Numéro d’équilibriste: le Canada discutera de droits de la personne avec l’Arabie saoudite

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Le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, à Washington, le 10 mars 2016. (45eNord.ca/CTV)
Le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, à Washington, le 10 mars 2016. (45eNord.ca/CTV)

Critiqué pour avoir permis la vente de blindés au royaume saoudien qui emprisonne et fouette, Ottawa discutera dans un numéro d’équilibriste diplomatique de droits de la personne, de respect de la diversité et de renforcement socio-économique des femmes et des filles avec le président de la Commission des droits de l’homme de l’Arabie saoudite, Bandar Bin Mohammed Al-Aibanm en visite au Canada.

L’ombre de l’affaire Raïf Badawi, le blogueur emprisonné en Arabie saoudite et condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet et dont la famille est installée à Sherbrooke, devrait aussi planer sur ces discussions, d’autant plus que le ministre canadien des Affaires étrangères, Stéphane Dion, compte bien aborder la question.

Quant à l’affaire des blindés légers, tout en reconnaissant que l’Arabie saoudite commet des violations des droits de la personne sur son propre territoire, ainsi qu’en ciblant des cibles civiles au Yémen, le ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion avait finalement donné quand même le feu vert en avril à l’exportation des VBL et de leur armement à l’Arabie saoudite.

Le chef de la diplomatie canadienne avait alors défendu la décision de son gouvernement de maintenir le contrat des blindés entre le Canada et l’Arabie saoudite, critiqué par de nombreuses organisations et qui fait même l’objet d’une contestation en Cour fédérale en faisant appel au réalisme.

Le maintien du contrat des blindés entre le Canada et l’Arabie saoudite découle de sa doctrine de la «conviction responsable», avait alors expliqué le ministre qui réitère aujourd’hui sa position en déclarant que « C’est au moyen de l’engagement et d’un dialogue franc que les droits universels de la personne peuvent progresser dans le monde, y compris en Arabie saoudite. ».

Le président de la Commission des droits de l'homme de l'Arabie saoudite, Bandar Bin Mohammed Al-Aiban. (Alekhbariya)
Le président de la Commission des droits de l’homme de l’Arabie saoudite, Bandar Bin Mohammed Al-Aiban. (Alekhbariya)
Sur l’affaire Badawi, alors qu’il avait réclamé lorsqu’il était dans l’opposition que le premier ministre de l’époque, Stephen Harper, intervienne personnellement auprès du gouvernement saoudien pour obtenir sa libération, le chef de la diplomatie canadienne, qui a déjà imploré la clémence pour le blogueur lors de la visite de son homologue saoudien en décembre dernier, plaide aujourd’hui la discrétion par souci d’efficacité.

Toujours est-il que Stéphane Dion, de même que la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, et la ministre de la Condition féminine, Patty Hajdu, ont annoncé aujourd’hui qu’ils discuteront de la question des droits de la personne en Arabie saoudite avec le président de la Commission des droits de l’homme de l’Arabie saoudite lors de sa visite au Canada du 31 octobre au 4 novembre 2016.

À l’occasion d’une rencontre le 2 novembre, les ministres Bibeau et Hajdu discuteront plus particulièrement de l’importance des femmes et des filles en tant que puissants agents de changement.

Le 3 novembre, le ministre Dion profitera pour sa part de l’occasion pour engager davantage l’Arabie saoudite dans un dialogue ouvert sur toute une gamme de questions relatives aux droits de la personne, y compris l’affaire du blogueur saoudien Raïf Badawi.

Toujours le 3 novembre, le ministre Dion animera également une table ronde réunissant des dirigeants d’organisations de défense des droits de la personne et de la société civile du Canada. Bandar Bin Mohammed Al-Aiba assistera à la table ronde en tant qu’invité spécial, au cours de laquelle les participants parleront de leurs expériences et exprimeront leurs points de vue concernant les droits de la personne, l’inclusion et le respect de la diversité.

L’Arabie saoudite a été jusqu’à maintenant un partenaire important dont on estimait et estime encore pouvoir difficilement se passer, un allié au sein de la coalition internationale de lutte contre le groupe armé EI et un acteur important dans les efforts de la communauté internationale visant à trouver une solution politique en Syrie.

Le Canada n’est pas, loin de là, le seul pays à choisir le réalisme politique quand vient le moment de traiter avec les Saoudiens.Entre le réalisme politique et la défense des droits humains, c’est donc à un véritable numéro d’équilibriste que doit se livrer la diplomatie canadienne.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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