercredi, son homologue s’étant interrogé sur l’opportunité d’une telle visite en raison de la situation en Syrie.

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