Démission du chef du renseignement américain James Clapper

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Le directeur national du renseignement américain (DNI) James Clapper s'exprime le 12 septembre 2013 à Washington DC (Archives/Mandel Ngan/AFP)
Le directeur national du renseignement américain (DNI) James Clapper. (Archives/Mandel Ngan/AFP)

Le directeur du renseignement américain James Clapper, qui arrivait à la fin de son mandat à la tête des 17 agences de renseignement américaines, a annoncé sa démission devant le Congrès jeudi.

«J’ai envoyé ma lettre de démission hier soir», a déclaré le directeur du renseignement devant la Chambre des représentants du Congrès américain.

Il quittera effectivement ses fonctions le 20 janvier, jour de l’investiture du nouveau président Donald Trump, selon ses services.

Le directeur du renseignement américain avait déjà évoqué à plusieurs reprises sa satisfaction de partir à la retraite prochainement, et de reprendre une vie plus normale au côté de son épouse.

M. Clapper laisse son poste au moment où arrive à la Maison-Blanche un nouveau président, Donald Trump, qui a jeté un doute sur les évaluations des services de renseignement quant à l’implication de la Russie dans les piratages visant la campagne électorale américaine.

Devant les représentants, M. Clapper a estimé qu’il ne «s’attendait pas un changement significatif du comportement de la Russie» en matière de guerre de l’information.

«Les Russes ont un outil très actif et agressif pour conduire ce que l’on appelle la guerre de l’information ou la guerre hybride », a expliqué M. Clapper. « Cela a toujours été le cas, depuis l’époque de l’Union soviétique».

«Je m’attends à ce que cela continue», a-t-il dit.

M. Clapper a toutefois estimé que le fait que l’administration américaine dénonce publiquement les piratages russes visant l’élection américaine a eu un effet.

Cela «a coupé court» aux cyberreconnaissances observées dans les systèmes électoraux de certains États américains, a-t-il dit.

D’une manière générale, «je ne peux pas dire quel impact» aura le changement d’administration américaine sur le comportement de la Russie, a-t-il dit.

Obama espère que Trump «tiendra tête» à la Russie

Pendant ce temps, le président américain Barack Obama a déclaré jeudi espérer que son successeur Donald Trump «tiendra tête» à la Russie en cas de nécessité et ne cherchera pas à tout prix à trouver des compromis avec Moscou.

«J’espère que le président désigné aura la volonté de tenir tête à la Russie lorsqu’elle ne respecte pas nos valeurs et les normes internationales», a déclaré M. Obama lors d’une conférence de presse commune avec la chancelière Angela Merkel à Berlin.

«Le président désigné ne va pas suivre exactement notre approche, mais mon espoir est qu’il ne prenne pas une approche de ‘Realpolitik’», passant par des «deals avec la Russie» qui «arrangent» les États-Unis sur le moment, mais provoquent des dégâts collatéraux importants.

M. Obama a cité la «violation des normes internationales», le risque de rendre «des pays plus petits vulnérables» ou de créer «des problèmes sur le long terme dans des régions comme la Syrie».

«C’est un sujet sur lequel nous aurons plus d’informations au fur et à mesure que le président désigné composera son équipe», a estimé M. Obama.

Il a dans ce contexte de nouveau plaidé pour le maintien des sanctions existantes contre la Russie au sujet de l’Ukraine, jusqu’à ce que l’accord de paix de Minsk soit appliqué.

Le président Obama a également souligné jeudi que la chancelière Angela Merkel avait été « une partenaire extraordinaire », ajoutant que s’il était Allemand et elle candidate en 2017 il voterait sans doute pour elle.

«J’essaie de me tenir à la règle de ne pas me mêler de la politique des autres, tout ce que je peux dire, c’est que la chancelière Merkel a été une partenaire extraordinaire», a-t-il dit, interrogé sur son soutien à une éventuelle nouvelle candidature de la dirigeante allemande au pouvoir depuis 11 ans.

Mme Merkel a, quant à elle, une nouvelle fois refusé de dire si elle allait se présenter à un quatrième mandat de chancelière à l’occasion des législatives de septembre prochain. Mais observateurs et proches s’attendent à ce qu’elle officialise son entrée dans la course dimanche ou lundi au cours d’une réunion avec les cadres de son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU).

Depuis l’élection de Donald Trump, nombre d’observateurs et médias ont souligné que la dirigeante allemande allait devenir le nouveau porte-étendard des valeurs démocratiques dans le monde.

Avant cette ultime rencontre à Berlin, Barack Obama avait rendu un hommage appuyé à Angela Merkel, vue par certains experts comme nouveau porte-étendard des valeurs démocratiques dans le monde après l’élection de Donald Trump.

Au lendemain d’un discours en forme de testament politique à Athènes, où il a livré un plaidoyer pour la démocratie et une mondialisation socialement plus juste, le président américain devait insister en Allemagne, deuxième et dernière étape de sa tournée d’adieux européenne, sur les valeurs communes à l’Europe et aux États-Unis, selon des responsables de la Maison-Blanche.

Il devait également tenter d’apaiser les craintes concernant l’avenir du partenariat transatlantique alors que son successeur élu proclame agir selon le principe du «America first».

Déjà à Athènes son «message a été aussi élégant que clair: peut-être que vous tenez Trump pour fou, mais jamais un fou n’est parvenu à mettre en pièces notre système», commente l’édition en ligne du magazine Der Spiegel.

Louanges pour Merkel

Barack Obama, 55 ans, en a profité pour rendre hommage à la chancelière allemande. Dans un entretien conjoint à l’édition en ligne du Spiegel et à la chaîne publique ARD, il a salué sa «grande crédibilité» et assuré qu’elle était «prête à se battre pour ses valeurs» alors que Mme Merkel devrait dans les prochains jours annoncer qu’elle briguera un quatrième mandat à l’occasion des législatives de septembre 2017.

«Je suis heureux qu’elle soit là et je pense que les Allemands devraient l’apprécier», a souligné le dirigeant américain qui effectue sa sixième visite en Allemagne.

Les deux responsables ont rapidement développé une relation étroite qui a survécu au scandale en 2013 portant sur l’espionnage du téléphone portable de la chancelière par son allié ou aux divergences sur la manière de traiter la crise de la dette en Grèce.

Après des entretiens officiels, une ultime conférence de presse commune vers 11h (HE) était programmée. Et les inquiétudes suscitées par la victoire de Donald Trump devaient largement dominer.

Mme Merkel s’est montrée inhabituellement claire la semaine dernière après la victoire du milliardaire: elle lui a rappelé l’importance du respect des valeurs démocratiques et de la tolérance. Le président élu avait lui durement critiqué la chancelière durant sa campagne et s’était illustré par des déclarations très controversées sur les femmes, l’islam ou la torture.

Pour certains experts, la visite d’Obama prend dès lors des allures de passage de flambeau, la dirigeante se retrouvant catapultée meilleure représentante «du monde libre», de la relation transatlantique et du libre-échange, autant de messages portés jusqu’ici par Washington.

Prenant à revers le discours protectionniste et isolationniste du futur président, M. Obama et Mme Merkel ont déjà envoyé un signal dans une tribune commune publiée dans un hebdomadaire allemand et diffusée mercredi soir.

De l’euphorie à la méfiance

Défendant le lien transatlantique et le libre-échange, ils y soulignent qu’«il n’y aura pas de retour au monde d’avant la mondialisation». «Nous sommes plus forts en travaillant ensemble».

Signe du poids pris par l’Allemagne, c’est aussi à Berlin que Barack Obama fera ses adieux vendredi aux dirigeants britannique, espagnol, italien et français, Theresa May, Mariano Rajoy, Matteo Renzi et François Hollande, invités à se joindre au duo.

La venue à Berlin de M. Obama est pour lui chargée de symboles. C’est ici, en juillet 2008, alors qu’il postulait à la Maison-Blanche, qu’il avait été le premier candidat à la présidence américaine à tenir un discours de politique étrangère hors des États-Unis. Devant 200 000 personnes, il avait appelé à «faire tomber les murs».

Juste avant l’arrivée du président démocrate américain, des Allemands interrogés sur les lieux de ce discours, à la Colonne de la Victoire, ont exprimé tristesse et inquiétudes. «C’était l’euphorie» quand il avait succédé au républicain George W. Bush, se rappelle Thomas Schmidt, 54 ans. «L’atmosphère maintenant avec Trump est à la méfiance».

D’autres se montrent plus mitigés sur le bilan du président sortant. «Trump a fait une mauvaise impression ici durant la campagne électorale, mais au moins il ne nous décevra pas», juge Hannah Müller, 26 ans.

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