L’Europe craint pour l’engagement américain auprès de l’Otan

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L'Otan a indiqué jeudi avoir ouvert une enquête concernant l'attaque d'une clinique d'une ONG suédoise qui a fait trois morts il y a 10 jours. (AFP/Archives / PAUL J. RICHARDS)
L’Europe craint pour l’engagement américain auprès de l’Otan(AFP/Archives / PAUL J. RICHARDS)

L’élection de Donald Trump à la tête de la première puissance du monde, pilier historique de l’Otan, suscite l’inquiétude en Europe, au moment où l’Alliance atlantique y renforce ses capacités militaires de manière inédite depuis la fin de la Guerre froide face à la Russie de Vladimir Poutine.

Pendant sa campagne, les propos du candidat républicain, laissant entendre que la poursuite de l’engagement américain dans l’Otan se ferait sous conditions, avaient déjà obligé l’Alliance à réagir.

Pour rassurer les voisins de la Russie, particulièrement inquiets de l’attitude jugée menaçante de Moscou depuis le conflit ukrainien, le vice-président américain Joe Biden était aussi monté au créneau.

« N’écoutez pas ce type, il ne sait pas ce qu’il dit. L’Amérique ne manquera jamais au devoir de défendre ses alliés », avait-il lancé.

Isolationnisme

De fait, « une administration Trump va renforcer les tendances isolationnistes aux États-Unis », prédit Fabian Zuleeg, du « think tank » European Policy Centre (EPC) à Bruxelles, pointant le contexte d’une puissance déjà affaiblie par la concurrence des pays émergents comme la Chine.

Mercredi, preuve du choc ressenti, l’annonce de l’élection du milliardaire populiste à la Maison Blanche a provoqué une cascade de réactions en Europe. Et plusieurs mises au point du secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

« Face à un nouvel environnement sécuritaire difficile (…) le leadership des États-Unis est plus important que jamais », a souligné le chef de l’Alliance.

De son côté le président polonais Andrzej Duda s’est empressé de rappeler la promesse des États-Unis d’envoyer des soldats supplémentaires dans son pays afin de renforcer le flanc oriental de l’Otan.

Quatre bataillons d’environ un millier d’hommes chacun doivent être déployés par les alliés à partir de début 2017 en Lettonie, Lituanie, Estonie et Pologne. Celui prévu en Pologne est particulièrement emblématique car il sera sous commandement américain.

Au-delà des engagements au sein de l’Otan, Donald Tusk, président du Conseil européen, a estimé que Washington n’avait « tout simplement pas d’autre option » que de continuer à coopérer étroitement avec l’Europe.

« Je ne crois pas qu’un pays aujourd’hui puisse prétendre à être grand en restant isolé », a plaidé M. Tusk, un ex-Premier ministre polonais, en référence au slogan électoral de Donald Trump « Rendre sa grandeur à l’Amérique » (Make America great again).

Tandis que Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, insistait, elle, sur la responsabilité de l’UE d’être « une superpuissance qui croit dans le multilatéralisme ».

Pour certains analystes, les craintes suscitées par la victoire de Donald Trump ne sont pas forcément justifiées.

Renforcer la défense européenne

Ian Lesser, de l’institut German Marshall Fund of the United States à Bruxelles, fait valoir que le 45e président américain « n’est pas tant un isolationniste qu’un parfait unilatéraliste ». « Pour lui la politique étrangère débute avec la sécurité intérieure et s’élabore en fonction de cela », poursuit l’analyste.

Reste à savoir quelle sera son attitude à l’égard de Moscou, et s’il honorera sa promesse de campagne de réparer une relation passablement détériorée depuis le conflit ukrainien et l’annexion de la Crimée en mars 2014.

Le président russe Vladimir Poutine y a fait allusion dès mercredi.

« Nous sommes prêts à tout faire pour que les relations russo-américaines retrouvent une trajectoire de développement stable (…) cela aurait un impact positif sur l’ambiance générale dans le monde », a-t-il déclaré.

Dans ce climat d’incertitude, certains dans l’UE (dont 22 des 28 membres sont aussi alliés de l’Otan) préfèrent voir l’opportunité de faire progresser le débat en cours sur une Europe plus autonome en matière de sécurité et de défense.

« Les États-Unis ne vont pas s’occuper de notre sécurité, c’est la responsabilité de l’Europe. Nous avons besoin d’une Union de la sécurité », a clamé le président de la Commission Jean-Claude Juncker mercredi soir à Berlin, une des capitales à la pointe du débat avec Paris, Rome et Madrid.

Un avis clairement partagé par le président français François Hollande qui a jugé jeudi « très important que les Européens, dans ce contexte nouveau, soient clairs sur leur volonté d’agir ensemble », notamment pour le contrôle des frontières extérieures de l’UE et dans la lutte contre le terrorisme.

Pour un diplomate européen, le vote surprise des Américains devrait faire définitivement évoluer les plus réticents –à l’est de l’Europe– à l’idée d’une défense européenne renforcée qui à leurs yeux risquerait de concurrencer l’Otan.

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