Rapport du VG sur le recrutement et l’équipement militaires: mêmes frustrations et mêmes déceptions

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Le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson. (VG)
Le Vérificateur général du Canada, Michael Ferguson. (VG)

Encore une fois, le vérificateur général du Canada, qui a déposé aujourd’hui ces rapports d’automne dont deux sur sept portent sur la défense, le rapport sur le recrutement et maintien de l’effectif dans les Forces armées canadiennes et celui sur le soutien aux opérations et à la maintenance de l’équipement militaire, ne donne pas la note de passage à cet élève peu doué, semble-t-il, qu’est le ministère de la Défense.

Michaël Ferguson, celui-là même qui avait dénoncé les erreurs et incohérences du programme de l’avion de chasse F-35 en 2012, accusant presque Ottawa d’avoir trompé les contribuables, ne risque toujours pas de se faire beaucoup d’amis au 101 Colonel By, quartier général de la Défense canadienne.

Il mise cependant sur l’arrivée d’un nouveau gouvernement pour que puissent enfin corriger les erreurs et combler les lacunes qu’il dénonce depuis longtemps, trop longtemps à son avis.

« Ces rapports de l’automne 2016 au Parlement coïncident avec la moitié de mon mandat de dix ans à titre de vérificateur général du Canada », souligne Michaël Ferguson dans le message qui présente le résultat de son travail, message qu’il explique par l’arrivée d’un nouveau gouvernement et les espoirs que cette arrivée suscite.

« Le moment est marquant pour moi, et pourrait suffire à expliquer pourquoi j’ai décidé de rédiger ce message. Mon intention n’est cependant pas de résumer ce que le Bureau du vérificateur général du Canada a accompli sous ma gouverne. En effet, le mandat qui m’a incité à prendre la plume est plus substantiel – il s’agit du mandat du gouvernement canadien élu il y a un an, à l’automne 2015 », écrit le vérificateur général.

« Un nouveau Parlement », fait-il valoir, »a l’avantage du regard nouveau, doublé de la possibilité de poser des questions sur la fonction publique que les parlementaires sont chargés de surveiller. Ces questions devraient chercher à savoir si les ministères et organismes gouvernementaux travaillent le mieux possible pour les Canadiens et, si la réponse est négative, quels obstacles bloquent l’amélioration ».

Le rapport sur le recrutement et maintien de l’effectif dans les Forces armées canadiennes porte sur l’audit qui visait à déterminer si les Forces armées canadiennes avaient mis en œuvre des moyens et des méthodes appropriés pour recruter, former et maintenir en poste le nombre de membres dont la Force régulière avait besoin pour atteindre ses objectifs.

Cet audit est d’autant plus important, souligne Michaël Ferguson dans son rapport, que les Forces armées canadiennes doivent pouvoir compter sur un nombre suffisant de membres formés en activité afin de pouvoir respecter les obligations du Canada à l’échelle nationale et internationale.

Hélas, bon nombre des moyens et des méthodes pour recruter, former et maintenir en poste les membres dont les Forces armées canadiennes avaient besoin n’avaient pas permis de répondre aux besoins des Forces ou d’atteindre les objectifs de celles-ci, conclut le rapport.

En outre, les cibles de recrutement fixées étaient en deçà des besoins de la Force régulière,

Parmi les autres lacunes mises en évidence dans le rapport, on retrouve la représentation des femmes qui n’a pas augmenté, divers groupes professionnels qui sont restés en sous-effectifs.

Le plus frustrant, les délais: « Une fois les recrues enrôlées, de longues attentes pour suivre une formation peuvent les frustrer ou les inciter à partir. », déplore le vérificateur.

« La Force régulière doit examiner ses méthodes pour attirer et recruter des candidats, et former et maintenir en poste son effectif. Elle doit gérer toutes les étapes du processus pour chaque groupe professionnel. Elle devrait aussi adapter et mettre en œuvre des approches différentes pour répondre aux défis propres à chaque groupe professionnel », recommande le vérificateur général.

Réagissant au rapport, « Le Bureau du vérificateur général a confirmé mon affirmation selon laquelle les nombres inadéquats des Forces armées canadiennes peuvent mettre en péril la sécurité nationale », a déclaré de son côté l’ombudsman de la Défense, Gary Walbourne, qui ajoute que les Forces armées doivent mettre en place un plan d’action détaillé pour recruter toutes les Canadiennes et tous les Canadiens.

Soulignant que joindre les Forces armées commence souvent par une conversation à la maison, l’ombudsman de la Défense affirme que mettre les membres de la famille à l’avant-plan est le meilleur outil de recrutement.

Quant au rapport sur le soutien aux opérations et à la maintenance de l’équipement militaire, il n’y va pas par quatre chemins pour redire qu’une planification peu fondée de la Défense nationale fait grimper le coût de maintenance de l’équipement.

La Défense nationale (Forces armées canadiennes et ministère de la Défense nationale), établit les capacités dont elle a besoin pour réaliser les six missions énoncées dans la Stratégie de défense Le Canada d’abord, rappelle d,emblée le rapport du vérificateur.

Il va sans dire que ces capacités dépend en grande partie de la disponibilité et du bon état de fonctionnement de l’équipement militaire (navires, sous-marins, avions, hélicoptères et véhicules terrestres) ainsi que de la présence de personnel qualifié en quantité suffisante.

L’audit dont il est question dans ce deuxième rapport visait à déterminer si la Défense nationale avait géré le soutien en matière d’équipement de manière rentable afin que l’équipement militaire soit disponible et fiable pour pouvoir répondre aux exigences opérationnelles et d’instruction des Forces armées canadiennes.

Et la réponse est NON!

Le bureau du vérificateur général a examiné six cas: l’avion de transport stratégique CC-177 Globemaster III, l’hélicoptère maritime CH-148 Cyclone, l’hélicoptère de transport moyen à lourd CH-147F Chinook, l’avion de transport tactique CC-130J Hercules, le sous-marin de la classe Victoria et le véhicule blindé tactique de patrouille.

Le rapport conclut que la Défense nationale n’a pas géré adéquatement les ressources utilisées pour assurer le soutien en matière d’équipement militaire dans un souci de rentabilité, de manière à pouvoir répondre aux exigences opérationnelles et d’instruction, même s’il admet que le ministère a pris certaines mesures d’amélioration, comme celle de renégocier un contrat de soutien en matière d’équipement pour optimiser l’utilisation des ressources.

« Certaines hypothèses de planification faites au départ pour les éléments d’équipement que nous avons examinés surestimaient l’utilisation de l’équipement, sous-estimaient les coûts du soutien et sous-évaluaient les besoins en personnel. Cela a fait augmenter les coûts et réduit la disponibilité de l’équipement. Les contrats de soutien en matière d’équipement prévoyaient des coûts fixes (représentant des sommes d’argent importantes). La Défense nationale a donc payé pour un niveau de service plus élevé que celui qu’elle a utilisé, ce qui a réduit les fonds qui auraient pu servir pour d’autres équipements », constate le rapport.

« La planification du soutien en matière d’équipement comporte une part inhérente de complexité et d’imprévisibilité. Les décisions d’investissement qui se prennent aujourd’hui pour des éléments d’équipement importants auront des répercussions financières non négligeables pendant plusieurs dizaines d’années. La Défense nationale doit planifier en fonction de besoins qui dépassent le minimum requis pour disposer de l’équipement nécessaire lorsque les circonstances l’exigent. Les décisions d’achat d’éléments d’équipement tels que des navires de combat de surface et des chasseurs de prochaine génération devront rigoureusement tenir compte des coûts pour tout le cycle de vie de ces éléments afin que leur utilisation soit optimisée dans un souci de rentabilité », écrit Michaël Ferguson, qui n’en est pas à son premier cri d’alarme.

Harjit Sajjan s’engage

Comme il fallait s’y attendre, le ministre de la Défense a déclaré accueillir « favorablement les conclusions formulées dans les rapports et [être] d’accord avec les recommandations émises.

« Le recrutement, le maintien en poste et l’équipement faisaient partie des nombreux enjeux abordés par les Canadiens et Canadiennes dans le cadre du processus de consultation lié à l’examen de la politique de défense, et le gouvernement est résolu à donner suite à ces questions dans la nouvelle politique de défense du Canada.

« En ce qui concerne le personnel, nous devons en faire plus pour améliorer nos méthodes de recrutement, de sélection et de maintien en poste des militaires. C’est la meilleure façon de garantir que nous répondrons à nos futurs besoins en matière de personnel.

Tout en reconnaissant devoir en faire plus, Harjit Sajjan dit avoir pris des mesures des mesures pour augmenter le nombre de femmes qui peuvent présenter leur candidature pour s’enrôler dans les Forces armées canadiennes et pour suivre des formations à nos collèges militaires.

Lui-même issu de l,immigration, il souligne aussi le besoin de diversité: « Nous devons aussi recruter des personnes des nombreuses cultures et régions qui se trouvent dans ce pays, et faire d’une carrière dans les Forces armées canadiennes un choix souhaitable pour tous les Canadiens ».

Quant au matériel et à l’équipement, l’ancien réserviste ne peut que reconnaître les failles, lui qui ne cesse de déplorer les écarts de capacités dont souffrent les Forces armées canadiennes.

« Les Canadiens s’attendent à ce que le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes possèdent le matériel disponible et fiable pour répondre aux besoins opérationnels et en matière de formation. Il faut donc s’assurer que nos flottes de navires, de sous-marins, d’aéronefs, d’hélicoptères et de véhicules terrestres sont entretenues et soutenues pour veiller à ce qu’ils soient en état de préparation optimale », a même renchéri Harjit Sajjan.

« Nous prenons des mesures afin de donner suite à chacune des recommandations du vérificateur général; ces mesures permettront d’améliorer nos processus de planification, nos systèmes de gestion de l’information, nos mesures de surveillance ainsi que nos autres procédures et politiques de gouvernance », s’est de nouveau engagé le ministre de la Défense.

La Défense nationale a donc, comme toujours, accepté les recommandations du vérificateur qui espère que, cette fois-ci, ce sera vrai.

Mais, doux-amer, le vérificateur général conclut en se demandant si, dans quelques années, lorsque ce gouvernement aura achevé son mandat et que la fin du sien sera proche, il aura « à répéter ces mêmes mots ou [s’il pourra parler] d’améliorations concrètes relatives à des services gouvernementaux axés sur les besoins des gens.

La suite…dans quelques année!

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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