Alep: un compromis a été trouvé, le Conseil de sécurité a voté l’envoi d’observateurs

Le Conseil de sécurité de l'ONU (Archives/ONU)
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Le Conseil de sécurité de l’ONU (Archives/ONU)

Le Conseil de sécurité de l’ONU votera lundi matin sur une résolution française prévoyant de déployer des observateurs à Alep, en Syrie, pour superviser l’évacuation de la ville, toujours suspendue, et l’assistance humanitaire, ont indiqué dimanche des diplomates.
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Mise à jour au 19/12/2016 à 11h18

Le Conseil de sécurité a décidé lundi à l’unanimité, y compris la Russie qui soutient le régime du président syrien Bachar al-Assad, de déployer des observateurs onusiens à Alep pour y superviser les évacuations et évaluer la situation des civils.

La résolution française demande au secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon de faire déployer rapidement à Alep le personnel humanitaire de l’ONU déjà présent en Syrie «pour une surveillance adéquate, neutre et une observation directe» de «l’évacuation des parties assiégées d’Alep».Avec cette «résolution humanitaire», l’objectif de la France est «d’éviter un nouveau Srebrenica», ville de Bosnie où fut commis en 1995 le pire massacre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, avait expliqué l’ambassadeur français auprès des Nations unies, François Delattre.

On ignore encore toutefois si le régime syrien autorisera l’accès des observateurs de l’ONU dans la ville ravagée.C’est un point de départ », a déclaré M. Delattre à la presse. «Nous serons extrêmement vigilants», a-t-il ajouté. Ban Ki-moon devra indiquer au Conseil sous cinq jours si l’accès a été autorisé par les autorités syriennes, qui ont bloqué à plusieurs reprises par le passé l’aide de l’ONU.

à 8h47

Plus de 3000 personnes ont pu quitter lundi le secteur rebelle assiégé d’Alep avant le vote d’une résolution de l’ONU qui permettrait de superviser ces évacuations, une lueur d’espoir pour des milliers de Syriens menacés par la faim et le froid.

Les évacuations avaient débuté jeudi après un accord entre la Russie et la Turquie mais avaient été suspendues le lendemain par le régime syrien. Leur reprise n’a pas été officiellement annoncée lundi mais les convois de bus circulaient en continu.

Environ 3000 personnes sont arrivées en matinée en territoire rebelle, à l’ouest de la deuxième ville de Syrie, dans deux convois de chacun une vingtaine de bus, selon Ahmad al-Dbis, chef d’une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent les évacuations.

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À l’issue de longues consultations à huis clos, un compromis a été trouvé mais certains des 15 pays membres doivent encore en référer à leurs capitales avant de donner leur accord définitif, a précisé l’ambassadeur français François Delattre.

Son collègue russe Vitali Tchourkine a estimé qu’il s’agissait « d’un bon texte » et a précisé que le vote aurait lieu à 09H00 locales (14H00 GMT).

La Russie avait auparavant menacé de mettre son veto à cette résolution, avant que le texte ne soit amendé à l’issue de plus de trois heures de tractations.

La Russie a déjà bloqué à six reprises des projets de résolution occidentaux sur la Syrie depuis le début du conflit en 2011, le plus récemment le 8 octobre et 5 décembre.

M. Delattre a indiqué à la presse que les 15 pays avaient trouvé « un terrain d’entente » sur un texte de compromis « basé exactement » sur le projet français.

Il a précisé que les observateurs internationaux n’auront pas besoin de l’autorisation du gouvernement syrien pour se déployer.

Selon la dernière mouture du projet, obtenue par l’AFP, le Conseil demande au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon d’agir d’urgence « pour prévoir des arrangements, dont des arrangements de sécurité », afin de permettre aux Nations unies « de surveiller le bien-être des civils et le plein respect des lois humanitaires internationales à l’intérieur des quartiers est (rebelles) d’Alep ».

La résolution « demande à l’ONU et à d’autres institutions pertinentes de superviser de manière adéquate et neutre et de surveiller directement les évacuations des quartiers est d’Alep ». L’ONU devra pour cela « déployer du personnel supplémentaire ».

« La formulation choisie remplit nos objectifs et répond à nos demandes », a affirmé M. Delattre. Cette résolution « nous donnera collectivement les outils pour tenter d’éviter un nouveau Srebrenica », a-t-il ajouté en référence au massacre en 1995 de milliers de civils en Bosnie.

Un vote positif pourrait aussi « ouvrir la voie à un cessez-le-feu plus large en Syrie et à des négociations politiques », a-t-il ajouté.

Ce texte « contient tous les éléments essentiels permettant une supervision par l’ONU », avec l’aide du Comité international de la Croix-rouge et du Croissant rouge syrien, a renchéri l’ambassadrice américaine Samantha Power.

La résolution, si elle est adoptée lundi, devrait permettra d’organiser « une évacuation dans la dignité et la sécurité, un accès humanitaire et de mettre réellement l’accent sur la protection » des civils.

Mme Power a dit « s’attendre à un vote unanime sur ce texte » lundi.

Mécontente du plan français, jugé « impraticable et dangereux » par son ambassadeur, la Russie avait d’abord déposé dimanche un contre-projet. Celui-ci était plus vague sur les modalités de supervision et ne mentionnait pas la présence effective d’observateurs sur le terrain, y compris dans le réduit rebelle à l’est d’Alep pour éviter représailles et exactions après la prise de la ville par les forces gouvernementales.

Il reste selon l’ONU près de 40.000 civils pris au piège dans Alep-est.

Alors que l’évacuation d’insurgés et de civils, tenaillés par la faim et transis de froid, devait reprendre dimanche, elle a été reportée à cause d’un grave incident impliquant des hommes armés.

L’évacuation d’Alep-est devait être menée simultanément à celle des villages de Foua et Kafraya, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest. Une vingtaine de bus qui s’apprêtaient à entrer dans ces deux localités chiites prorégime assiégées par les rebelles ont été attaqués et incendiés par des hommes armés issue de la mouvance djihadiste.