La coalition anti-EI reconnaît avoir frappé par erreur les forces du régime syrien

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Un F-16 Fighting Falcon de la US Air Force reçoit du carburant à partir d'un KC-135 Stratotanker, le 16 décembre 2014, dans le cadre de l'opération Inherent Resolve contre le groupe armé l'État islamique (Archives/sergent Chelsea Browning/US Air Force)
Un F-16 Fighting Falcon de la US Air Force reçoit du carburant à partir d’un KC-135 Stratotanker, le 16 décembre 2014, dans le cadre de l’opération Inherent Resolve contre le groupe armé l’État islamique (Archives/sergent Chelsea Browning/US Air Force)

La coalition contre le groupe État islamique a reconnu mardi avoir tué par erreur des combattants du régime syrien qu’elle a confondus avec des djihadistes, dans un bombardement meurtrier le 17 septembre près de Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie.

Le bombardement avait tué environ 90 combattants, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Le régime syrien avait dénoncé une frappe « intentionnelle » de la coalition. Son allié russe avait demandé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le gouvernement américain avait exprimé des « regrets », réitérés mardi par le porte-parole du Pentagone Peter Cook.

La coalition internationale menée par les Etats-Unis ne combat pas les forces du régime de Bachar al-Assad et frappe uniquement les jihadistes, principalement ceux du groupe Etat islamique, et occasionnellement les forces d’Al-Qaïda.

Cette erreur était en outre intervenue à un très mauvais moment, alors qu’une trêve des combats entre régime syrien et rebelles avait été instaurée quelques jours plus tôt. Deux jours après cette frappe, le régime syrien avait annoncé la fin de cette fragile trêve et avait bombardé un convoi de l’ONU se dirigeant vers Alep, suscitant un tollé international.

Le 17 septembre, des avions de la coalition, F-16, FA-18 et A-10 américains, australiens, britanniques et danois, ont largué 34 bombes à guidage de précision et tiré 380 munitions de 30 mm sur un groupe de combattants identifiés comme des jihadistes.

Mais le bombardement a été arrêté en catastrophe après un appel téléphonique de la Russie aux forces de la coalition pour les prévenir que le bombardement visait des forces du régime syrien.

Selon l’enquête du général américain Richard Coe, partiellement rendue publique mardi, la bavure de la coalition est attribuable à un enchaînement de circonstances et de « facteurs humains ».

Mais pour autant, l’enquête n’a pas identifié de fautes précises chez les analystes et chefs militaires impliqués.

« Pour moi, c’était des gens qui faisaient de leur mieux pour faire un bon travail », a affirmé le général Richard Coe dans une téléconférence avec la presse.

Pour lui, l’enchaînement de circonstances a commencé lorsque des analystes militaires travaillant sur la base d’images de drones ont identifié un véhicule, à tort, comme appartenant au groupe Etat islamique.

Ce véhicule a mené à des troupes qui ne portaient « ni uniformes, ni insignes » et qui présentaient la même apparence, vus du ciel, que des combattants de l’EI a expliqué le général Coe.

Aucun analyste n’a remis en cause le diagnostic premier identifiant le véhicule comme appartenant à des jihadistes, a indiqué le général Coe, évoquant un « défaut de confirmation » – quand tout semble confirmer une première information, que personne n’a songé à critiquer vraiment.

L’identification de cible est un processus extrêmement complexe, qui associe de nombreux analystes et responsables au sein de la coalition travaillant « en différents endroits du monde », a rappelé le général Coe.

Et un autre facteur a contribué à rendre la frappe encore plus meurtrière: lorsqu’un officier russe a appelé pour prévenir la coalition de son erreur, il a fallu « 27 minutes » avant qu’il soit mis en contact avec son interlocuteur attribué côté américain.

« Nous n’avons pas été à la hauteur des exigences qui sont les nôtres » en matière de définition de cibles, a de son côté déclaré le chef des forces aériennes de la coalition, le général Jeff Harrigian, dans un communiqué.

Le Pentagone a lancé une revue des procédures de définition de cibles pour éviter la répétition de ce genre de bavures, et a recommandé à ses analystes « d’améliorer » encore leurs partages d’informations entre eux.

Le général Coe s’est prononcé pour la systématisation « d’avocats du diable » (« red team »): des analystes chargés de trouver la faille quand une décision est en train d’être en prise.

Les États-Unis et la coalition ont construit pour combattre les jihadistes en Syrie une machine de guerre aérienne extrêmement puissante. Mais elle dispose de très peu d’informateurs sur le terrain et reste très dépendante des renseignements fournis par les drones qui observent 24 heures sur 24 les zones de conflit.

Plusieurs organisations non-gouvernementales accusent la coalition de sous-estimer le nombre de victimes de ses bombardements.

À Deir Ezzor, le Pentagone a par exemple dénombré 15 tués sur la base de ses observations aériennes, mais le nombre réel est certainement supérieur, a reconnu le général Coe.

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