Les Forces spéciales sous-utilisées parce qu’Ottawa ne les comprend tout simplement pas

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(Archives/Toronto Maple Leafs)

Les Forces spéciales du Canada seraient sous-utilisées parce que, alors qu’elles devraient être amenées à un jouer un rôle toujours plus important dans les conflits à venir, les fonctionnaires à Ottawa ne comprennent tout simplement pas ces unités ou ne savent pas trop comment en faire usage, soutient une récente analyse de l’Institut de la Conférence des associations de la Défense.

Dans son rapport pour l’Institut de la CAD sur l’utilité et l’avenir des Forces d’opérations spéciales du Canada rédigé en collaboration avec H. Christian Breede, professeur au Collège militaire royal du Canada, Christian Leuprecht, chercheur en défense de l’Université Queen’s, met en lumière la sous-utilisation des Forces spéciales et propose des recommandations pour enfin les utiliser au mieux de leurs capacités.

«Il manque actuellement au Canada des politiques, de la culture de la sécurité nationale, des mécanismes, des processus et des méthodes pour optimiser l’utilisation des Forces d’opérations spéciales», affirme le chercheur.

Le rapport recommande donc que les décideurs en matière de défense s’attachent à mieux comprendre les capacités des Forces spéciales canadiennes, notamment en ce qui a trait à leur utilité, à leur formation et à leur niveau de compétences par rapport aux forces conventionnelles.

Pour maintenir les capacités de ces unités d’élite, les chercheurs se prononcent également contre l’expansion rapide ou à grande échelle des Forces spéciales – allant ainsi à contre-courant de la priorité du recrutement pour les forces spéciales mise de l’avant par l’état-major (CANFORGEN 224/16) – et suggèrent plutôt de se limiter à une collaboration ciblée avec les unités conventionnelles.

Pour terminer, les chercheurs recommandent de repenser où et quand les unités des Forces spéciales doivent être utilisées de façon à diminuer le temps de prise de décision, laissant ainsi une plus grande latitude à ces unités d’élite pour agir.

À la lumière de ce rapport, il s’impose d’autant plus de comprendre les Forces spéciales, ce qu’elles peuvent faire et ne peuvent pas faire, ce qu’on peut leur demander, où, quand et comment les utiliser, aussi difficile que cela puisse être, que, en collaboration ou non avec les forces conventionnelles, elles jouent déjà un rôle de toute première importance, comme en fait foi leur action dans la lutte contre l’EI.

Le rapport, qui a été publié afin d’éclairer le gouvernement dans son examen en cours de la politique de défense, souligne que les Forces spéciales auront un rôle de plus en plus important dans la défense des intérêts du Canada et la réponse aux menaces « d’acteurs non étatiques » comme le groupe armé État islamique, Boko Haram et Abu Sayyef.

L’Institut de l’Association canadienne de la Défense est l’organisme de recherche la Conférence des associations de défense (ADC), qui regroupe 51 associations constituantes représentant quelque 400 000 membres au total, et dont une des missions est de promouvoir « un débat public éclairé sur les questions de sécurité nationale et de défense ».

Quant à l’Institut Macdonald-Laurier, voué à la recherche en matière de défense et de sécurité, selon ses propres mots il vise, à ce « les politiques publiques inadéquates deviennent inacceptables […] en proposant des alternatives sérieuses et en offrant des commentaires indépendants et non partisans ».

Une meilleure compréhension de la part des décideurs des Forces spéciales et de leur action semble de plus en plus cruciale pour les conflits à venir.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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