Les pertes des forces de sécurité afghanes a un niveau inquiétant

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Joseph Votel

«Nous avons une stratégie pour aller à Raqqa, pour isoler Raqqa», mais «nous n'avons pas de plan» pour prendre la ville ni «pour la tenir» ensuite face à une éventuelle contre-offensive djihadiste, a déclaré le général Joseph Votel, lors d'une audition devant la commission des forces armées du Sénat.(BRENDAN SMIALOWSKI/AFP)
Le général américain Joseph Votel (droite), chef des forces américaines au Moyen-Orient(Archives/BRENDAN SMIALOWSKI/AFP)

Les chefs militaires américains veulent croire que les forces afghanes peuvent tenir le pays face aux talibans, mais les pertes de l’armée et de la police afghane ont atteint un niveau inquiétant.

« Cette saison de combats est très difficile » pour les forces de sécurité afghanes, reconnaissait la semaine dernière le général Joe Votel, chef des forces américaines au Moyen-Orient, en visitant le quartier général des forces de l’Otan à Kaboul.

La mission de combat des forces de l’Otan en Afghanistan s’est arrêtée fin décembre 2014, laissant aux seules forces afghanes la responsabilité de faire face aux talibans.

En 2015, pour la première année aux commandes face aux rebelles islamistes, les forces afghanes ont perdu environ 5.000 hommes, tandis que 15.000 étaient blessés.

En 2016, alors que la saison de combat n’est pas encore terminée, les pertes sont supérieures: 5.523 tués entre le 1er janvier et le 19 août, selon les services de l’inspecteur général pour la reconstruction de l’Afghanistan (Sigar), un organisme américain.

à titre de comparaison, les forces américaines ont perdu 1.832 soldats en Afghanistan depuis octobre 2001.

Pourtant, les généraux américains continuent d’afficher leur espoir que les forces afghanes tiendront bon.

Les Afghans « ont empêché les talibans et leurs alliés de remplir leurs objectifs », a affirmé le général Votel. « Il a fallu payer le prix », mais « les forces afghanes, particulièrement l’armée, ont démontré une grande résilience ».

Selon le général John Nicholson, qui commande les forces de l’Otan sur place, les pertes afghanes contribuent à expliquer le sous-effectif persistant des forces de sécurité locales.

L’armée afghane compte par exemple 170.000 hommes, alors que l’objectif est de 190.000 hommes.

À cause de ces pertes élevées, nous n’arrivons pas à résorber » l’écart, a-t-il expliqué.

Pour le général américain, la fréquente médiocrité des cadres de l’armée afghane et une corruption endémique contribuent aussi au manque d’attractivité des forces de sécurité.

« Ces jeunes policiers qui meurent sur les checkpoints n’ont parfois pas suffisamment d’eau, de nourriture ou de munitions, et leur chefs ne sont pas toujours avec eux », a-t-il indiqué.

L’inspecteur général pour l’Afghanistan, pourtant généralement peu suspect de complaisance pour l’administration afghane, note cependant que le moral des troupes paraît rester correct, avec 75% d’entre elles estimant être bien traitées, et 90% satisfaites de leur salaire.

Quinze ans après le début de l’intervention militaire américaine dans la foulée des attentats du 11-Septembre, la stabilité du pays ne semble toujours tenir qu’à un fil, malgré les centaines de milliards de dollars dépensés par Washington.

‘Impasse’ ou ‘équilibre’ ?

Barack Obama espérait terminer son mandat avec une force résiduelle de 1.000 soldats américains en Afghanistan, mais il a dû revoir à la baisse ses objectifs devant l’ampleur des coups portés par les talibans.

En 2017, il y aura toujours 8.400 soldats américains, qui ont en principe un rôle de conseil et de formation… mais continuent en réalité d’apporter des coups de main décisifs dans les combats via les forces spéciales.

Le Sigar estime aujourd’hui que 63,4% des districts du pays sont sous le contrôle ou l’influence du gouvernement afghan, un tassement sur les 65,6% de l’estimation précédente il y a trois mois.

Les militaires américains estiment de leur côté que le gouvernement afghan contrôle environ 70% de la population. Les talibans contrôlent 10% de la population, et le reste est l’enjeu des combats actuels.

Malgré au moins sept offensives des talibans sur des agglomérations comme Kunduz, Lashkar Gah (capitale du Helmand) ou Tarinkot (capitale de l’Uruzgan), « aucune de ces villes n’est tombée », souligne le général Charles Cleveland, qui dirige la communication des forces de l’Otan en Afghanistan.

« La défense des forces afghanes n’a pas été parfaite, ce n’était pas forcément beau à voir, mais au final, elle sont réussi et elles ont défendu ces villes », a-t-il affirmé.

Le général Joe Dunford, le chef d’état-major inter-armées américain, a indiqué récemment devant le Congrès que la situation afghane était « en gros une impasse », les combats violents débouchant sur un statu quo.

Mais le général Nicholson préfère lui la notion « d’équilibre ».

« Et c’est un équilibre en faveur du gouvernement, qui contrôle la majorité de la population », a-t-il estimé.

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