Alep: la fin avant la prise de fonction de fonctions de Trump en janvier

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Alep carrément abandonnée au régime Assad. (AMC)
Alep carrément abandonnée au régime Assad. (AMC)

Les troupes du régime syrien avançaient rapidement lundi dans les quartiers rebelles d’Alep, soutenues par d’intenses bombardements qui font craindre une « catastrophe humanitaire » d’ici la fin de l’année selon l’ONU.

Le Conseil de sécurité doit de nouveau discuter lundi, à partir de 15H00 GMT à New York, des efforts pour venir en aide aux civils syriens.

Mais la communauté internationale exprime de plus en plus son impuissance à peser sur le cours de la guerre, à l’instar du président américain Barack Obama, qui s’est dit dimanche « peu optimiste » sur l’avenir immédiat du pays.

« Le temps est compté et nous menons une course contre la montre » pour éviter une catastrophe humanitaire, a pour sa part averti l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, à l’issue d’une visite à Damas.

Le régime de Bachar al-Assad affiche sa détermination à mener à son terme la nouvelle campagne lancée le 15 novembre pour reconquérir Alep-Est, la partie de la deuxième ville du pays contrôlée par différents groupes rebelles, certains modérés, d’autres djihadistes.

Importante avancée

Les troupes gouvernementales consolidaient lundi leurs positions après être entrées la veille pour la première fois dans le quartier de Massaken Hanano, dans le nord-est d’Alep, à la suite de violents combats, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Ce quartier a une valeur symbolique puisque c’était le premier dont s’étaient emparés les rebelles en 2012.

Le régime, aidé par des combattants iraniens et du Hezbollah, a également chassé les insurgés d’une ancienne zone industrielle dans le nord-est.

« Il s’agit de la plus importante percée du régime dans les quartiers rebelles jusqu’à ce jour », a précisé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. La prise de Massaken Hanano lui permet d' »avoir en ligne de mire plusieurs autres zones rebelles » et « d’être en mesure de séparer celles du nord du reste », selon lui.

Le quotidien pro-régime Al-Watan a décrit ce quartier comme « le bastion le plus grand et le plus important » des insurgés dans la ville.

Selon le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, il y aurait entre 5.000 et 7.000 « hommes armés » qui « prennent en otages » selon lui les « habitants de ces quartiers ».

En rencontrant dimanche M. de Mistura, M. Mouallem a fermé la porte à la possibilité d’une « administration autonome » des rebelles à Alep. Cette idée avait été évoquée par l’émissaire en échange du départ des centaines de djihadistes du groupe Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) présents dans ces quartiers.

Le nombre de personnes vivant dans des zones ou localités assiégées par les belligérants en Syrie atteint désormais 974.080, soit près de 600.000 de plus qu’il y a un an, selon les Nations unies.

Le patron des opérations humanitaires de l’ONU Stephen O’Brien a déploré lundi l' »augmentation massive » de l’utilisation de cette « tactique cruelle », « en particulier par le gouvernement syrien » qui y a recours pour forcer les rebelles à déposer les armes et les civils à se soumettre ou à fuir.

De nouvelles localités ont été ajoutées par les Nations unies à la liste des zones ou villes qui ne sont plus ravitaillées ou secourues par les organisations humanitaires, dont un quartier de Damas (Jobar) et « de nombreuses zones » dans la Ghouta orientale, près de la capitale syrienne.

– LES QUARTIERS EST D’ALEP: l’ONU estiment à 275.000 le nombre de personnes piégées dans les quartiers rebelles de la deuxième ville de Syrie, actuellement bombardés sans relâche par le régime.

L’offensive sur Alep-Est a été lancée le 22 septembre avec des bombardements massifs du régime et de son allié russe. Le 15 novembre, après un mois d’accalmie, la campagne de frappes a été relancée par l’armée syrienne.

– MADAYA: le siège a commencé il y a deux ans pour plus de 40.000 personnes et il est devenu total à la mi-2015, provoquant jusqu’à plus de 60 cas de décès dus à la malnutrition et la famine, dont des enfants, selon des ONG.

Madaya est devenue le symbole des affres du siège et l’aide internationale entrée à quatre reprises n’a pas suffi.

– MOUADAMIYAT AL-CHAM: ville rebelle située au sud-ouest de Damas, dans la Ghouta occidentale, a été classée de nouveau comme ville assiégée par l’ONU en janvier, le régime ayant imposé de nouvelles restrictions qui continuent de provoquer des pénuries de nourriture.

Le 19 octobre, quelque 620 rebelles et leurs familles ont commencé à évacuer la localité, en vertu d’un accord passé avec le gouvernement.

– D’autres localités contrôlées par les rebelles sont aussi encerclées dans la province de Damas, comme Zabadani. Les multiples localités assiégées dans la Ghouta orientale, zone rurale près de Damas, ont été regroupées par l’ONU en cinq zones: Douma, Erbine, Harasta, Kafr Batna et Nachabiyé.

– FOUA et KAFRAYA: agglomérations chiites prorégime de la province d’Idleb (nord-ouest) assiégées par des rebelles islamistes. Les insurgés ont cherché à lier le sort de ces deux localités à celui de Zabadani et Madaya, exigeant que toute aide parvenant aux villages loyalistes soit également livrée à ces deux villes rebelles.

En avril, 250 habitants de Madaya et de Zabadani et autant de Foua et Kafraya ont été évacués et des aides y ont été acheminées. En août, 18 civils ont été évacués de Madaya et autant de Foua et Kafraya. Fin septembre, une aide est parvenue pour la première fois depuis six mois à ces quatre localités.

– En février, les forces prorégime soutenues par l’aviation russe avaient réussi à briser le siège imposé depuis plus de trois ans par des rebelles islamistes aux localités chiites de Nebbol et Zahra, dans la province d’Alep (nord).

Le groupeDjihadiste Etat islamique (EI) encercle depuis janvier 2015 la ville de Deir Ezzor (est) où vivent plus de 200.000 personnes.

L’EI contrôle plus de 60% de Deir Ezzor, chef-lieu de la province du même nom, qui est en grande partie aux mains des Djihadistes.

Le Programme alimentaire mondial a procédé à des largages par avion de vivres sur Deir Ezzor.

Le régime a également pu livrer de l’aide aux localités assiégées qu’il contrôle par largage aérien. Une possibilité dont ne disposent pas les rebelles, qui n’ont pas d’aviation.

« Privés de soins »

Selon des experts, Damas et son allié russe veulent désormais aller vite pour obtenir une victoire à Alep avant la prise de fonction de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier.

M. de Mistura a d’ailleurs prévenu que « d’ici Noël, (…) on verra un écroulement (…) de ce qui reste à Alep-Est et vous pourriez avoir 200.000 personnes fuyant vers la Turquie, ce qui serait une catastrophe humanitaire ».

La situation devient en effet intenable pour les civils, assiégés depuis quatre mois et désormais arrivés à bout de leurs réserves alimentaires.

Plus d’une centaine d’eux ont été tués en sept jours depuis la reprise de l’offensive, selon l’OSDH. Ce bilan pourrait s’aggraver en raison du grand nombre de blessés alors qu’il n’y a actuellement plus « aucun hôpital en service dans la partie assiégée de la ville », a affirmé lundi l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Plus de 250.000 hommes, femmes et enfants vivant dans Alep-Est sont désormais privés d’accès à des soins hospitaliers », a ajouté l’OMS.

Les agences de l’ONU n’ont plus eu accès à Alep-est depuis juillet, quand l’armée régulière syrienne a pris le contrôle de la dernière voie d’approvisionnement des quartiers rebelles.

« On devrait peut-être être autorisé à envoyer des équipes de la part de l’ONU et d’autres partenaires pour vérifier les dégâts des hôpitaux aussi bien à Alep-Est qu’à Alep-Ouest », a suggéré dimanche M. de Mistura. Mais sans obtenir de feu vert de Damas.

En se rencontrant dimanche en marge du sommet de l’Apec à Lima, M. Obama a également demandé à son homologue russe Vladimir Poutine des efforts accrus pour limiter la souffrance des civils après cinq ans et demi d’un conflit qui a fait plus de 300.000 morts.

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