Décès chez les élèves-officiers: le Collège militaire royal du Canada sous enquête de l’état-major

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Au défilé de fin d'année du CMR Saint-Jean, le 21 mai 2016, le vice-amiral Norman en conversation avec un élof. À l'arrière plan, le major Camapgna, du CMT-SJ.(Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Le vice-amiral Mark Norman dit prendre très au sérieux les différents incidents qui ont eu lieu ces dernier mois au Collège militaire royal du Canada. (Archives/Jacques N. Godbout/45eNord.ca)

Suite aux décès troublants de ces derniers mois chez les élèves-officiers et à leur gestion, à des comportements inappropriés et au stress parmi le personnel et les élofs, 45eNord.ca a appris que les Forces armées canadiennes ont convoqué une visite d’aide spéciale de l’état-major (VASEM) au Collège militaire royal du Canada (CMRC), ce 2 novembre.

Si une visite d’aide d’état-major n’est pas inhabituelle dans les Forces armées canadiennes, une visite d’aide spéciale de l’état-major en revanche l’est. L’équipe qui est envoyée aura le pouvoir d’interroger «n’importe qui, d’examiner n’importe quel document ou dossier, et d’avoir accès à tout ce qui concerne l’unité sous examen».

Dans la lettre de mandat du vice-chef d’état-major de la Défense adressée par le chef d’état-major de la Défense que 45eNord.ca a pu consulter, ce dernier dit avoir des «préoccupations croissantes sur le climat au Collège militaire royal du Canada».

Les Forces armées canadiennes «reconnaissent que le CMRC et ses élèves-officiers ont eu à composer avec d’importants problèmes, et elles ont la volonté de fournir les ressources, les outils et la formation nécessaires pour trouver des solutions».

L’équipe de huit militaires envoyée (2 adjudants-chefs, 2 lieutenants-colonel, 2 colonels, 1 major-général à la retraite et 1 vice-amiral à la retraite) fera donc enquête durant plusieurs semaines sur les politiques, processus et directives applicables et interrogera la direction et le personnel de l’institution vieille de 140 ans, ainsi que les élèves-officiers et parents qui le souhaitent.

Cette visite par des hauts-gradés et des leaders des Forces armées canadiennes doit permettre d’évaluer le climat, le cadre de formation, la culture et l’élaboration de programmes au Collège et à l’Académie canadienne de la Défense, et de formuler des recommandations à cet égard.

L’équipe chargée de la visite fera état de ses conclusions au chef d’état-major de la Défense, le général Jonathan Vance, et au vice-chef d’état-major de la Défense, le vice-amiral Mark Norman, avant le 31 décembre 2016. Le rapport final sera remis un peu plus tard.

En interview pour 45eNord.ca, le vice-chef d’état-major de la Défense, le vice-amiral Mark Norman, rappelle que le Collège militaire royal du Canada «n’est pas qu’une université. C’est aussi une unité des Forces armées canadiennes et on veut comprendre comment elle fonctionne».

De plus, même s’il n’est pas directement visé par cette visite spéciale, le Collège militaire royal de Saint-Jean recevra tout de même les militaires nommés par le vice-amiral pour comprendre ce qui différencie les deux institutions.

Facteurs de stress pour les élèves-officiers. Quels sont les principaux facteurs de stress pour les élèves-officiers du CMRC? Les élèves-officiers sont-ils en mesure d’identifier ces facteurs de stress et d’obtenir de l’aide pour composer avec le stress?
Le soutien offert aux élèves-officiers. Quels mécanismes de soutien sont offerts aux élèves-officiers en matière de santé mentale, de conditionnement physique et de consultation? Comment les élèves-officiers sont-ils mis au courant de toutes les ressources qui leur sont offertes?
Moral. Quel est l’état du moral au CMRC chez les élèves-officiers, et dans les escadres militaire et universitaires? De quels faits découle l’état actuel du moral au CMRC?
Commandement du CMRC. La structure de commandement actuelle du CMRC lui permet-il de mener à bien sa mission d’éducation auprès des élèves-officiers? À quel point les élèves-officiers accordent-ils leur confiance à la direction actuelle du CMRC?
Personnel du CMRC. Comment sont sélectionnés les membres du personnel du CMRC? Comment sont-ils formés pour s’acquitter des responsabilités liées à leur poste? Cette formation est-elle adéquate?
Formation et apprentissage. Les conditions de formation et d’apprentissage au CMRC préparent-elles adéquatement les élèves-officiers à assumer leurs futures responsabilités?

Entre le 28 avril et le 11 août 2016, trois élèves-officiers sont décédés dans des circonstances troublantes.

Trois semaines avant la collation des grades, c’est le jeune Harrison Kelertas, 22 ans, membre de l’escadron 4 Frontenac, qui a été retrouvé sans vie dans sa chambre du Collège militaire royal du Canada, le 28 avril. Ce premier décès d’une série de plusieurs serait toutefois un accident selon nos informations.

Quelques jours plus tard, c’est un de ses amis, Brett Cameron, 20 ans, également membre de l’escadron 4 Frontenac, qui disparaissait tragiquement, le 7 mai. L’élève-officier de 2e année devait être un des porteurs du cercueil de son ami.

Finalement, en plein cœur de l’été, c’est l’élève-officier Matthew Sullivan, 19 ans, qui décédait dans des circonstances troublantes, le 11 août. Le jeune homme se trouvait dans un «peloton d’attente», après avoir effectué sa première année au sein de l’escadron 2 La Salle. Mi-août, il venait de quitter le Collège pour sa ville natale de Saint-John (Nouveau-Brunswick) et se trouvait en congé annuel jusqu’au 23 août 2016, date de sa libération des Forces armées canadiennes pour raisons médicales.

Plusieurs élèves-officiers nous avaient fait part d’un malaise certain présent au Collège et de leurs explications sur les causes entourant ces décès. Tant la culture, que la compétition malsaine raignant parmi les élofs, que l’incompétence de plusieurs membres du personnel étaient ainsi pointés du doigt, favorisant ainsi un environnement «pourri».

Le vice-amiral Norman apprenant ce retour de la part de 45eNord.ca n’a pas caché son malaise et a promis de vouloir vraiment écouter les élèves-officiers.

«Lorsque j’étais au Collège [Royal Roads Military College, NDLR] dans les années 80, l’environnement était très différent de ce qu’il est maintenant en 2016. Un des aspects que l’on veut découvrir est comment les environnements extérieur et intérieur améliorent ou empirent leur cursus», d’expliquer le vice-amiral.

Dans une lettre adressée aux parents des élèves-officiers, le vice-amiral Mark Norman indique justement reconnaître «notre obligation pour les soins et la garde, le développement sûr de vos enfants et nous ne sommes pas concernés qu’il y a un environnement dangereux, en soi», expliquant cependant du même coup vouloir «s’assurer que nous faisons leur expérience aussi agréable et aussi réussie que possible».

«En s’inscrivant au Collège militaire royal du Canada, les élèves-officiers ont choisi de poursuivre une vocation, et se sont joints à une institution nationale très respectée et valorisée. Ils nous ont confié leur avenir, et nous avons la responsabilité de leur fournir le meilleur environnement de formation possible», de conclure l’amiral.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». En Afghanistan, en Haïti, en Europe de l'est, dans l'Arctique, aux États-Unis, ou un peu partout au Canada, il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action.

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