Fuyant la Birmanie, 10.000 Rohingyas sont passés au Bangladesh

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Aung San Suu Kyi, le 18 septembre 2012, à Washington (Photo: Archives/Joshua Roberts/Asia Societ)
Cette vague de violences vient ternir l’image du gouvernement birman, dirigé de facto par la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.(Photo: Archives/Joshua Roberts/Asia Society) 

Au moins une dizaine de milliers de musulmans rohingyas sont entrés au Bangladesh en un mois, a indiqué mercredi une responsable de l’ONU au sujet des membres de cette minorité fuyant une armée birmane accusée de massacres et de viols.

Des Rohingyas déferlent en flux continu sur la frontière du Bangladesh, où les patrouilles ont été renforcées pour essayer d’empêcher le passage de ces populations apportant des récits de meurtres, de viols en réunion et de tortures commis par les soldats birmans.

« D’après les remontées de différentes agences humanitaires, nous estimons le nombre d’arrivées (de Rohingyas au Bangladesh) à 10.000 ces dernières semaines », a déclaré Vivian Tan, porte-parole régionale du Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) dans un email à l’AFP.

Mais, a-t-elle prévenu, « la situation évolue rapidement et le nombre réel pourrait être bien plus élevé ».

Le Bangladesh a déjà sur son sol près de 230.000 réfugiés rohingyas, legs de vagues de violences successives au cours des dernières décennies.

D’après les Nations unies, 30.000 personnes ont été déplacées par les violences dans l’Etat birman de Rakhine (ouest) qui ont fait des dizaines de morts depuis le début de l’opération de l’armée birmane à la suite d’attaques de postes de police début octobre.

Cette vague de violences vient ternir l’image du gouvernement birman, dirigé de facto par la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.

Depuis le début des violences, elle ne s’exprime presque pas sur le sujet, s’attirant les critiques de la communauté internationale mais préservant ainsi ses relations avec les militaires, qui échappent à son contrôle.

En déplacement mercredi à Singapour, la « dame de Rangoun » a prôné en termes vagues « la réconciliation nationale dans son pays », sans faire allusion directement à la crise des Rohingyas.

« Nous ne souhaitons pas l’instabilité mais nous avons eu une longue histoire de désunion dans notre nation. La réconciliation nationale et la paix sont donc invariablement importantes », a-t-elle déclaré devant un parterre de chefs d’entreprise.

Piégés sur une île

Un représentant de l’ONU au Bangladesh avait accusé la semaine dernière la Birmanie d’avoir entrepris une campagne de « nettoyage ethnique » contre les Rohingyas.

Le HCR a appelé le Bangladesh à leur offrir un « refuge sûr », alors que l’accès humanitaire aux réfugiés nouvellement arrivés reste difficile.

Ignorant les pressions de la communauté internationale l’exhortant à ouvrir sa frontière pour éviter une crise humanitaire, le Bangladesh a enjoint la Birmanie de prendre des « mesures urgentes » pour stopper l’arrivée des Rohingyas sur son territoire.

Sous couvert de la nuit, des familles entières de Rohingyas tentent de passer au Bangladesh en franchissant la rivière Naf qui sépare ce pays à majorité musulmane du Rakhine.

Les bateaux interceptés par les forces de sécurité bangladaises sont immédiatement refoulés vers la Birmanie.

Selon des responsables rohingyas, quelque 3.000 personnes, dont des femmes et des enfants, seraient piégées sur une île au milieu de la rivière, sans pouvoir avancer ni reculer.

« Ils sont coincés sur cette île depuis près d’une semaine sans nourriture ou vêtements suffisants », a indiqué à l’AFP Abu Ghalib.

Les autorités bangladaises ont indiqué ne pas être en mesure de pouvoir vérifier cette information.

« Nous ne pouvons pas y aller et voir s’il y a des gens sur cette île car elle est située hors de notre territoire », a déclaré à l’AFP le major Abu Russell Siddique, porte-parole des garde-frontières.

La minorité musulmane des Rohingyas est perçue comme étrangère en Birmanie, bien que certains de ses membres y vivent depuis des générations.

Leur citoyenneté n’est pas reconnue par ce pays à 95% bouddhiste. Ils vivent marginalisés, dans des conditions misérables.

Une montée de nationalisme bouddhiste en Birmanie ces dernières années a attisé l’hostilité à leur encontre.

En Etat Rakhine, des milliers de Rohingyas vivent dans des camps depuis des violences intercommunautaires en 2012 entre bouddhistes et musulmans, qui avaient fait près de 200 morts.

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