Les forces irakiennes sont entrées dans Mossoul

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Un soldat des forces irakiennes en position dans la région de al-Shura, au sud de Mossoul, le 24 octobre 2016. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
Un soldat des forces irakiennes en position dans la région de al-Shura, au sud de Mossoul, le 24 octobre 2016. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Les soldats irakiens sont entrés mardi dans Mossoul, lançant ainsi la « véritable » bataille pour reprendre la plus grande ville conquise par les djihadistes du groupe État islamique (EI).

C’est par l’est que les forces d’élite ont pénétré dans Mossoul (nord), prenant position dans le quartier de Judaidat Al-Mufti, selon le centre de commandement de l’armée.

« C’est à présent le début de la véritable libération pour la ville de Mossoul », a annoncé le général Taleb Cheghati al-Kenani, commandant du service du contre-terrorisme irakien (CTS). « Notre objectif final est la libération » totale de Mossoul, a ajouté l’officier irakien qui s’exprimait depuis la localité de Gogjali, collée à Mossoul et également reprise par les forces irakiennes mardi.

Quelques heures plus tôt, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi avait également affiché son optimisme, deux semaines après le début, le 17 octobre, de la vaste offensive sur Mossoul.

« Nous allons refermer notre étau sur l’EI de tous les côtés », a-t-il lancé dans une allocution à la télévision publique. Les jihadistes « n’ont pas d’échappatoire, ils peuvent soit mourir, soit se rendre ».

Les experts s’attendent à ce que les combattants de l’EI, qui seraient entre 3.000 à 5.000 dans la ville, selon des estimations américaines, défendent jusqu’au bout leur fief, où leur chef Abou Bakr al-Baghdadi avait proclamé un « califat » sur les territoires conquis en Irak et en Syrie en 2014.

En entrant dans Mossoul, les forces du contre-terrorisme sont en avance sur les dizaines de milliers d’autres combattants convergeant à partir du nord et du sud avec le soutien des frappes aériennes de la coalition internationale antidjihadistes menée par les États-Unis.

À l’est et au nord de la ville, les combattants kurdes ont consolidé leurs positions dans les villages récemment repris à l’EI.

Au sud, les forces du gouvernement fédéral continuent à progresser mais restent à plusieurs kilomètres de la périphérie de Mossoul.

Enfin à l’ouest, les forces paramilitaires du Hachd al-Chaabi, une coalition dominée par des milices chiites soutenues par l’Iran, tentent de couper les lignes de ravitaillement de l’EI avec la Syrie. Elles ont repris une série de villages sur la route de Tal Afar, ville stratégique du « califat » autoproclamé par l’EI.

Des forces irakiennes sont entrées mardi dans Mossoul, au seizième jour d’une vaste offensive visant à reprendre au groupe État islamique (EI) la deuxième ville d’Irak et sa région. Voici ce que l’on sait sur cette opération, qui a débuté le 17 octobre:

Quelles sont les forces irakiennes impliquées?

Les forces du contre-terrorisme et les forces d’intervention rapide, deux unités d’élite irakiennes, combattent aux côtés de l’armée, de la police locale et fédérale et de combattants kurdes (peshmergas).

La Mobilisation populaire (Hachd al-Chaabi) -des unités paramilitaires soutenues par l’Iran, en majorité chiites mais comptant aussi des sunnites- est récemment entrée en action.

Ces forces hétéroclites, parfois rivales, ont pour l’instant été réparties sur des fronts différents afin de minimiser les risques.

Elles bénéficient du soutien de la coalition internationale menée par Washington, notamment via des bombardements aériens et d’artillerie.

Quelle stratégie a été mise en place?

L’offensive sur Mossoul a été initialement lancée sur trois fronts: au nord, à l’est et au sud.

Dans un premier temps, les forces irakiennes n’ont pas ouvert de front à l’ouest de la ville. Mais la Mobilisation populaire a récemment été chargée de reprendre Tal Afar -un fief de l’EI se trouvant à l’ouest de Mossoul entre la métropole et la frontière syrienne- pour tenter de couper les lignes de ravitaillement des djihadistes.

En deux semaines, la phase initiale de l’offensive a vu la reprise de dizaines de villages sur les trois fronts initiaux et la consolidation des gains territoriaux.

Lundi, des forces du contre-terrorisme ont pu prendre position en lisière est de Mossoul et, mardi, l’armée a pour la première fois pris pied dans Mossoul même, dans le secteur de Judaidat Al-Mufti, sur la rive gauche du Tigre, le fleuve qui coupe la ville en deux.

Cette entrée marque « le début de la vrai libération de Mossoul », a affirmé un commandant irakien.

Quelle est la réaction des djihadistes?

Violente, comme souvent par le passé.

L’ONU a indiqué savoir que plus de 250 personnes avaient été exécutées par l’EI la semaine dernière près de Mossoul. Elle a ajouté mardi que plus de 40 anciens soldats avaient également été abattus et leurs corps jetés dans le Tigre.

L’ONU a en outre fait état de l’enlèvement de près de 8.000 familles, vraisemblablement pour être utilisées comme « boucliers humains ».

Les djihadistes ont lancé des dizaines d’attentats suicide à la voiture piégée contre les forces de sécurité, attaquant aussi par des tirs et de l’artillerie.

Les informations sur les mouvements de l’EI pendant la bataille sont contradictoires, faisant état à la fois de retraits vers la Syrie voisine et du déploiement de renforts vers l’Irak.

Selon un général américain, 900 djihadiste sont été tués pendant la première semaine et demie de l’opération.

Quelles sont les conséquences pour les civils?

Des milliers de civils fuient les zones contrôlées par l’EI au fur et à mesure que les forces irakiennes approchent, par peur des djihadistes et des combats à venir.

A ce jour, plus de 17.900 personnes ont fui leur foyer depuis le lancement de la bataille, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Mais ce chiffre doit nettement augmenter avec l’avancée des forces irakiennes et notamment leur entrée dans Mossoul, où vivent 1,5 million de personnes selon l’ONU.

Les Nations unies à estiment à un million le nombre de civils qui pourraient être contraint de quitter leur foyers durant l’offensive sur Mossoul, ce qui pourrait provoquer un drame humanitaire car les camps existants n’ont pas de telles capacités d’accueil.

Craintes pour les civils

Les forces entrées par l’est ont la possibilité d’attendre le renfort d’autres unités avant de mener une attaque concertée pour avancer vers le centre-ville, selon des experts. Ou elles peuvent avancer seules dans les quartiers orientaux, en partie désertés par les djihadistes qui se sont repliés à l’ouest du Tigre, le fleuve qui traverse la ville, où leurs positions sont plus solides.

Les forces irakiennes devraient tenter d’ouvrir des couloirs humanitaires pour que les civils puissent fuir la ville, peuplée d’environ 1,5 million d’habitants selon l’ONU.

L’ONU a exprimé mardi ses « sérieuses inquiétudes » quant au sort de dizaines de milliers de civils qui pourraient être utilisés comme bouclier humain par l’EI.

Les djihadistes auraient ainsi transporté lundi dans des camions et autocars « quelque 25.000 civils » d’une localité au sud de Mossoul, Hamam al-Alil, pour les rapprocher de la deuxième ville d’Irak, selon des informations rassemblées par le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme.

Mais « la plupart des camions ont été empêchés de se rendre à Mossoul en raison de patrouilles aériennes de la coalition » internationale dirigée par les États-Unis, a expliqué Ravina Shamdasani, sa porte-parole.

L’ONU a par ailleurs indiqué que plus de 40 anciens soldats des forces de sécurité irakiennes avaient été abattus par les jihadistes samedi et leurs corps jetés dans le fleuve Tigre.

A ce jour, plus de 17.900 personnes ont fui leur foyer depuis le lancement de la bataille, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Mais les organisations humanitaires s’activent à élargir la capacité des camps d’accueil d’urgence pour les déplacés, l’ONU estimant que plus d’un million de personnes pourraient fuir Mossoul.

Dans les villages libérés de l’EI aux alentours de Mossoul, les habitants reviennent voir leurs maisons mais ils ne pourront pas se réinstaller avant des mois, le temps que les bombes et mines disséminés par l’EI soient désactivées.

Par ailleurs, la Turquie qui souhaite s’impliquer dans la bataille pour Mossoul bien que Bagdad s’y oppose, a envoyé des chars et des canons vers une zone proche de la frontière avec l’Irak, ont indiqué des responsables militaires à l’AFP.


Bataille de Mossoul, jour 5 à jour 6 de l’offensive.

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