La guerre au Soudan du Sud continue, répercussions pour l’Ouganda

Les troupes de l'armée sud-soudanaise, en plus de violer et tuer, ont écrasé des civils avec leurs chars et brûlé vifs des villageois dans le cadre de la guerre civile qui frappe le Soudan du Sud depuis un an et demi, rapporte Human Rights Watch. (HRW)
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« Le Soudan du Sud est au bord d’une guerre civile ethnique, qui pourrait déstabiliser l’ensemble de la région », affirme la présidente de la Commission des droits de l’homme au Soudan du Sud, Yasmin Sooka. (Archives/HRW)

Le camp de réfugiés Bidi Bidi dans le nord de l’Ouganda est un des plus large au monde, avec plus de 260 000 soudanais du sud et 2 700 de plus par jour depuis le mois de novembre, rapporte l’agence médiatique Reuters. On estime que 300 000 réfugiés soudanais du sud arriveront en Ouganda l’année prochaine en raison de la violence incessante que connaît le pays depuis son indépendance.

Le Soudan du Sud a obtenu son indépendance en 2011, après des décennies de guerre civile entre les populations Arabes musulmanes du nord et Africaines chrétiennes ou animistes du sud. Un nouveau conflit a éclaté en décembre 2013, lorsque le président Salva Kiir, un Dinka, a renvoyé son député Riek Machar, un Nuer.

L’Ouganda accueille déjà 600,000 réfugiés, dont la moitié sont arrivés après juillet suite au conflit entre les forces loyales au président Salva Kiir et celles de l’ancien vice-président Riek Machar.

Ce conflit a replongé le Soudan du Sud dans une spirale de violence peu de temps après la guerre civile qui avait déchiré le pays pendant deux ans. Le conflit entre Machar et Kiir s’était soldé par un accord de paix en août 2015, mais quelques mois plus tard Machar relance ses défenseurs et leur demande d’organiser une résistance armée.

« Ce que nous voyons est une situation sinistre qui est en train de considérablement empirer, » a déclaré Charlie Yaxley, le porte-parole de l’agence des nations unies pour les réfugiés en Ouganda.

L’ONU a rappelé au gouvernement Sud Soudanais sa responsabilité envers la protection de ses citoyens contre un génocide. Le gouvernement a répondu qu’il fournirait une force régionale de 4 000 hommes pour soutenir la mission de paix onusienne qui est déjà sur place.

« Le Soudan du Sud est au bord d’une guerre ethnique qui pourrait déstabiliser toute la région », a expliqué la chef de la commission Yasmin Sooka lors d’une session d’urgence du conseil à Genève.

La majorité des réfugiés du camp Bidi Bidi proviennent de petites tribus du sud du pays, qui ont survécu aux pillages ethniques, viols et meurtres, effectuées, dans la plupart des cas, par des milices Dinka.

Awate Dawa, une veuve de cinquante-six ans and mère de quatre enfants, a raconté à Reuters comment les soldats Dinka sont arrivés avec des machettes au milieu de la nuit, et ont tué sont voisin, un membre de la tribu Kakwa.

Les soldats ont menacé de tuer tout les Kakwas pour leur soutien allégué aux rebelles de Machar.

Certains disent qu’ils sont simplement les victimes de banditisme qui a empiré depuis quelques années, mais beaucoup pensent qu’ils ont été attaqués par les forces gouvernementales après avoir été accusés de soutenir les forces Nuers de Machar.

« Les forces du gouvernement, quand ils viennent, ils parlent Dinka. Si l’on ne répond pas, ils nous tuent. Si tu es Dinka, tu survis, » explique Joyce Poni, une membre de la tribu Pojulu.

Jusqu’à maintenant, l’Ouganda garde ses portes ouvertes aux réfugiés, et leurs permettent de se déplacer librement, travailler, et accéder au services publics tels que les écoles et les cliniques. Malheureusement, la pression que cela exerce sur la société est immense.

« L’Ouganda reçoit les réfugiés non pas pour adhérer aux obligations internationales, mais pour adhérer à notre idéologie pan-Africaine, » explique le ministre de l’information Frank Tumwebaze, « mais les menaces qu’ils posent sont flagrantes. »

La situation au Soudan du Sud a de fortes répercussions au sein des camps de réfugiés, qui risquent de devenir des zones de violences ethniques.

Début décembre, la colère et la désespoir des résidents de Bidi Bidi s’est transformé en confrontation après que des femmes du groupe ethnique Dinka se soient faites violemment attaqués dans le camp par d’autres réfugiés les accusants d’être à la « racine de leur souffrance. »