Santé mentale, problèmes conjugaux et procédures; 18 militaires se sont ôtés la vie en 2015

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Hommage aux «soldats du suicide» à Ottawa (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Hommage aux «soldats du suicide» à Ottawa (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Véritable tragédie, souvent taboue, le suicide chez les militaires n’en fini pas de faire quand même parler de lui. Le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes ont ainsi annoncé aujourd’hui la publication du rapport annuel du médecin général sur la mortalité par suicide, qui relève ainsi que 18 militaires se sont enlevés la vie en 2015.

En 2015, il y a eu 14 suicides chez les hommes de la Force régulière, 1 suicide d’une femme de la Force régulière et 3 suicides de réservistes. Comme les données de la Réserve n’étaient pas complètes ou indisponibles et du fait d’un seul cas chez les femmes, ces deux catégories ont été exclues du rapport pour se concentrer sur les hommes de la Force régulière.

Les armes à feu et les pendaisons ont été les méthodes de suicide les plus courantes en 2015, suivi des asphyxie, de sauts d’endroits en hauteur, de consommation abusive de drogue ou d’utilisation d’un objet tranchant. De plus, 10 d’entre eux avaient consultés en externe pour des soins en santé mentale. Plus troublant encore, des indications préalables d’idées suicidaires ou des tentatives de suicide antérieures ont été documentées dans neuf cas.

Depuis le déploiement en Somalie au début des années 1990, des inquiétudes ont été soulevées au sujet du taux de suicide apparent dans les Forces armées canadiennes et de ses éventuels liens avec les déploiements.

Comme le soulignait déjà le rapport de 2015, même si les taux de suicide chez les militaires se comparent avantageusement à ceux de la population canadienne, après des années de ce qui a pu paraître du déni, le rapport observe dans les ratios de taux une tendance selon laquelle les militaires qui ont déjà participé à un déploiement présentent un risque de suicide accru comparativement aux militaires qui n’ont aucun antécédent de déploiement bien que cette tendance ne soit pas annoncé comme «statistiquement significative».

161123-suicides-fcDe 2010 à 2014, le personnel qui avait été déployé courait un plus grand risque de suicide que le personnel qui n’avait pas été déployé. La différence de l’intensité des déploiements expliquerait en partie la relation entre le taux de suicide chez les militaires et le déploiement. Ainsi, le rapport note qu’entre 1995 et 2004 il s’agissait surtout de déploiements de maintien de la paix dans des régions ou les conflits étaient peu intenses, tandis qu’entre 2005 et 2014 il s’agissait de déploiements liés à la guerre en Afghanistan, dans des régions où les conflits étaient intenses.

Ainsi, si les antécédents de déploiement pourraient constituer un facteur de risque de suicide chez les hommes de la Force régulière depuis 2010, le rapport note qu’un «taux élevé de troubles de l’humeur, de problèmes conjugaux et de procédures professionnelles» [disciplinaires, juridiques ou administratives] pourraient être des indicateurs de «caractéristiques courantes des militaires dont le suicide est étudié ici».

En interview pour 45eNord.ca, le colonel Andrew Downes, directeur en santé mentale des Services de santé des Forces canadiennes a rappelé qu’il s’agissait d’un vrai «problème complexe et multidimensionnel». «Il faut absolument investir plus d’argent dans la recherche sur ces questions et sur la compréhension de quels traitements fonctionnent». «Les gens doivent comprendre qu’il faut faire un pas en avant et demander de l’aide, parce que ça ne s’améliorera pas avec le temps, ça ne fera qu’empirer» et à un moment ce sera trop tard, de résumer le colonel Downes.

Le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan rappelle que «même si les Forces armées canadiennes ont mis en œuvre de nombreux excellents programmes et services pour réduire le risque de suicide, nous pouvons, et nous devons, faire mieux. Nous nous affairons actuellement à élaborer une stratégie de prévention du suicide qui permettra de déterminer dans quelle direction nous devons orienter nos efforts. En ma qualité de ministre, prendre soin de nos hommes et femmes en uniforme est ma priorité et je réitère mon engagement à m’acquitter de cette obligation envers les militaires des Forces armées canadiennes et des membres de leur famille».

«La santé et le bien-être des militaires des Forces armées canadiennes et des membres de leur famille figurent en tête de liste de mes priorités. Je suis convaincu que le médecin général mettra en œuvre de vastes programmes de prévention du suicide exécutés par des professionnels hautement qualifiés et très attentionnés. Cela dit, un suicide en est un de trop», a déclaré pour sa part le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». En Afghanistan, en Haïti, en Europe de l'est, dans l'Arctique, aux États-Unis, ou un peu partout au Canada, il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action.

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