Cambodge: prison à vie confirmée pour deux ex-chefs khmers rouges

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Nuon Chea, ancien numéro deux du régime des Khmers rouges, le 31 janvier 2011 (Photo: Archives/Extraordinary Chambers in the Courts of Cambodia)
Nuon Chea, ancien numéro deux du régime des Khmers rouges, le 31 janvier 2011 (Photo: Archives/Extraordinary Chambers in the Courts of Cambodia)

La condamnation à vie des deux plus hauts dirigeants khmers rouges encore vivants a été confirmée mercredi en appel au Cambodge, un « message » de non-impunité pour les dirigeants actuels, de la Corée du Nord à la Syrie, a souligné l’ONU.

« C’est un message aux dirigeants du monde entier (…) que les dirigeants sont, in fine, tenus responsables pour les crimes commis sous leur direction », a déclaré David Scheffer, envoyé du secrétaire général de l’ONU auprès du tribunal spécial de Phnom Penh.

« Les dirigeants de la Corée du Nord en particulier devraient prendre note de ce qui s’est passé ici aujourd’hui », a-t-il insisté, évoquant pêle-mêle la Corée du Nord, la Syrie, les Philippines et même les chefs du groupe Etat islamique (EI) agissant en Syrie ou en Irak.

Les adjoints de Pol Pot Nuon Chea, aujourd’hui âgé de 90 ans, et Khieu Samphan, 85 ans, avaient été condamnés à la prison à vie en août 2014 pour crimes contre l’humanité par ce tribunal de Phnom Penh parrainé par l’ONU. Ils assurent n’avoir pas été au courant des atrocités commises entre 1975 et 1979.

Deux millions de Cambodgiens, soit un quart de la population, sont alors morts d’épuisement, de famine, ou à la suite de tortures et d’exécutions.

Le juge Kong Srim a maintenu, lors de son long énoncé du verdict, que les deux hommes, membres du premier cercle de Pol Pot, avaient marqué le tribunal par leur « complet manque de considération pour le sort du peuple cambodgien » et souligné que l’étendue de leurs crimes était « considérable ».

Par conséquence, « la prison à vie pour chacun des accusés est appropriée », a ajouté le juge devant quelque 700 Cambodgiens venus assister à l’audience, la plupart transportés en bus aux frais du tribunal.

Nuon Chea, l’idéologue du régime, et Khieu Samphan, le chef de l’Etat de l’ex-« Kampuchéa démocratique », ont écouté, impassibles, la lecture du verdict.

« Ce sont des monstres et c’est leur destin » de rester en prison jusqu’à la fin de leurs jours, s’est félicitée, parmi le public, Chhun Leap, une Cambodgienne de 74 ans qui a perdu 50 membres de sa famille sous le régime khmer rouge.

Verdict à la télévision

Malgré l’étendue des crimes des Khmers rouges, qui n’ont pas épargné une seule famille dans le pays, la volonté aujourd’hui au Cambodge de tourner la page est forte.

Le verdict a néanmoins été retransmis à la télévision nationale, malgré les attaques répétées contre le tribunal et son utilité de la part de l’homme fort du Cambodge, l’inamovible Premier ministre Hun Sen, qui plaide la nécessaire réconciliation nationale.

Hun Sen dit craindre que l’ouverture de nouveaux procès ne provoquent de nouveaux conflits dans le pays.

Les Etats-Unis, par la voix de leur ambassade à Phnom Penh, ont quant à eux « salué » la décision et assuré de leur soutien le tribunal jugeant les crimes de cette « page la plus sombre de l’Histoire du Cambodge ».

Jusqu’ici, seules trois personnes ont été condamnées par le tribunal, créé en 2006, même si le procès de plusieurs responsables de moindre rang est en projet.

Avant Nuon Chea et Kieu Samphan, le tribunal, critiqué pour ses lenteurs, avait condamné à la perpétuité Douch, de son vrai nom Kaing Guek Eav, chef de la prison de Phnom Penh S-21, où 15.000 personnes ont été torturées avant d’être exécutées.

Malgré la volonté générale de passer à autre chose, le processus judiciaire suit son cours: Nuon Chea et Khieu Samphan sont en parallèle jugés dans le cadre d’un deuxième procès consacré au génocide de minorités, aux mariages forcés, viols et autres crimes perpétrés dans les camps de travail.

Des milliers de charniers ont été découverts après la chute des Khmers rouges, mus par une utopie marxiste qui prétendait défaire la société de la contrainte de l’argent et bannir la religion.

Le deuxième procès doit s’achever en 2016. Le verdict est attendu fin 2017.

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