L’Aviation royale canadienne ajoute une corde à son arc: l’espace

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Les robots de la DARPA pourraient bientôt assembler les satellites dans l'espace (DARPA)
Vision d’un montage de satellite dans l’espace par des robots de la DARPA. (Archives/DARPA)

Récemment, les Forces armées canadiennes ont effectué un changement dans leur structure, et si, au premier abord, il peut paraître mineur, il aura son importance dans les années à venir. Zoom sur la Division Espace des Forces armées canadiennes, désormais intégrée à l’Aviation royale canadienne.

L’espace a toujours fasciné les hommes. L’espace est l’ultime frontière. Le Canada, bien que l’on en parle peu, a un programme spatial au sein même des Forces armées canadiennes. 45eNord.ca s’est entretenu avec le brigadier-général Blaise Frawley, directeur-général Espace.

«On ne réalise pas à quel point on a besoin de l’espace», lance d’emblée le brigadier-général Frawley. S’il évoque tout d’abord le côté civil avec l’utilisation du GPS dans de nombreux domaines, y compris dans nos téléphones intelligents, il précise aussi que c’est d’une importance primordiale d’un point de vue militaire. «Quand j’étais pilote de CF-18, j’étais pas au courant que l’espace supportait autant les missions que je faisais. Je n’avais aucune idée de à quel point mes équipements dépendaient de l’espace».

Les technologies spatiales sont essentielles dans les communications, l’observation, la navigation, la recherche et au sauvetage, la cartographie et l’aide humanitaire en cas de désastres naturels.

À la différence de l’espace «lointain», c’est surtout l’espace «proche» dans la périphérie immédiate de la Terre que se concentre les activités des Forces armées canadiennes dans le domaine spatial.

Vue d’ensemble du satellite Sapphire dans un environnement contrôlé de purge à l’azote. (Photo: Sergent Gaétan Racine, Caméra de combat des Forces canadiennes, © 2012 DND-MDN Canada)
Le satellite Sapphire. (Sgt Gaétan Racine/Caméra de combat des Forces canadiennes)

Depuis trois ans maintenant, le Canada a lancé son premier satellite militaire: Sapphire. «Il réalise une mission très importante pour nous. Il aide à mettre à jour notre catalogue des objets qui se trouvent en orbite», indique le brigadier-général.

Sapphire, partie intégrante du Space Surveillance Network, surveille en tout temps des objets dans l’espace qui se trouvent entre 6.000 et 40.000 km au-dessus de la surface de la Terre. Les données recueillies par le satellite sont incorporées dans un catalogue international servant à prévenir les collisions dans l’espace. Il aide ainsi à protéger des ressources spatiales essentielles d’une valeur de plus de un billion $. Ces ressources spatiales essentielles touchent aux domaines des télécommunications, de la météorologie et de recherche et de sauvetage, ainsi qu’aux satellites d’observation de la Terre et au système mondial de positionnement GPS.

«On est très fier de ce satellite, mais comme la durée de vie est très limitée dans l’espace il faut regarder l’avenir et nous avons débuté un projet il y a pas très longtemps: Surveillance de l’espace 2». L’attribution du contrat est prévue pour 2021, avec une livraison de l’engin pour 2025.

En bons militaires, les gens de la division Espace ont évalué et observe constamment deux menaces principales et une menace secondaire.

«C’est la météo spatiale que l’on regarde constamment», d’affirmer le directeur-général Espace, précisant du même souffle que le soleil avec ses éruptions de matière est un danger pour tout appareil électronique.

«Deuxièmement, l’espace et certaines orbites sont très congestionnés, du fait de la présence de nombreux débris spatiaux». Selon les plus récentes données, début 2016, on a identifié 17.000 débris de plus de 10 centimètres circulant en orbite basse et on estime qu’il existe environ 500.000 débris de plus de 1 centimètre et 100 millions de débris spatiaux dont la taille est supérieure à 1 millimètre.

Finalement, la troisième et dernière menace est celle venant «de nos adversaires qui peuvent s’attaquer à nos systèmes».

«L’espace et l’aviation on pense pareil. Nous avons un commandement et contrôle très similaire. Notre division a donc été intégrée à l’Aviation royale canadienne et si cela ne va pas changer grand chose tout de suite, cela changera beaucoup pour l’avenir», lance le brigadier-général Frawley. «On continue sur le chemin qu’on prenait et mon mandat est justement de développer avec l’Aviation royale canadienne c’est quoi l’avenir de l’espace pour le Canada et pour les Forces armées canadiennes».

Blaise Frawley se dit très content d’être devenu le nouveau directeur-général Espace, à la suite du brigadier-général Michel Lalumière. «J’étais et je reste encore étonné du niveau qu’il faut d’espace dans les Forces armées canadiennes. Je voyage beaucoup hors du pays pour voir du côté opérationnel vers où s’en vont nos alliés» et leur vision du futur théâtre d’opérations spatiales.

S’il ne l’a pas évoqué plus tôt, le brigadier-général revient aux menaces et estime, même si c’est un peu en dehors de son champ de compétence (mais quand même fortement lié à ses opérations) que les «effets cyber» devraient être un focus important dans les années à venir. Le piratage des signaux n’est pas nouveau.

Un livre sorti l’an dernier aux États-Unis intitulé «Ghost fleet» et co-écrit par August Cole et P.W. Singer, évoque ainsi la destruction des satellites américains de communication ou d’observation grâce à un laser activé depuis une station orbitale chinoise, ou encore le système de positionnement GPS rendant fou grâce à une cyber-attaque.

De nombreux hauts responsables militaires américains ont recommandé à leurs troupes de lire ce roman.

«Maintenant nous sommes bien placés pour grandir et améliorer le dossier de l’espace», de conclure son directeur-général Blaise Frawley.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER

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