Détenus afghans: le ministre de la Défense nationale en conflit d’intérêts?

0
Une prison, en Afghanistan. (AFP)
Une prison, en Afghanistan. (Archives/AFP)

Un ancien député néodémocrate appelle la Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique Mary Dawson à enquêter sur un possible conflit d’intérêts du ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan avec le dossier de maltraitance de détenus afghans par les autorités locales.

Avant les élections fédérales de 2015, les Libéraux avaient promis de mener une enquête complète sur l’autorisation donnée aux militaires canadiens de remettre les détenus présumés talibans aux autorités afghanes, en particulier au service de renseignement afghan, qui a été accusé de pratiquer la torture pour obtenir des informations.

Harjit Sajjan était un lieutenant-colonel dans la réserve avant de se présenter aux élections et de devenir ministre de la Défense nationale et avait participé à trois reprises à un déploiement en Afghanistan, agissant comme liaison avec les autorités locales de Kandahar, officier du renseignement et, enfin, comme conseiller du commandant américain supervisant le commandement sud de l’OTAN dans le pays déchiré par la guerre.

Selon CBC News, qui s’est procuré la lettre envoyée à la commissaire, l’ex-député de Toronto-Danforth Craig Scott écrit que Harjit Sajjan n’aurait pas dû être celui qui décidait de tenir ou non une enquête sur la controverse des détenus, au vu de son implication passée.

Il estime qu’au vu de sa position lors de ses déploiements, le militaire Sajjan a dû à un moment où à un autre avoir entendu des choses, avoir des informations sur ce qu’il se passait réellement [une fois la remise des détenus effectuée].

«C’est ma conviction sincère et convaincue que le ministre Sajjan est très probablement en possession d’informations datant de son temps lorsqu’il était dans les Forces armées canadiennes, ce qui serait presque certainement d’une grande pertinence pour toute commission d’enquête», écrit encore l’ex-député. «Cela le place dans un conflit d’intérêts en raison de son intérêt personnel».

Alors qu’il se trouvait à Kandahar, Harjit Sajjan a eu des contacts avec de nombreux responsables locaux – dont le gouverneur et le chef du service de renseignement – qui ont été accusés d’avoir dirigé et même participé à la torture de combattants talibans présumés.

Craig Scott, qui est également professeur de droit international, soutient que le ministre avait un intérêt direct à protéger l’institution, mais souligne du même souffle qu’il n’accuse pas Harjit Sajjan d’être impliqué de quelque manière que ce soit dans le transfert de prisonniers à une éventuelle torture.

«J’ai toutes les raisons de croire qu’il a servi honorablement, courageusement et efficacement – et cela peut être un euphémisme. Je n’ai pas non plus de raison de croire que le ministre Sajjan faisait partie de la chaîne de décision entourant la question de savoir si les détenus seraient ou non transférés au risque de torture», expose encore Scott dans sa lettre.

Il estime que le ministre aurait dû au minimum se récuser et autoriser un autre ministre à prendre la décision sur ce dossier.

Répondant à ces accusations, Harjit Sajjan a nié être pris dans un conflit d’intérêts, affirmant du même souffle que son groupe travaillait dans «une bulle» et que les décisions concernant la politique des détenus a été prise à un niveau supérieur.

Ce sera donc à la Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique Mary Dawson de décider si oui ou non il y a matière à enquêter.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». En Afghanistan, en Haïti, en Europe de l'est, dans l'Arctique, aux États-Unis, ou un peu partout au Canada, il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action.

Les commentaires sont fermés.