Engagement militaire en Corée du Sud et Japon, le risque de vide stratégique pas encore écarté

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Le 20 octobre 2014, en mer de Chine, un F/A-18F Super Hornet du Diamondbacks of Strike Fighter Squadron (VFA) 102 apponte sur le porte-avions de classe Nimitz USS George Washington (CVN 73). Le George Washington et sa force aérienne embarquée, la Carrier Air Wing (CVW) 5, ont pour mission de protéger les intérêts maritimes des États-Unis et de leurs alliés dans la région du Pacifique (Mass Communication Specialist 3rd Class Chris Cavagnaro/U.S, Navy)
Le 20 octobre 2014, en mer de Chine, un F/A-18F Super Hornet du Diamondbacks of Strike Fighter Squadron (VFA) 102 apponte sur le porte-avions de classe Nimitz USS George Washington (CVN 73). Le George Washington et sa force aérienne embarquée, la Carrier Air Wing (CVW) 5, ont pour mission de protéger les intérêts maritimes des États-Unis et de leurs alliés dans la région du Pacifique (Archives/Mass Communication Specialist 3rd Class Chris Cavagnaro/U.S, Navy)

Les menaces de Donald Trump de retirer les troupes américaines de Japon et de Corée du Sud et ses tergiversations sur l’arme nucléaire mettent en question l’engagement militaire des Etats-Unis dans une région où la Chine avance ses pions et la Corée du Nord multiplie les provocations, estiment les experts.

Pendant sa campagne, le candidat républicain avait dit envisager le retrait des soldats américains du sud de la péninsule coréenne et de l’archipel nippon à défaut d’une hausse significative de la contribution financière des deux pays.

Il n’avait alors pas hésité à laisser entendre publiquement qu’il serait préférable que ces Etats se dotent de l’arme atomique, des propos qu’il nie désormais avoir tenus.

À présent qu’il est élu, ces paroles mettent en doute les alliances militaires américaines dans la région, nouées après la Seconde guerre mondiale, et le parapluie nucléaire par lequel Washington s’engage à protéger ces pays par la dissuasion en échange de l’installation de bases sur leur sol, soulignent des analystes interrogés par l’AFP.

« On va sans doute avoir le retour du débat sur la nucléarisation possible de ces pays », juge Céline Pajon, spécialiste du Japon à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

‘Risque de vide stratégique’

M. Abe sera jeudi à New York un des premiers à rencontrer M. Trump, qui accèdera à la Maison Blanche en janvier. « Cela montre bien l’urgence des enjeux stratégiques pour le Japon et le besoin de recadrer les choses très très vite », note Valérie Niquet, responsable du pôle Asie de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Lundi, il a promis devant le Parlement des « discussions franches sur divers sujets dont la sécurité ».

Devrait être abordée la demande de M. Trump d’augmenter la part du Japon dans l’entretien des 47.000 soldats américains sur son sol, estimée sur l’année 2015-16 par le gouvernement japonais à près de 190 milliards de yens soit 1,6 md EUR, et à 3,5 mds EUR dépenses indirectes comprises (indemnisations des riverains etc). La ministre de la Défense, Tomomi Inada, a assuré la semaine dernière que Tokyo payait « suffisamment ».

Des discussions sont aussi prévues avec Séoul qui envoie cette semaine à Washington de hauts responsables des Affaires étrangères.

« Le grand risque de Trump, c’est le vide stratégique en Asie » qui conduirait la Chine « à se sentir autorisée à en profiter », dit Mme Niquet.

Mme Pajon s’interroge elle aussi sur la possible « fin du pivot américain », ce rééquilibrage de l’Amérique vers l’Asie-Pacifique, pièce maîtresse de la politique étrangère de Barack Obama afin de faire contrepoids à l’influence croissante de la Chine.

Autant d’inquiétudes qui peuvent selon elle « renforcer la légitimité du projet » du Premier ministre nationaliste Shinzo Abe de « réviser la Constitution » pacifiste, après l’avoir déjà réinterprétée l’an dernier, pour accroître le rôle des forces armées japonaises et « se normaliser sur le plan militaire ».

Et si l’archipel, en plus d’une véritable armée, se dotait de l’arme nucléaire, « ce serait une recomposition totale du paysage stratégique », porteuse de « conséquences dramatiques en termes de déstabilisation régionale », estime Valérie Niquet.

Parapluie nucléaire

Combien de temps faudrait-il techniquement au Japon, qui dispose de capacités d’enrichissement d’uranium, de recyclage de plutonium et d’un programme spatial, pour se doter d’armes atomiques ? « A la va-vite, seulement un an mais à la japonaise, de manière prudente et méticuleuse, de trois à cinq ans », capacités de lancement comprises, dit à l’AFP Mark Fitzpatrick, directeur pour les Amériques de l’IISS (Institut international pour les études stratégiques).

Takashi Kawakami, chef de l’Institut des Etudes mondiales de l’Université de Takushoku basé à Tokyo, juge insurmontables, dans le seul pays à avoir subi une attaque atomique, à Hiroshima et Nagasaki, l’opposition de la population, les difficultés d’amendement de la Constitution et la nécessité de quitter le Traité de non prolifération (TNP).

« Le développement d’armes nucléaires par le Japon et la Corée du Sud détricoterait le TNP et pas seulement en Asie de l’Est », souligne M. Fitzpatrick. « Le Japon ne s’embarquerait pas dans un tel programme sans un vrai choc sur la nation ».

En Corée du Sud, où stationnent 28.000 soldats américains, le soutien à l’arme atomique est minoritaire mais connaît des pics après chaque essai nord-coréen, 58% après le cinquième en septembre selon Gallup. « On ne peut pas emprunter un parapluie à son voisin à chaque fois qu’il pleut. On doit se procurer un imperméable », avait déclaré en février Won Yoo-Cheol, chef de file à l’Assemblée nationale du parti Saenuri au pouvoir.

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