Donald Trump nomme le général «enragé» James Mattis à la Défense

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MacDill Air Force Base, Floride; 18 mars 2013 – Le lieutenant-général canadien Stuart Beare, commandant du COIC, présente la Croix du service méritoire au général américain James Mattis, commandant du United States Central Command, à la base aérienne de MacDill, en Floride (Photo : sergent Fredrick J. Coleman, USMC)
Le général américain James Mattis (droite), alors commandant du United States Central Command, au moment où le lieutenant-général canadien Stuart Beare (gauche), commandant à l’époque du COIC, lui présentait la Croix du service méritoire à la base aérienne de MacDill, en Floride. (Archives/sergent Fredrick J. Coleman, USMC)

Le prochain président des États-Unis Donald Trump a annoncé jeudi qu’il confierait la tête du Pentagone au général à la retraite James Mattis, militaire au franc-parler et surnommé « l’enragé », lors d’un meeting inédit de remerciement pour ses électeurs.

James Mattis était l’un des finalistes pour ce poste crucial de la prochaine administration, alors que Donald Trump a promis d’intensifier la guerre contre les djihadistes du groupe État islamique en Syrie et en Irak, deux théâtres d’opérations que le général Mattis connaît bien.

« L’enragé, il est excellent », a-t-il annoncé en surprenant les milliers de supporteurs venus le voir à Cincinnati, dans l’Ohio, l’un des États remportés par le milliardaire républicain le 8 novembre dernier.

L’enragé (« mad dog ») est le surnom de James Mattis, 66 ans, le premier ex-général à devenir secrétaire à la Défense depuis 1950, et que Donald Trump avait déjà crédité de lui avoir fait comprendre que la torture n’était pas efficace. « C’est le meilleur », a-t-il aussi dit en le comparant à l’illustre général de la Seconde guerre mondiale George Patton.

Le général retraité James Mattis, 66 ans, que Donald Trump a nommé jeudi pour devenir le prochain secrétaire à la Défense, est une figure légendaire dans l’armée américaine, réputé pour ses qualités militaires et son franc-parler, mais aussi pour sa défiance vis à vis du régime iranien.

Le chef de guerre, très aimé de ses troupes, a commandé sur les champs de bataille les plus difficiles, en Irak et en Afghanistan, des missions qui lui ont valu son surnom de « mad dog », l’enragé.

Mais James Mattis est aussi un intellectuel, surnommé le « moine soldat », connu pour détenir une impressionnante bibliothèque de plus de 7.000 livres, et pour donner de copieuses listes de lecture à ses officiers.

Ce célibataire natif du nord-ouest des États-Unis, né le 8 septembre 1950, a commandé une brigade des Marines pendant l’invasion de l’Afghanistan après le 11-Septembre, avant de diriger la Première division du corps des Marines au début de la guerre d’Irak en 2003, puis pendant la terrible bataille pour reprendre la ville rebelle de Falloujah, en 2004.

« Soyez poli, soyez professionnel, mais soyez prêts à tuer quiconque vous rencontrez », avait-il expliqué à ses Marines au début de cette guerre, pour résumer la situation périlleuse dans laquelle se trouvaient les militaires américains occupant le pays.

Le général dérape parfois, comme en 2005, lorsqu’il explique que « c’est vraiment amusant de se battre » et « marrant de descendre des gens » quand on est face à « des gars qui frappent les femmes pendant cinq ans de suite parce qu’elles ne portent pas le voile ».

Ces propos, pour lesquels il s’est excusé, lui valent des remontrances, mais n’entament pas la confiance du Pentagone dans cet homme réputé pour être « direct, vif comme l’éclair et d’une résolution sans faille », selon les mots de l’ancien secrétaire à la Défense Leon Panetta.

James Mattis occupe de 2007 à 2009 le poste de commandant suprême allié de la transformation de l’Otan.

En 2010, l’administration Obama le nomme à la tête du Centcom, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient, qui compte encore 150.000 militaires, dont 66.000 en Afghanistan.

Mais la Maison Blanche n’aura jamais vraiment confiance dans le général, le voyant comme trop prompt à une confrontation avec l’Iran alors que la communauté internationale tente de négocier un accord pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire.

Début 2013, elle le pousse vers la sortie, quelques mois avant son départ prévu. Le général quitte l’armée. Mais contrairement au général Michael Flynn, le futur conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, également poussé dehors par l’administration Obama, il évite les propos incendiaires contre l’administration et reste une voix écoutée à Washington.

Au printemps 2016, il est poussé par certains républicains à se présenter comme candidat indépendant à la Maison Blanche, pour couper court à l’ascension de Donald Trump, mais il décline la proposition.

« Nous avons été lents à identifier les menaces émergentes, nous n’avons pas voulu prioriser nos intérêts, et nous avons envoyé des signaux déroutants à nos ennemis comme à nos alliés », écrivait-il dans une tribune co-signée en août dans le quotidien San Francisco Chronicle.

« Notre pays doit d’urgence renforcer sa posture, faire cause commune avec les pays qui sont prêts à nous aider à réparer et soutenir un ordre international qui a si bien servi les États-Unis et leurs alliés », écrivait-il.

James Mattis est le premier ancien général à devenir secrétaire à la Défense depuis George Marshall en 1950, sous Harry Truman.

Il aura besoin d’une autorisation spéciale du Congrès pour pouvoir entrer en fonction.

Le meeting, premier d’une tournée de remerciement qui doit l’emmener dans les prochaines semaines dans plusieurs États déterminants dans sa victoire, a ainsi pris un tournant inattendu, au grand plaisir de ses électeurs, qui étaient toutefois moins nombreux et moins bruyants que lors d’une réunion publique électrique au même endroit durant la campagne électorale.

« C’est tout lui », sourit Mary Beth Desch, 59 ans, en s’étonnant d’avoir obtenu directement ce « scoop » sur le prochain chef du Pentagone. « Il va tout le temps nous faire des choses comme ça, et c’est pour cela que je l’aime ».

La journée de jeudi était la première vraie sortie de terrain de Donald Trump depuis son élection fracassante, visant à afficher ses priorités ainsi que ses méthodes.

Le milliardaire s’est d’abord rendu dans une usine de l’Indiana, du fabricant Carrier, dont il affirme avoir forcé les dirigeants à renoncer à une délocalisation vers le Mexique, sauvant plus de 1.000 emplois.

Donald Trump a prévenu que les entreprises américaines délocalisant pour élaguer leurs coûts de production en subiraient « les conséquences ».

« Les entreprises ne vont pas continuer à quitter les Etats-Unis sans qu’il y ait des conséquences. C’est fini ça », a lancé M. Trump, sur ce site du fabricant de climatiseurs et appareils de chauffage. « Quitter le pays va être très, très difficile » pour les entreprises, a-t-il averti.

C’est mardi que Carrier avait annoncé renoncer à son projet de délocalisation, une décision facilitée par des aides de sept millions de dollars de l’Etat de l’Indiana, gouverné par le vice-président de Donald Trump, Mike Pence.

Le milliardaire a raconté en détails comment, au cours d’une conversation téléphonique improvisée récemment, il avait forcé la main du PDG du groupe United Technologies Gregory Hayes, présent dans la salle.

Il s’est aussi moqué de ceux qui lui reprochent de galvauder ainsi la fonction présidentielle.

« Ils disent que ce n’est pas présidentiel d’appeler ainsi les dirigeants d’entreprises géantes. Je pense au contraire que c’est très présidentiel et si ça ne l’est pas tant pis », a-t-il déclaré.

Mais les postes sauvegardés ne représentent qu’une goutte d’eau au regard des emplois industriels perdus depuis plusieurs décennies, et les démocrates n’ont pas manqué de s’inquiéter de l’éventuel chantage auquel les patrons américains pourraient s’adonner auprès du nouveau pouvoir pour obtenir des aides publiques.

Retrouvant des accents de campagne dans une salle acquise à Cincinnati le soir, Donald Trump a annoncé que le sauvetage de Carrier n’était « que le début ».

Comme pour se donner un objectif, il a déploré que 70.000 usines aient mis la clé sous la porte depuis l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce, et que près de huit millions d’emplois industriels aient été perdus depuis 2000 aux Etats-Unis.

« Nous allons les ramener », a-t-il martelé, en promettant d’enlever la rouille de la « ceinture de la rouille », la « Rust belt » épicentre de la désindustrialisation.

La salle était près d’à moitié vide, mais les partisans ont retrouvé une facette du candidat Trump, qui a savouré les slogans scandés « Construisez le mur ! », s’est amusé à faire huer la presse et à raconté en longueur comment il avait déjoué tous les pronostics électoraux.

« On s’est bien amusé contre Hillary, n’est-ce pas? », a-t-il lancé.

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