Un site antique repris à l’EI en Irak, les forces pro-turques avancent en Syrie

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Un tank de l'armée irakienne à l'assaut d'un village au sud de Mossoul, le 1er novembre 2016. (AFP/AHMAD AL-RUBAYE)
Un tank de l’armée irakienne à l’assaut d’un village au sud de Mossoul, le 1er novembre 2016. (Archives/AFP/AHMAD AL-RUBAYE)

Les forces irakiennes ont annoncé dimanche avoir repris le site antique de Nimrod, un joyau de l’Antiquité, sur leur route vers Mossoul, où les djihadistes du groupe Etat islamique (EI) opposent une forte résistance.

En Syrie, l’EI voit l’étau se resserrer sur l’un de ses derniers bastions, al-Bab, au nord d’Alep, d’où se rapprochent les rebelles soutenus par les forces turques.

Cette offensive accroît encore la pression sur le groupe djihadiste ultra-radical, qui fait également face à l’opération menée depuis une semaine par une force arabo-kurde soutenue par les États-Unis pour reprendre Raqa, sa « capitale » en Syrie.

En Irak, la reprise de la zone de Nimrod n’est pas stratégiquement importante, mais elle a une portée symbolique. Car l’ancienne cité antique assyrienne est l’un des sites archéologiques les plus célèbres d’Irak, pays souvent décrit comme le berceau de la civilisation.

L’armée irakienne n’a pas donné de détails sur cette reprise ni sur l’état dans lequel se trouvait le site, situé sur les bords du fleuve Tigre à une trentaine de km au sud de Mossoul.

La communauté internationale s’était alarmée au printemps 2015 lorsque l’EI avait diffusé des images montrant des djihadistes détruire au bulldozer, à l’explosif ou à la pioche des monuments, des bas-reliefs et des statues de Nimrod.

« Dès que nous pouvons détruire les signes de l’idolâtrie et étendre le monothéisme, nous le ferons », promettait un djihadiste à la fin de cette vidéo qui annonçait la destruction totale de la cité.

L’ancienne cité antique assyrienne de Nimrod, reprise dimanche par l’armée irakienne selon Bagdad, avait subi en 2015 l’assaut du groupe État islamique (EI) qui avait affirmé l’avoir entièrement détruite.

Située le long du Tigre à une trentaine de kilomètres au sud-est de Mossoul, Nimrod est l’un des sites archéologiques les plus célèbres d’Irak, pays souvent décrit comme le berceau de la civilisation.

Fondée au XIIIè siècle avant JC, cette cité est considérée comme la deuxième capitale de l’empire assyrien. Elle a connu son apogée sous le règne d’Assournazirpal, au IXème siècle avant JC, lorsqu’elle était nommée Kalkhu (ou Kalhu) et ceinte d’un immense mur de briques défensif.

Ce site classé par l’Unesco au patrimoine mondial avait été pris par l’EI lors de sa conquête de vastes territoires en Irak et en Syrie en 2014.

En mars 2015, après la diffusion d’une vidéo de l’EI montrant des destructions au musée de Mossoul, le ministère irakien du Tourisme et des Antiquités avait annoncé que les djihadistes avaient « commencé » à « détruire » Nimrod « avec des bulldozers ».

Fouillée dès le XIXème siècle, Nimrod avait acquis une renommée internationale lorsque d’immenses « lamassus » –sculptures de lions ou taureaux ailés à face humaine– furent rapportés au British Museum.

La plupart des objets inestimables provenant de Nimrod, où séjourna l’écrivain britannique Agatha Christie avec son deuxième mari, un archéologue, sont exposés de longue date dans des musées à Mossoul, Bagdad, Paris ou Londres.

En 1988 y fut exhumé le « Trésor de Nimrod », collection de plus de 600 bijoux, décorations et pierres précieuses datant de l’apogée de l’empire assyrien, il y a environ 2.800 ans. Cette découverte, comparée par des archéologues à celle de la Tombe de Toutankhamon en Egypte en 1923, est considérée comme l’une des plus importantes du XXème siècle.

Brièvement exposé au musée national de Bagdad, le Trésor avait ensuite disparu des yeux du public avant d’être retrouvé en 2003 dans un bâtiment de la Banque centrale endommagé par les bombes.

Nimrod est l’un des sites historiques, avec Palmyre en Syrie ou Hatra en Irak, que l’EI a pris pour cible, à grand renfort de vidéos, après sa conquête de vastes territoires dans les deux pays en 2014.

La reprise de la zone de Nimrod intervient dans le cadre de la vaste offensive militaire, qui entre lundi dans sa cinquième semaine, pour reconquérir Mossoul, la deuxième ville d’Irak et le dernier bastion de l’EI dans le pays.

« L’EI est encerclé par nos forces par le nord et l’est », a affirmé le commandant Mountadhar Salem, des unités d’élite du contre-terrorisme (CTS).

Ces forces s’activaient à Karkoukli et nettoyaient rue après rue les maisons à la périphérie d’Arbajiyah, deux quartiers de l’est où des francs-tireurs étaient embusqués, prenant pour cible les membres des CTS.

Comme les jours précédents, des dizaines de civils ont pris la fuite, se dirigeant vers un point de rassemblement à la périphérie de la ville d’où ils étaient transportés au camp de déplacés de Khazir, a constaté une journaliste de l’AFP.

Ceux qui restent tentent de mener une vie normale: un vieil homme passe le balai devant sa maison tandis qu’une dizaine d’autres de tous âges attendent leur tour devant le barbier.

En Syrie, l’EI se bat pour ne pas perdre al-Bab, l’une des dernières villes qu’il contrôle encore dans le nord de la province d’Alep, près de la frontière turque.

Les rebelles syriens soutenus par les forces turques ne s’y trouvaient plus dimanche qu’à deux kilomètres, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’armée turque bombardait la ville à l’artillerie et depuis les airs, a-t-il précisé, sans être en mesure de fournir un bilan de victimes.

Al-Bab, ville de 100.000 habitants en majorité arabes, est le principal objectif de l’opération « Bouclier de l’Euphrate » lancée le 24 août par la Turquie.

Cette offensive sans précédent vise à la fois l’EI et les les forces kurdes des YPG (Unités de défense du peuple kurde), considérés par Ankara comme une organisation « terroriste ».

La Turquie veut empêcher à tout prix la création d’une zone semi-autonome kurde le long de sa frontière. Son président Recep Tayyip Erdogan avait affirmé le 27 octobre vouloir capturer al-Bab puis Minbej, tenu par les milices kurdes, et se diriger enfin vers Raqa.

Une course de vitesse est engagée avec les Forces démocratiques syrienne (FDS), dominées par les Kurdes et soutenues par Washington, qui progressent vers Raqa depuis le nord dans le cadre de l’opération « Colère de l’Euphrate » lancée le 5 novembre.

Al-Bab est également stratégique puisque les FDS se trouvent une quinzaine de kilomètres à l’est et les forces du régime syrien à 10 km au sud.

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