Des députés interpellent la ministre de la Santé sur l’usage de la méfloquine dans les Forces armées canadiennes

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La méfloquine, toujours en utilisation au sein des Forces armées canadiennes.
La méfloquine, toujours en utilisation au sein des Forces armées canadiennes.

Après avoir entendu des anciens combattants sur le sujet, les députés membres du Comité des Anciens combattants de la Chambre des Communes ont écrit une lettre à la ministre de la Santé pressant le gouvernement d’examiner «immédiatement» les effets du médicament antipaludique méfloquine, administrés à certains membres des Forces armées canadiennes en déploiement.

Dans la lettre adressée également au ministre de la Défense nationale, au ministre des Anciens combattants et au président du Comité de la santé de la Chambre des Communes, les députés disent avoir entendu de nombreux témoignages d’anciens combattants, de chercheurs et de professionnels de la santé». Ces témoignages auraient fait remonté plusieurs points préoccupants:

  • les effets indésirables neuropsychiatriques
  • les doutes quant aux pratiques d’étiquetage et d’ordonnance
  • la rareté des données scientifiques empiriques évaluées par des pairs sur la neurotoxicité du médicament
  • la difficulté de trouver un éventuel plan de traitement pour ceux qui souffrent de symptômes chromatiques potentiellement liés à l’usage de la méfloquine

En Somalie, au Rwanda et en Afghanistan, les autorités ont administré pendant des mois le controversé médicament à leurs soldats, or, celui-ci a des effets ravageurs, selon certains d’entre eux, allant des hallucinations à la dépression.

En 2012, les Centres de contrôle et de prévention des maladies aux États-Unis ont émis une alerte, déconseillant d’utiliser la méfloquine pour les militaires en mission.

Au Canada ce n’est qu’au mois d’août que Santé Canada a reconnu les effets secondaires de la méfloquine. Le médicament est d’ailleurs toujours administré aux membres des Forces armées canadiennes.

Même le chanteur phénomène Stromae a été victime du médicament. En 2015, il a dû annuler une dizaine de concerts, dont un très symbolique au Rwanda, à cause des effets secondaires liés au traitement antipaludique à base de méfloquine pris pour sa tournée en Afrique.

Pour Jenny Migneault, militante engagée et blogueuse sur 45eNord.ca, «il est temps qu’au Canada on s’intéresse enfin à la méfloquine réellement, qu’on s’y intéresse pour cesser de l’administrer. Les Forces armées canadiennes doivent assumer leur responsabilité, cesser de l’administrer, chercher ceux qui sont affectés par ce médicament et mette en place un système d’aide et d’éducation». Selon Jenny Migneault il y a de nombreuses «histoires d’horreur» de militaires et de vétérans qui perdent pied et entraînent leur famille dans leur sillage, qui devient un «dommage collatéral». «C’est déjà dur de reconnaître la problématique du syndrome de stress post-traumatique, là, alors qu’on ne reconnaît même pas la source du problème… tu créer davantage de problèmes».

«Le ministre était un militaire, c’est un vétéran maintenant. Va-t-il travailler pour le gouvernement ou va-t-il travailler pour ses frères et sœurs d’armes?», de résumer Jenny.

Un peu plus tôt ce mois-ci, le ministre de la Défense Harjit Sajjan avait déclaré que «moins de 5 % de nos militaires utilisent la méfloquine et nos membres sont informés sur les médicaments».

Pourtant, un rapport de la commission d’enquête sur la Somalie abordait déjà, en 1997, la question de l’utilisation de la méfloquine.

«Des données médicales plus récentes laissent entendre que les effets indésirables graves découlant de l’usage de la méfloquine comme agent prophylactique ne sont pas aussi rares qu’on l’avait pensé au début […] L’usage de la méfloquine aurait pu être un facteur dans le comportement anormal de certains soldats déployés en Somalie», est-il écrit dans les conclusions du chapitre consacré à La question de la méfloquine.

La question à 100 piastres est donc: pourquoi continuer d’administrer un tel médicament au vu de ses résultats peu probants?

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». En Afghanistan, en Haïti, en Europe de l'est, dans l'Arctique, aux États-Unis, ou un peu partout au Canada, il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action.

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