Damas dit avoir repris aux rebelles un quartier clé d’Alep

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La ville d'Alep dans le nord, avec 97% de ses lumières éteintes la nuit (Archives/AFP)
La ville d’Alep. (Archives/AFP)

L’armée syrienne a annoncé samedi s’être emparée du plus grand quartier de la partie rebelle et assiégée d’Alep, ce qui pourrait constituer une percée majeure dans son offensive pour reprendre la totalité de la deuxième ville du pays.
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Mise à jour au 27/11/2016

Les troupes du régime syrien se sont emparées dimanche de deux nouveaux quartiers rebelles dans la ville d’Alep, après la prise la veille du plus grand quartier de ce secteur, rapporte l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« L’armée et ses alliés ont pris aujourd’hui le contrôle de Jabal Badro, puis celui de Baadine », toux deux adjacents à Massaken Hanano pris la veille, a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH. Dans le même temps, l’armée menait de violents combats contre les rebelles dans le quartier stratégique de Sakhour dont la prise permettrait au régime de couper Alep-Est en deux.

Le régime s’est ainsi emparé de trois quartiers en 24 heures, au 13e jour de la violente offensive qu’il a lancée le 15 novembre pour reprendre le secteur rebelle d’Alep qui lui échappe depuis plus de quatre ans. « L’avancée rapide de l’armée est due à sa stratégie d’attaque contre Alep-Est sur plusieurs fronts, affaiblissant les rebelles », explique M. Abdel Rahmane.

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La télévision d’État a indiqué que les forces armées avaient « pris le contrôle total du secteur de Massaken Hanano après avoir mis fin à la présence des terroristes » dans ce quartier.

Dans la terminologie officielle, le mot « terroristes » désigne tout groupe opposé au régime de Bachar al-Assad, que ce soient des formations armées modérées ou des jihadistes.

L’agence de presse officielle Sana a confirmé la reprise de Massaken Hanano, précisant que des artificiers étaient en train de désamorcer « les bombes et explosifs laissés par les terroristes dans les rues ».

Les forces du régime contrôlent 80% de Massaken Hanano et les 20% restants sont dans leur ligne de mire, a indiqué pour sa part l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un large réseau de sources à travers le pays en guerre.

Il reste « quelques centaines de mètres aux forces du régime pour couper le secteur rebelle en deux » en isolant le nord du sud, a-t-il ajouté à l’AFP.

Massaken Hanano revêt une valeur symbolique pour les rebelles car c’est le premier quartier d’Alep à être tombé entre leurs mains en 2012, entraînant la division de la métropole entre secteur rebelle (est) et gouvernemental (ouest).

Yasser al-Youssef, du bureau politique d’un des principaux groupes rebelles d’Alep, Nureddin al-Zinki, a affirmé lui que « les affrontements se poursuivaient dans le sud-est de Massaken Hanano ».

Fuite de familles

« Le régime essaie de prendre petit à petit les zones nord et sud des secteurs rebelles. Il veut mettre plus de pression sur les civils assiégés pour les affamer et les forcer à quitter la ville », a-t-il ajouté.

En raison des violents combats et des raids visant Massaken Hanano, des dizaines de familles vivant dans les quartiers voisins de Sakhour et de Haydariyé ont fui vers le sud du secteur rebelle, a ajouté l’OSDH.

Le correspondant de l’AFP qui se trouvait dans cette zone a vu quatre familles sans bagage arriver de Massaken Hanano.

Selon Abou Fadel, qui les a pris en charge, « ça faisait trois jours qu’elles ne pouvaient pas mettre les pieds dehors en raison de l’intensité des bombardements ».

« Ce n’est qu’aujourd’hui qu’elles ont pu fuir » à pied, faute de transport, a-t-il dit.

« Elles avaient peur puis quand elles ont vu beaucoup de gens ici et pas de bombardements elles ont été rassurées », a-t-il dit.

Selon l’OSDH, le quartier de Sakhour a également été visé par des frappes samedi, tout comme d’autres zones d’Alep-Est. Au moins 11 civils ont été tués.

L’armée syrienne a lancé le 15 novembre une offensive d’envergure sur la partie rebelle d’Alep avec l’objectif de reprendre toute la métropole septentrionale.

Cette campagne s’est accompagnée de bombardements aériens et d’artillerie massifs, provoquant la condamnation de la communauté internationale qui demeure cependant incapable d’y mettre un terme, minée par ses divisions.

Plus de 210 civils tués

Selon l’OSDH, 212 civils, dont 27 enfants, ont péri depuis le 15 novembre à Alep-Est tandis que 18 civils, dont 10 enfants, ont été tués par les tirs rebelles sur Alep-Ouest, partie de la ville tenue par le régime.

Outre les bombardements quotidiens, les 250.000 habitants de la partie rebelle de la ville manquent de tout en raison du siège imposé depuis juillet par le régime.

Le régime accuse lui les rebelles de retenir les civils du secteur rebelle pour « les utiliser comme otages et boucliers humains ». Ce qu’a démenti un des principaux groupes rebelles.

La guerre en Syrie, déclenchée en 2011 par la répression d’une révolte pacifique par le régime, a fait plus de 300.000 morts, devenant au fil des années de plus en plus complexe avec l’implication de forces régionales, internationales et de jihadistes.

Outre le front d’Alep, des combats font rage dans la province de Raqa, à 160 km plus à l’est, dont la grande partie est aux mains du groupe Etat islamique (EI).

Une alliance arabo-kurde, soutenue par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, a lancé le 5 novembre une offensive visant à reprendre à l’EI sa « capitale » en Syrie.

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