Des sénateurs réclament «plus de transparence» sur le nouveau rôle du Canada dans les missions de paix de l’ONU

0
161128-senat-comite-onu

Le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense a rendu public aujourd’hui son rapport Déploiements de l’ONU: Prioriser nos engagements au Canada et à l’étranger et formule huit recommandations au gouvernement.

Ces recommandations ont pu être formulées après des mois de consultations du Comité avec de hauts gradés militaires, des universitaires et des diplomates, ainsi qu’après une mission d’étude au siège des Nations Unies.

1. Que le gouvernement du Canada soumette aux deux Chambres du Parlement un « énoncé justificatif » donnant les détails de tous les déploiements des Nations Unies – comme la taille de la mission, ses objectifs, les risques encourus, les coûts, les règles d’engagement et un plan de déploiement à durée déterminée –, de manière à obtenir un soutien bipartite et multipartite, dans le cadre d’un débat parlementaire ouvert, avant la confirmation de la participation et le déploiement de membres des Forces armées canadiennes.

2. Que le gouvernement du Canada formule clairement les règles d’engagement destinées au personnel canadien déployé à l’étranger, de manière à ce que les militaires et policiers canadiens prennent les dispositions appropriées pour se protéger eux-mêmes ou protéger lescivils contre tout préjudice ou abus.

3. Que le gouvernement du Canada accélère la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies; qu’il favorise l’inclusion d’un plus grand nombre de femmes dans tous les aspects des opérations de soutien de la paix; et qu’il s’assure que le personnel canadien et onusien déployé reçoive une formation poussée concernant le programme sur les femmes, la paix et la sécurité.

4. Que le gouvernement du Canada, conscient du fardeau que peut représenter pour les Canadiens français un déploiement dans un pays francophone, élabore une stratégie pour mieux soutenir les membres des unités déployées et leur famille.

5. Que le gouvernement du Canada s’assure qu’il y a suffisamment de ressources financières et de soutien disponibles pour les femmes et les hommes qui reviennent de missions de soutien de la paix dangereuses, et plus particulièrement pour celles et ceux qui développent des troubles de stress post-traumatique.

6. Que le gouvernement du Canada élabore et mette en œuvre un plan axé sur la prévention des conflits et le renforcement des capacités avec deux organisations régionales – l’Union africaine et l’Organisation des États américains –, et détermine des critères précis de réussite.

7. Que le gouvernement du Canada crée un centre de formation sur les opérations de soutien de la paix pour aider à former, avant et après un déploiement, le personnel militaire, policier et civil des contingents participant aux missions. La formation devrait être offerte au Canada et à l’étranger.

8. Que le gouvernement du Canada travaille avec le secrétaire général des Nations Unies pour définir et mettre en œuvre un cadre afin d’intenter des poursuites contre les auteurs d’infractions liées à des cas d’exploitation ou d’agressions sexuelles, de traite des personnes, de maltraitance de mineurs et de prostitution, commises pendant des opérations de soutien de la paix des Nations Unies.

Le gouvernement n’avait jamais caché son intention de renvoyer des militaires des Forces armées canadiennes au sein des opérations des Nations Unies puisque cela figurait même dans la plateforme électorale du Parti libéral du Canada, dévoilée durant la campagne de 2015.

À l’été, il s’est engagé à affecter 600 militaires, 150 policiers et 450 millions $ sur trois ans à une ou plusieurs opérations des Nations Unies dont les détails restent encore à préciser, de même que 30 millions $ pour la lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel, en Afrique.

Le Comité estime qu’il faudra que le gouvernement consulte le Parlement avant de déployer nos militaires. Dans une démocratie parlementaire, le gouvernement a l’obligation d’informer ses citoyens de la nature d’une mission proposée, en particulier ses objectifs, les risques qu’elle comporte, les règles d’engagement et les plans de retrait.

En interview pour 45eNord.ca, les sénateurs Daniel Lang et Jean-Guy Dagenais, disent être d’accord sur le fait de s’impliquer dans les opérations de paix des Nations Unies, «mais pas à n’importe quel prix», d’affirmer M. Lang qui demande à ce que le gouvernement soit «franc avec les Canadiens» sur le coût des missions futures et surtout des risques que comporterait un nouveau déploiement de casques bleus.

Pour le sénateur Dagenais, il sera «bien important que les troupes soient bien formées et bien équipées», puisqu’elles devront se rendre dans des théâtres d’opérations dangereux. Les règles d’engagements devront également être clarifiées, selon le sénateur Lang.

Le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan nous avait indiqué, en septembre, alors qu’il participait à un sommet des Nations Unies à Londres, qu’il ne pourrait «jamais exposer des troupes au danger sans m’assurer que nous analysons la décision au niveau politique qui va faire en sorte que ça va avoir un impact jusqu’au niveau de la réalité du terrain».

«Je veux être sûr que, lorsque nous prenons une décision finale, elle aura le bon impact sur le terrain et une contribution significative et que nos troupes ont les bons outils pour mener à bien la mission», avait encore dit le ministre pour qui avant toute chose il est important que «ce que nous devons faire est de comprendre le conflit. C’est par la compréhension que nous allons déterminer la bonne stratégie et si certains cas peuvent nécessiter un certain niveau de force à utiliser si nécessaire. Et cela se fera avec le mandat approprié et les bonnes règles d’engagement et la bonne formation».


Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». En Afghanistan, en Haïti, en Europe de l'est, dans l'Arctique, aux États-Unis, ou un peu partout au Canada, il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action.

Les commentaires sont fermés.