Journée de l’OTAN à Montréal: « Le Canada a une place à part au sein de l’Alliance » (PHOTOS/VIDÉOS)

0

Le 18 novembre se tenait à l’Université de Montréal, une journée d’étude sur l’OTAN, une alliance au sein de laquelle le Canada a une place à part qui en fait un partenaire irremplaçable.

La journée, qui avait pour thème l’OTAN après le sommet de Varsovie n’a pu toutefois éviter de poser la la question de l’OTAN après l’élection de Donald Trump aux États-Unis.

La journée visait notamment à analyser l’impact de la crise ukrainienne sur les relations entre l’OTAN et la Russie et à comprendre les implications de la détérioration des relations entre l’OTAN et la Russie en termes militaires et tactiques.

La journée était aussi l’occasion de s’interroger sur le rôle du Canada au sein de l’Alliance.

Organisée par Laurent Borzillo, doctorant en science politique à l’Université de Montréal (U de M) et Dominika Kunertova, elle aussi candidate au doctorat au Département de science politique de l’U de M, cet événement, qui a reçu une aide financière dans le cadre du «Programme de coopération de la défense» du Ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes, pouvait compter sur la participation d’invités aussi prestigieux que le Général Denis Mercier, Commandant suprême allié Transformation de l’OTAN, Yves Brodeur, ancien ambassadeur du Canada à l’OTAN et le lieutenant-général (ret) Michel Maisonneuve, Directeur des études au Collège militaire royal de Saint-Jean.

Parmi les autres participants, Stephen M. Saideman, Paterson Chair in International Affairs à Carleton University, n’a pas manqué quant à lui de poser avec insistance la question de l’OTAN après Trump.

« S’il devait y avoir, même si je n’y crois pas, un revirement, que le président élu décide de ne plus déployer des forces en Europe, ce serait un choc stratégique pour l’Europe très important », a du admettre, la mine sombre, le général Mercier.

« Aujourd’hui, notamment, les mesures qui ont été prises à Varsovie, elles ont pour but d’impliquer beaucoup plus tous les pays, par une préposition dans les forces en cas de menace de tout type », explique-t-il.

« L’Alliance est une alliance défensive, mais résolue. Ça veut dire ‘On est défensif, mais on est prêt », lance le général, presque sur un ton de défi, ajoutant « Qu’on se construit de façon à être plus fort. le meilleur film qu’on peut envoyer à un adversaire potentielle, ça a été, et ça a été certainement une surprise même pour la Russie, il y a eu ce qui s,est passé en Ukraine et, dans une Alliance qui était très tournée vers des missions expéditionnaires, en moins de deux, on a reconstruit complètement une posture qui est très forte, bien plus forte qu’avant. Les nations ont décidé de réinvestir dans leur défense en moins de deux ans ».

L’irremplaçable Canada

À cet égard, la présence renouvelée du Canada est une signe majeur de cette solidarité pour le Commandant suprême allié Transformation de l’OTAN, qui précise qu’il est très important que le Canada soit présent.

« Le Canada a une place à part au sein de l’Alliance », fait observer le Commandant suprême allié Transformation de l’OTAN.

C’est tout d’abord, d’expliquer le général Mercier, un pays qui s’appuie sur une véritable expérience opérationnelle par ses engagements récents, en Afghanistan bien entendu, « mais aussi, et je tiens à le souligner, j’ai pu le mesurer dans mes précédentes fonctions [le général mercier, avant l’OTAN, a été chef d’état-major de l’Armée de l’air française, NDLR], a été parmi les premiers à renforcer et à soutenir l’intervention française au Mali. C’était un atout et un gain de crédibilité pour notre Alliance ».

« C’est aussi un pays qui est à la fois comparable aux États-Unis, par sa taille géographique et son emplacement géographique, et aux nations d’Europe par sa population et ses capacités militaires », de poursuivre le chef militaire.

« Il n’y a pas un autre pays dans notre Alliance qui est un pays à la fois américain, et qui comprend les problématiques américaines, et qui a une taille européenne par sa population, ses capacités et qui, en plus, a une ouverture sur le Pacifique ».

Voilà qui donne au Canada une importance très particulière pour l’Alliance dans le cadre du lien transatlantique par, notamment, sa compréhension unique des deux pôles américain et européen.

Donald Trump: le président différent du candidat ?

Le président Trump sera-t-il différent du candidat Trump ? Le général Mercier et, à sa suite, l’ensemble des responsables militaires et politiques de l’OTAN, le croient.

« Aujourd’hui, il y a eu une déclaration du secrétaire général de l’OTAN, qui a eu M. Trump au téléphone », a déclaré le général Mercier.

« Je vis aux États-Unis, la Virginie, qui est un état démocrate » de dire le Commandant suprême allié Transformation de l’OTAN, basé à Norfolk, « et l’élection du président ne nous a pas tant surpris que ça ».

« Un candidat et un président, c’est souvent différent et notamment aujourd’hui où, et ce n’est pas propre aux États-Unis, on a beaucoup des campagnes qui sont dirigées par des questions de communications où, parfois, elles peuvent amener à dire des choses qui sont troublantes », explique le général.

« Moi, je suis profondément attaché à la démocratie, le président a été élu et il faut le laisser arriver comme président. Tout le monde peut avoir des interrogations, c’est légitime pour la première nation du monde [,,,], mais je pense qu’il ne faut pas avoir de ‘surinquiétudes’ tant qu’on a pas ce qu’il compte faire réellement, d’autant plus que, quand je regarde les déclarations de M. Trump, il a parlé de l’OTAN obsolète, mais plus tard, il a dit qu’il a eu des présentations et qu’il a compris comment l’OTAN s,est transformé, notamment à Varsovie », de faire remarquer le général Mercier.

Quant à l’idée que les États-Unis pourraient refuser à l’avenir de continuer à jouer le rôle de gendarme du monde et que les nations elles-mêmes doivent participer fortement à leur sécurité, ce n’est jamais que l’article 3 du Traité de Washington qui dit que les nations sont d’abord responsables elles-mêmes de leur propre sécurité avant même de reposer sur les autres, fait aussi observer le Commandant suprême allié Transformation de l’OTAN, qui fait remarquer que c’est le plaidoyer qui a été fait déjà qui veut que les nations puissent investir au moins 2 % de leur budget dans la défense, dont 20% dans l’acquisition de nouvelles capacités, pour continuer à développer un tissu industriel qui est essentiel pour maintenir une dynamique qui nous permettra de faire face à toutes les ruptures dans l’avenir ».

Afin d’assurer de façon plus efficace la réalisation des buts du présent Traité, les parties, agissant individuellement et conjointement, d’une manière continue et effective, par le développement de leurs propres moyens en se prêtant mutuellement assistance, maintiendront et accroîtront leur capacité individuelle et collective de résistance à une attaque armée.

« Cette déclaration, on ne peut qu’y souscrire et l’administration actuelle nous l’a rappelé aussi », de conclure le général Mercier.

Quant à l’article 5 sur l’assistance mutuelle en cas d’agression que le président élu Donald Trump avait remis en cause lors de sa campagne électorale, « on ne peut pas juger de quoi que ce soit tant qu’on a pas une réelle crise sur la table qui nous permettrait de dire que, là, on le fait ou non », répond le général Mercier, qui fait tout de même remarquer que la dernière fois où le 5 [l’article 5, NDLR] a été déclenché, c’était en faveur des États-Unis lors des attaques terroristes de septembre 2001.

Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord.

Toute attaque armée de cette nature et toute mesure prise en conséquence seront immédiatement portées à la connaissance du Conseil de Sécurité. Ces mesures prendront fin quand le Conseil de Sécurité aura pris les mesures nécessaires pour rétablir et maintenir la paix et la sécurité internationales.

« Mais c’est vraiment un débat qui, pour moi ne rime à rien tant qu’on a pas une vraie crise sur la table pour savoir pourquoi une nation invoquerait l’article 5 », conclut le Commandant suprême allié Transformation de l’OTAN, ajoutant que les potentiels adversaires « savent très bien que tout ce se jouera pas sur une déclaration qui a été faite comme ça [ dans le contexte d’une campagne électorale, NDLR]. »

On serait presque porté à dire après cette Journée de l’OTAN à Montréal que, non seulement l’Alliance est forte, mais qu’après tout, Trump n’est qu’un président… après plusieurs autres présidents.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

Les commentaires sont fermés.