Syrie: début de l’offensive sur Raqa, capitale de l’EI

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Jihan Cheikh Ahmad, une porte-parole de l'offensive annonce le début de l'offensive sur Raqa à Ain Issa, à 50 km au nord de Raqa, le 6 novembre 2016, (AFP/DELIL SOULEIMAN)
Jihan Cheikh Ahmad, une porte-parole de l’offensive annonce le début de l’offensive sur Raqa à Ain Issa, à 50 km au nord de Raqa, le 6 novembre 2016, (AFP/DELIL SOULEIMAN)

La force arabo-kurde soutenue par les États-Unis a lancé dimanche une offensive mobilisant 30.000 combattants pour reprendre la ville de Raqa, capitale de facto du groupe ultraradical État islamique (EI) en Syrie.
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Mise à jour au 06/11/2016 à 12h26

Le ministre américain de la Défense, Ashton Carter, a prévenu que « la bataille de Raqa ne sera pas facile », en se félicitant dimanche du début de l’offensive pour reprendre le fief du groupe Etat islamique.

« Comme à Mossoul (où l’EI est assiégé par les forces irakiennes Ndlr) la bataille ne sera pas facile et le travail qui se présente à nous sera rude, mais il faut mettre fin à la fiction du califat de l’EI et entraver la capacité du groupe à mener des attaques terroristes contre les Etats-Unis, nos alliés et nos partenaires », écrit M. Carter dans un communiqué.

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« La grande bataille pour la libération de Raqa et de sa province a commencé », a annoncé Jihan Cheikh Ahmad, une porte-parole de l’offensive, à Aïn Issa, la ville la plus proche de Raqa, située à une cinquantaine de km au sud.

Cette opération baptisée « Colère de l’Euphrate » a débuté sur le terrain samedi soir, selon Mme Ahmad.

Le correspondant de l’AFP présent à la conférence de presse a vu des dizaines de combattants armés à bord de véhicules se dirigeant vers le front.

« Raqa sera libéré grâce à ses fils et ses factions arabes, kurdes et turkmènes, des héros combattant sous la bannière des Forces démocratiques syriennes (FDS), avec la participation active des Unités de protection du peuple kurde (YPG) (…) en coordination avec la coalition internationale » dirigée par les Etats-Unis, indique le communiqué.

Ces combattants veulent libérer Raqa « des forces du terrorisme mondial et obscurantiste représentées par l’EI qui a pris (la ville) pour sa capitale supposée », selon le texte.

Raqa est la première grande localité dont s’était emparé le groupe État islamique (EI), qui a voulu en faire la « ville modèle » du « califat » autoproclamé sur les territoires conquis en Syrie et en Irak.

« Raqa, c’est la vraie capitale » de l’EI, affirmait le secrétaire d’Etat adjoint américain Anthony Blinken mi-octobre, peu après le début des opérations militaires pour reprendre Mossoul, le bastion du groupe djihadiste en Irak.

« C’est de cette ville que Daech planifie les attaques extérieures », ajoutait-il en utilisant l’acronyme en arabe de l’EI qui a commandité et coordonné nombre d’attentats meurtriers dans le monde, en France notamment.

Pour les dirigeants occidentaux, l’éradication de l’EI passe forcément par la reprise de Raqa, sur laquelle la coalition internationale antdijihadistes a effectué ses premières frappes aériennes en septembre 2014.

Cette ville, située sur les bords du fleuve Euphrate, non loin de la frontière turque, et qui comptait 240.000 habitants avant le début en 2011 du conflit en Syrie, est devenue en 2013 la première capitale provinciale à tomber aux mains de groupes armés opposés au régime du président syrien Bachar al-Assad.

Début 2014, l’organisation qui allait devenir l’EI quelques mois plus tard chasse par les armes les autres groupes présents dans la ville.

‘Rond point de l’enfer’

L’EI va faire de Raqa la « ville modèle » de son « califat », autoproclamé sur les territoires conquis en Syrie et en Irak, expliquait l’an dernier Hicham al-Hachimi, spécialiste des groupes islamistes. Le groupe veut la gérer « à la manière d’un gouvernement central » qui assure la police, la justice et des services comme l’éducation.

Parallèlement, les habitants de Raqa basculent dans un régime de terreur.

En centre-ville, le rond-point Paradis est rebaptisé « rond-point de l’enfer » en raison des horribles exécutions qui y sont menées par les djihadistes: des têtes décapitées ou des corps crucifiés y sont régulièrement exposés pendant des jours, une façon pour l’EI de décourager toute velléité de dissidence.

C’est aussi sur une place de la ville que sont vendues des esclaves sexuelles, notamment membres de la communauté yézidie, une minorité kurdophone considérée comme hérétique par l’EI.

Selon des témoignages recueillis auprès de militants comme ceux du groupe « Raqqa is being Slaughtered Silently » (Raqa est massacrée en silence), les djihadistes interdisent la cigarette, contraignent les hommes à porter la barbe et les femmes le niqab, ces voiles noirs qui les couvrent de la tête aux pieds.

De nouveaux programmes scolaires entrent en vigueur. Des tests de charia (loi islamique) sont imposées dans certaines professions, comme pour les médecins, les enseignants ou les chauffeurs de taxi.

Les débits de boissons sont interdits tout comme les mannequins dans les magasins, où hommes et femmes n’ont pas le droit de faire les courses ensemble sauf s’ils sont mariés.

Selon les services de renseignement occidentaux, Raqa est une des villes syriennes vers lesquelles des djihadistes étrangers ont beaucoup afflué.

D’après M. Hachimi, ces derniers y bénéficient d’un « traitement préférentiel » par rapport à la population locale, « considérée comme inférieure ».

En même temps que Mossoul

Cette annonce très attendue intervient au moment où une vaste opération est en cours pour déloger l’EI de son bastion de Mossoul en Irak.

Mossoul et Raqa sont les deux dernières grandes villes encore contrôlées par l’EI, qui a perdu une grande partie des territoires que ce groupe ultraradical sunnite avait conquis en 2014 en Syrie et en Irak.

Talal Sello, porte-parole des FDS basé à Hassaké (nord-est) a affirmé à l’AFP par téléphone que l’opération allait se dérouler « en deux étapes: libérer la province de Raqa pour isoler la ville, puis contrôler la ville ».

« La coalition a fourni une première livraison d’arsenal et d’équipements, dont des armes anti-char », a-t-il ajouté.

Mais, a-t-il averti, « la bataille ne sera pas facile et a besoin d’opérations précises et prudentes. L’EI défendra son bastion car il sait que la perte de Raqa signifie sa fin en Syrie ».

L’EI a subi ces derniers mois une série de défaites face aux FDS et subit une pression sur plusieurs fronts de son « califat » autoproclamé en 2014.

Plusieurs hauts responsables Occidentaux ont récemment fait savoir que Raqa serait le prochain objectif de la coalition internationale antidjihadiste, à l’issue de l’offensive lancée il y a trois semaines contre Mossoul, où les forces irakiennes rencontrent une vive résistance.

Le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter avait appelé fin octobre à une opération isolant l’EI à Raqa simultanément à l’offensive en cours contre Mossoul.

Dominés par les YPG, les FDS avaient chassé l’EI de plusieurs fiefs dans le nord de la Syrie, notamment Minbej, carrefour clé par laquelle le groupe faisait transiter armes et hommes à partir de la Turquie.

D’après les responsables américains, les FDS sont formés de 30.000 combattants dont les deux-tiers sont des Kurdes et le reste des Arabes.

Les FDS ont été promus par Washington comme un allié clé dans la lutte contre l’EI, mais cette alliance est compliquée par l’opposition féroce des Turcs aux YPG.

La coalition arabo-kurde a annoncé dimanche s’être mise d’accord avec les États-Unis sur le fait « qu’il n’y aura aucun rôle turc ou des rebelles qui leur sont alliés dans l’offensive » de Raqa, a affirmé M. Sello.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui ont annoncé dimanche une grande offensive pour reprendre Raqa, « capitale » du groupe Etat islamique en Syrie, ont été créées il y a un an avec le soutien des Etats-Unis pour chasser les Djihadistes du nord de la Syrie.

Avec une nette prédominance des Unités de défense du peuple kurde (YPG), elles comptent aussi des Arabes et des Turkmènes, issus des populations présentes dans cette région du pays qui échappe au contrôle du régime.

Composées de 30.000 hommes et femmes, les FDS ont rapporté une série de victoires contre l’EI au cours des 12 derniers mois notamment la difficile capture de la ville de Minbej, non loin de la frontière turque.

Mais la Turquie considère les FDS comme une couverture pour les YPG, qui ne sont à ses yeux que la branche syrienne du PKK, mouvement indépendantiste kurde de Turquie considéré comme terroriste par Ankara.

Les FDS ont été formées à la mi-octobre 2015, dans un pays déchiré par la guerre depuis 2011, avec pour premier objectif de chasser l’EI du nord de la Syrie.

Les YPG furent les premières forces à infliger de cuisantes défaites à l’EI, en l’empêchant de prendre la ville de Kobané en janvier 2015 puis Tall Abyad en juin 2015, toutes deux à l’ouest de Raqa et près de la frontière turque.

Après avoir lancé en 2014 sa campagne aérienne contre les djihadistes en Irak et en Syrie, Washington, à la tête d’une coalition militaire internationale, s’est trouvé confronté à la nécessité de trouver un allié fiable sur le terrain.

Les États-Unis ont dans un premier temps lancé un programme de 500 millions de dollars pour constituer une armée composée de rebelles pour combattre l’EI. Mais le projet a échoué d’autant qu’un des groupes s’était rendu à Al-Qaïda avec son équipement.

Washington a alors cherché une autre option et les FDS ont été créées.

Ces forces ont reçu une aide conséquente des États-Unis, en armement mais aussi en soutien aérien à leurs opérations sur le terrain.

En outre la Maison Blanche a annoncé le premier déploiement en Syrie de forces spéciales, qui sont aujourd’hui au nombre de 250, brisant le principe longtemps affiché de ne pas envoyer des troupes au sol.

Et de hauts responsables américains ont même rencontré des commandants des FDS dans le nord de la Syrie.

Les derniers mois de 2015 se sont soldés par une série de victoires pour les FDS qui parviennent à chasser les djihadistes de 200 villages de la province septentrionale de Hassaké.

La coalition arabo-kurde avait aussi porté le fer contre l’EI dans la province d’Alep en capturant un barrage stratégique de l’Euphrate et faisant échouer une offensive contre la ville de Ain Issa, à 50 km de Raqa.

En février, les FDS ont pris Chaddadé, qui était la plus grande localité aux mains de l’EI dans la province de Hassaké et un champ pétrolier à proximité, dans le nord-est.

Mais l’offensive la plus ambitieuse a été celle lancée en juin contre Minbej, coupant la principale ligne d’approvisionnement de l’EI avec la Turquie. La ville est tombée en août.

La montée en puissance des FDS suscite l’inquiétude de la Turquie, qui veut empêcher que les Kurdes puissent constituer une ceinture autonome le long de la frontière.

La Turquie a lancé une opération à l’intérieur de la Syrie le 24 août en s’appuyant sur des forces rebelles syriennes, qui ont repris Jarablous, bastion de l’EI, et celui de Dabiq, proches de la frontière.

 

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