Le Fatah en Congrès autour de son président réélu Mahmoud Abbas

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Le président palestinien Mahmoud Abbas, le 6 janvier 2016 à Bethléem. (Thomas Coex/AFP)
Le président palestinien Mahmoud Abbas, le 6 janvier 2016 à Bethléem. (Archives/Thomas Coex/AFP)

Mahmoud Abbas, vieillissant et affaibli par une contestation populaire et interne, a été réélu d’emblée à la présidence du Fatah, principal parti palestinien qui tenait mardi son premier Congrès depuis sept ans.

Dès l’ouverture, les 1.400 membres ont voté pour reconduire –« par consensus » selon un porte-parole– M. Abbas, 81 ans et également chef de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), à la tête de leur parti.

Grandes dates de la vie de Mahmoud Abbas, réélu mardi à la tête du mouvement Fatah, plus vieux parti palestinien dont il est l’un des pères fondateurs et principale composante de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP):

– 26 mars 1935: naissance à Safed en Galilée (nord d’Israël, alors Palestine). Il doit s’exiler en Syrie en 1948 à la création d’Israël. Il fait des études de droit.

– 1959: alors qu’il vit dans le Golfe, il participe avec Yasser Arafat à la fondation du Fatah qui mène des actions armées contre Israël dès 1965 et deviendra la principale composante de l’OLP (créée le 28 mai 1964). Il suit l’OLP de Beyrouth à Tunis et intègre en 1983 son comité exécutif.

– 15 nov 1988: à son instigation, le Conseil national palestinien (CNP, Parlement en exil) reconnaît de facto l’existence d’Israël, rejette le terrorisme et proclame un Etat palestinien indépendant. Dès 1974, il a entamé des contacts discrets avec la gauche israélienne, notamment à Prague.

– 13 sept 1993: à Washington, il signe avec le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres l’accord sur l’autonomie palestinienne, dont il est l’artisan essentiel côté palestinien.

– 9 sept 1994: revenu en terre palestinienne deux mois après Arafat, il cherche à se rendre dans sa ville natale mais reporte sa visite après des manifestations israéliennes hostiles.

– 22 mai 1996: devient numéro deux de l’OLP et dirige les difficiles négociations de paix avec Israël.

– 19 mars 2003: accepte de devenir le Premier ministre d’Arafat, qui a dû créer ce poste sous pression internationale en pleine deuxième Intifada. Il démissionne en septembre après de profondes divergences avec Arafat.

– 9 jan 2005: élu président de l’Autorité palestinienne après avoir été propulsé à la tête de l’OLP et du Fatah à la suite de la mort d’Arafat le 11 novembre 2004. Les islamistes ont boycotté le scrutin. Son mandat, expiré en 2009, court toujours, la division palestinienne empêchant des élections.

– 25 jan 2006: la victoire du Hamas islamiste aux législatives –dernier scrutin à ce jour dans l’ensemble des Territoires palestiniens– l’engage dans un bras de fer sanglant. Le Hamas dirige le gouvernement de mars 2006 à juin 2007 puis s’installe à Gaza et confine le Fatah à la Cisjordanie occupée.

– 29 nov 2012: contournant l’impasse du processus de paix, il fait entrer la Palestine comme observateur à l’ONU où son drapeau est hissé en 2015. Plusieurs Parlements européens votent sa reconnaissance.

– 23 août 2015: il démissionne de son poste à la tête de l’OLP, mais cette démission ne devait prendre effet qu’avec la tenue d’une réunion du Conseil national palestinien (Parlement de l’OLP).

– 29 novembre 2016: il est réélu à la tête du Fatah.

Cette élection n’a pas suscité de débats. En revanche celles, à partir de vendredi, des instances dirigeantes du Fatah, le Conseil révolutionnaire –80 membres élus et une quarantaine nommés– et le Comité central –18 membres élus et quatre nommés par le président–, s’annoncent plus serrées.

Leurs résultats donneront une idée du poids des différents courants au sein du Fatah, en proie à des divisions internes et au sein duquel M. Abbas tente d’écarter les voix dissonantes, notamment les partisans de Mohammed Dahlane, son principal opposant qui vit en exil aux Émirats arabes unis, affirment des analystes.

À la mi-journée, des cadres, récemment écartés du parti, ont assuré avoir fait les frais de cette politique. Dimitri Diliani, élu au Conseil révolutionnaire lors du dernier Congrès en 2009 n’a pas été invité cette année avec des dizaines d’autres parce que, dit-il à l’AFP, « nous portons une voix différente ». Il comptait tenir avec d’autres dans un camp de réfugiés proche de Ramallah une conférence de presse, annulée après « des menaces, dont certaines de mort, des services de sécurité ».

Jibril Rajoub, membre du Comité central venu des services de sécurité, reconnaît qu’une « erreur » a été commise vis-à-vis « des opposants et des dissidents » qui n’ont pas été invités. Il assure toutefois que « personne n’est visé » et que « la priorité est de tenir le Congrès ».

Car ce rassemblement doit, dit-il, avant tout permettre de revoir de fond en comble l’organisation du mouvement, fondé en 1959. « Le système des années 1960 ne marche plus en 2016 », affirme-t-il à l’AFP.

« Il faut prendre en compte les circonstances actuelles: le système a été créé lorsque nous étions en diaspora et nous sommes maintenant sur le sol national ».

Ces élections permettront de « choisir des dirigeants pour la prochaine étape », explique à l’AFP Saëb Erakat, numéro deux de l’OLP, et candidat pour un nouveau mandat au sein du Comité central, selon une source proche.

Une prochaine étape qui s’annonce compliquée alors que le processus de paix est au point mort depuis des années, que la question palestinienne a été reléguée à l’arrière plan diplomatique par les autres crises régionales et que la division entre l’Autorité palestinienne qui contrôle la Cisjordanie et le Hamas islamiste qui tient Gaza empêche la tenue d’élections depuis dix ans.

Fait exceptionnel, un message du chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, dans lequel il s’est dit « prêt à coopérer avec le Fatah », a été lu à l’ouverture du Congrès.

M. Abbas, artisan des accords d’Oslo signés en 1993 avec Israël qui devaient créer un État qui se fait toujours attendre, devait aborder toutes ces questions lors d’un long discours de politique générale prévu en soirée mais reporté au dernier moment à mercredi.

Le Fatah est la « colonne vertébrale » de l’OLP, l’entité reconnue internationalement comme représentant les Palestiniens et issue du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP, gauche historique), rappelle Wassel Abou Youssef, membre de la direction de l’Organisation.

Tout changement au sein de ce parti aura donc une incidence sur l’OLP, qui chapeaute l’Autorité palestinienne, entité intérimaire qui perdure faute d’état.

L’objectif du Congrès, explique son porte-parole Mahmoud Abou al-Hija, est de déterminer « que faire » face à « l’horizon politique bouché et à l’impasse des négociations ». Le Fatah évoquera ainsi, assure-t-il, les différentes initiatives de paix portées par la France ou les pays arabes et la possible saisie du Conseil de sécurité de l’ONU face à la colonisation israélienne.

Depuis plusieurs jours, les préparatifs vont bon train pour accueillir le Congrès du Fatah dans une salle de la présidence à Ramallah, en Cisjordanie, petit territoire palestinien occupé depuis près d’un demi-siècle par Israël. Des tentes ont été installées aux abords du complexe où des policiers ont été déployés en masse pour accueillir les 1.400 membres du Congrès, venus de Cisjordanie, de Gaza et de l’étranger.

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