Tensions lors du sommet afro-arabe avec le départ du Maroc et d’autres pays arabes

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Une manifestation de soutien à l'autodétermination du peuple du Sahara Occidental (Photo: Archives/Saharauiak)
Une manifestation de soutien à l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental. (Photo: Archives/Saharauiak)

Le conflit du Sahara occidental, peu présent dans les médias, menace le sommet afro-arabe qui s’est ouvert ce mercredi matin à Malabo en Guinée Equatoriale. Selon News24, le Maroc, suivi de huit autres pays arabes, dont l’Arabie saoudite et les Émirats, se sont retirés de cette rencontre pour protester contre la présence du Front Polisario. Cela n’a pas empêché le sommet de s’ouvrir ce matin et des négociations ont lieu pour contenir la situation.

Soixante pays devaient participer à ce quatrième sommet afro-arabe, mais, tard dans la soirée de mardi, alors que se tenaient les réunions ministérielles préparatoires, le Maroc a diffusé un communiqué annonçant son retrait du sommet.

Le Maroc, un investisseur important en Afrique, s’est retiré du quatrième sommet mondial afro-arabe qui se concentre sur la coopération économique, suivi de l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Bahrain, le Qatar, Oman, la Jordanie, le Yémen et la Somalie. Ces huit autre pays protestent contre la présence d’une délégation du Front Polisario à cette rencontre, rejoignant ainsi la position du Maroc qui considère le Polisario comme illégal.

Le Maroc a pris cette décision afin de protester « contre la présence de l’emblème d’une identité fantoche dans la salle des réunions » explique le média africain RFI. Le royaume reproche au sommet de ne pas respecter la décision prise en 2013 que seuls des pays membres des Nations Unies (ONU) peuvent participer aux travaux effectués lors des assemblées. Or, le Polisario n’est pas membre de l’ONU.

Le Maroc considère le Sahara occidental, une ex-colonie espagnole envahi par le Maroc et la Mauritanie en 1975, comme faisant partie intégrante de son territoire, alors que le Front Polisario continue de faire campagne pour l’indépendance du territoire en demandant un référendum sur la souveraineté du peuple des sahrawis.

Le retrait de ces neufs pays risque donc de fragiliser le sommet de Malabo et complique surtout la tâche du Maroc qui a récemment demandé à réintégrer l’Union africaine. Le Maroc avait abandonné l’Union africaine il y a trente ans lorsque cette dernière avait reconnu le Polisario comme une entité légale.

Des Casques bleus marocains de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (ONU/Catianne Tijerina)
La présence de casques bleus qui séparent les forces armées sur le terrain empêcherait probablement que le conflit devienne violent, mais les diplomates essaient en vain d’instaurer la paix dans une région déjà déstabilisée par la présence de groupes terroristes affiliés à Al Qaeda. (Archives/ONU/Catianne Tijerina)

Un conflit oublié

Rabat souhaite rejoindre l’Union africaine afin d’assurer le soutien de l’organisation en ce qui concernerait d’offrir à la région une autonomie tout en restant sous la souveraineté du Maroc.

La promesse d’un référendum, nécéssaire pour déterminer le status d’un vaste territoire quasiment désertique habité par un demi million d’individus, se fait toujours attendre depuis que l’Espagne a quitté la région en 1975.

En 1991, l’ONU avait déclaré un cessez-le-feu entre les forces du Polisario, un groupe politique et militaire qui se dit défenseur des sahrawis, et l’armée marocaine.

D’après le Mail and Guardian Africa, de nombreux sahrawis sont lassés du manque d’effort de la part de l’ONU pour mettre fin à une impasse qui s’ensuit depuis des décennies, d’abord en 1975 avec une guérilla mené par le Polisario contre les espagnols puis contre le Maroc et la Mauritanie, puis avec une guerre politique suite au cessez-le-feu de 1991.

Depuis quelques mois, le Polisario a mobilisé ses troupes aux environs du mur marocain, qui est protégé par des mines et qui zigzague sur 3.000 km pour séparer les zones contrôlées par le Maroc et par le Polisario.

La présence de casques bleus qui séparent les forces armées sur le terrain empêcherait probablement que le conflit devienne violent, mais les diplomates essaient en vain d’instaurer la paix dans une région déjà déstabilisée par la présence de groupes terroristes affiliés à Al Qaeda.

De nombreux sahrawis ont été déplacés durant ce conflit, et vivent dans des camps de réfugiés dans le sud de l’Algérie et du Maroc. Selon l’ONU, environ 90 000 réfugiés vivent dans des tentes et des bâtiments délabrés non loin de la ville algérienne de Tindouf, où les habitants comptent sur les agences humanitaires pour l’eau, la nourriture et d’autres provisions.

« Nous respectons le cessez-le-feu, » explique le secrétaire de la sécurité du Polisario, Brahim Mohamed Mahmoud, « mais beaucoup de sahrawis pensent qu’après tant d’années à attendre, la seule solution qui s’offre à nous serait de retourner en guerre. »

Cette impasse reflète une division au sein du conseil de sécurité, qui n’a fait accepter ses propositions à aucun des deux blocs. La France soutien le Maroc, alors que les États-Unis restent plus prudent mais pensent que le plan du roi est « réaliste ». En dehors des cinq membres permanents, le Venezuela et l’Angola soutiennent le Polisario, connu pour être un groupe marxiste.

Rabat réfute l’insistence du Polisario pour un référendum, expliquant que cette solution n’est plus mentionnée spécifiquement dans les résolutions de l’ONU. « Pourquoi devrions-nous retournez en 1991? » à déclaré une source officielle marocaine.

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