Rapport sur les inconduites sexuelles: 1 femme militaire sur 4 victime d’agression sexuelle

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Américaines au combat: une évolution entamée depuis des années sur le terrain (WikiCommons)
Les femmes au sein des Forces armées canadiennes sont statistiquement beaucoup plus à risque d’être victimes d’un comportement sexuel innaproprié. (Archives/WikiCommons)

Statistique Canada a publié ce matin un rapport faisant état des conclusions d’un sondage sur les inconduites sexuelles au sein des Forces armées canadiennes, et celles-ci ne laissent planer aucun doute.

Peu après la publication du rapport, c’est lors d’une conférence de presse que se sont réunis, pour aborder les conclusions , le chef-d’état major le général Jonathan Vance, l’adjudant-chef des Forces armées canadiennes l’adjudant-chef Kevin West, la contre-amiral Jennifer Bennett, directrice générale de l’équipe d’intervention stratégique des FAC sur l’inconduite sexuelle, ainsi que M. Yvan Clermont et M. Adam Cotter respectivement directeur et analyste de Statistique Canada.

«Les comportements sexuels dommageables sont vrais et ils représentent un danger pour notre institution. Ceux qui commettent de tels actes trahissent les valeurs même de notre pays qu’ils ont juré de défendre», a tonné le général Vance.

Le rapport indique que 1,7% des membres des Forces ont été victimes d’agressions sexuelles au cours des seuls 12 derniers mois. Cette tendance est clairement plus élevée parmi les femmes militaires. D’après le rapport «les femmes étaient quatre fois plus susceptibles que les hommes d’avoir subi des contacts sexuels non désirés (4 % par rapport à 1,1 %), cinq fois plus susceptibles d’avoir été victimes d’une attaque de nature sexuelle (0,9 % par rapport à 0,2 %) et six fois plus susceptibles d’avoir été obligées de se livrer à une activité sexuelle à laquelle elles ne pouvaient pas consentir (0,7 % par rapport à 0,1 %)».

Il est important de noter que si les femmes militaires sont statistiquement d’avantage susceptibles d’être victimes d’agressions sexuelles, il faut aussi considérer cette notion en chiffres, puisqu’il y a un plus grand nombre d’hommes dans les forces régulières et de réserves.

Les agressions sexuelles sont aussi plus élevées au sein des FAC en comparaison avec la population générale canadienne.

Le rapport mentionne le concept d’une «culture générale de la sexualisation en milieu de travail». En effet, un point fort que les répondants au rapport ont adressé concerne le comportement inapproprié et sexualisé ainsi que la discrimination par rapport au genre.

Statistique Canada indique également que «79 % des membres de la Force régulière ont entendu, ont vu ou ont été personnellement la cible de comportements sexualisés en milieu de travail militaire ou impliquant des militaires, des employés du ministère de la Défense nationale ou des entrepreneurs. Les blagues à caractère sexuel représentent le comportement sexualisé le plus fréquent en milieu de travail, quelque 76 % des membres de la Force régulière en ayant été témoin ou en ayant été la cible».

L’objectif de ce sondage confidentiel était entre autre d’examiner la prévalence des inconduites sexuelles, ainsi que la nature du comportement sexuel inapproprié. La population ciblée était les 81.000 membres des forces régulières et de réserves. Pas moins de 43.000 militaires ont répondu à ce sondage entre avril et juin 2016, soit neuf mois après que l’opération HONNEUR ait été lancée.

C’est en avril 2015 que les Forces armées canadiennes ont d’abord du faire face à la dure réalité du terrain. L’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps révélait dans un rapport accablant qu’il existe une «culture sous-jacente de la sexualisation au sein des Forces armées canadiennes. Cette culture est hostile aux femmes et aux LGTBQ et propice aux incidents graves que sont le harcèlement sexuel et l’agression sexuelle».

Quelques mois plus tard, lors de sa prise de commandement, le général Jonathan Vance, nouveau chef d’état-major de la Défense annonçait sans équivoque le lancement d’une opération pour lutter contre les comportements sexuels inappropriés: l’Opération HONNEUR en lançant un ferme: «Cela doit s’arrêter maintenant».

Sur les 43.000 répondants au questionnaire, environ 4.000 membres des FAC ont déjà été attaqués sexuellement au cours de leur carrière, les femmes ayant sept fois plus rapporté un attouchement sexuel non désiré. Les femmes militaires ont aussi été 18 fois plus attaquées sexuellement selon le rapport.

Lors de la conférence, le général Vance a déclaré les résultats comme «graves» et «décevants». Pourtant, il s’est dit plus «motivé que jamais» à résoudre ce problème. Selon lui, il a été extrêmement clair dans ses attentes avec l’ordre qu’il a donné en lançant l’opération HONNEUR l’an passé. Environ 900 individus n’ont pas respecté cet ordre; les conséquences seront sévères, répète-t-il «et je suis content si ces individus quittent nos rangs immédiatement».

Le chef d’état-major a expliqué qu’il était essentiel d’appuyer les victimes, et d’utiliser les résultats de ce rapport pour cibler «là où nos apports seront nécessaires», ainsi que de les utiliser comme références pour des rapports futurs.

«Il faut que les membres des FAC soit prêts à progresser sur ce plan. Il est crucial afin d’avoir une bonne armée d’avoir de la cohésion et de la confiance, qui soit dure comme de la pierre entre les militaires. Il faut plus de femmes, et plus de diversité afin d’avoir d’avantages de capacités de combat et une meilleure armée», continue-t-il.

«Nous ne pouvons pas nous voiler la face», s’exprime l’adjudant-chef West, «car nos subordonnées subissent les conséquences de ces comportements, notre devoir est de veiller sur la discipline et de les protéger pour qu’ils puissent pouvoir parler sans peur de représailles». Il faudrait ainsi instaurer un code de comportement d’éthique comme base fondamentale des FAC. «C’est notre devoir d’agir» conclut l’adjudant-chef.

Le chef d’état-major Vance a mis l’emphase sur le fait que l’opération HONNEUR ne se terminera jamais, et ce pour assurer que les Forces armées canadiennes seront la force qu’elle se doit d’être pour toujours.

Par ailleurs, un groupe d’anciens militaires représenté par Raven, Cameron, Ballantyne & Yazbeck LLP, d’Ottawa, déposait le même jour un recours collectif pour dénoncer le système qui, selon eux, tolère et étouffe les cas d’agressions sexuelles.

Parce que les membres en formation ou les membres libérés des forces n’ont pas été invités à participer au sondage, et en raison de la persistance de la stigmatisation associée à la dénonciation, il y a de bonnes raisons de croire que les taux réels d’inconduite sexuelle sont beaucoup plus élevés que ceux révélés par le sondage, argue le groupe, le cabinet de Raven Law lançant d’ailleurs un appel aux membres actuels ou libérés des Forces armées canadiennes et aux victimes d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel et leur demandant de communiquer avec lui.

Le contre-amiral Bennett quant à elle avait ce propos annoncé précédemment à 45eNord.ca que ce sondage ne serait que le premier d’une série de plusieurs, puisque d’autres doivent être envoyés aux cadets, aux rangers et aux élèves-officiers, une fois que les questions plus spécifiques sur leur environnement de travail auraient été établies.

Tant l’adjudant-chef West lors de la conférence de presse, la lieutenant-général Whitecross dans une interview avec 45eNord, ont évoqué «un combat de toute une génération» puisque changer une culture ne peut se changer du jour au lendemain.

Au final, tant les représentants de Statistique Canada que des Forces armées canadiennes sont d’accord sur le fait que même si ce rapport est décevant dans son contenu, le grand nombre de répondants a permis d’acquérir des résultats précis et sur lesquels il sera possible de s’appuyer dans le futur.

Jeune diplômée de l’Université de Colombie-Britannique en Histoire et Relations Internationales, Thalia est intéressé par les conflits internationaux, la sécurité nationale, et spécifiquement les stratégies liées à l’antiterrorisme.

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