Marine A, le soldat qui a tué un taliban et divise le Royaume-Uni

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Des soldats britanniques participant à l'exercice ANAKONDA, en Pologne, le 16 juin 2016. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Alexander Blackman avait été accusé d’avoir « porté atteinte à la réputation des forces armées britanniques ». (Archives/Daud Vardost/AFP)

Il a exécuté un taliban blessé en citant du Shakespeare. Condamné à la perpétuité pour ce crime de guerre, un soldat britannique dort depuis trois ans en prison mais pourrait fêter Noël en famille si la justice le décide mercredi.

Cela fait trois ans que l’histoire de « Marine A » fascine et divise le Royaume-Uni: elle oppose ceux qui croient au devoir d’exemplarité du militaire et à l’application rigoureuse de la loi à ceux qui renvoient à la réalité brutale de la guerre.

Mercredi, une cour d’appel londonienne doit décider si elle accorde la libération sous caution au sergent Alexander Blackman, alias « Marine A », un Royal Marine de 42 ans aux états de service impeccables jusqu’à ce jour fatal du 15 septembre 2011.

Cet après-midi là, dans la province afghane du Helmand, il achève à bout pourtant un insurgé taliban grièvement blessé dans l’attaque d’un hélicoptère Apache.

« Dépouille-toi de cette enveloppe mortelle, connard. T’en ferais autant », déclame le sergent, paraphrasant Shakespeare avant de faire feu de son pistolet 9 mm, selon les images tournées par la caméra fixée sur le casque d’un autre soldat.

Le sergent se retourne ensuite vers ses hommes et leur lance: « Évidemment, ça reste entre nous les gars. Je viens de violer la Convention de Genève » sur le traitement des prisonniers de guerre.

Deux ans plus tard, il passe en cour martiale et devient le premier soldat de sa Majesté à être convaincu de meurtre sur un champ de bataille depuis la Seconde Guerre mondiale.

« Vous avez trahi et porté atteinte à la réputation des forces armées britanniques » avec ce « meurtre de sang-froid », lui lance le juge en le condamnant à la réclusion à perpétuité avec une période de sûreté de dix ans, ramenée à huit ans en 2014.

« Un meurtre est un meurtre », commente Nicholas Houghton, alors chef de l’armée britannique, lui refusant toute circonstance atténuante.

Homicide involontaire

Mais rapidement, la résistance s’organise pour dénoncer une peine beaucoup trop lourde pour un tel « héros ». « Il a été jeté aux lions par des lâches », fustige le colonel Richard Kemp, ancien commandant en Afghanistan.

Les vétérans se mobilisent. Le député Richard Draw et le romancier Frederick Forsyth proposent de payer la caution de 200.000 livres.

« Est-ce qu’un homme qui a risqué sa vie pendant treize ans pour défendre sa patrie, souvent dans des conditions atroces – les talibans avaient torturé à mort l’un de ses hommes, fait exploser deux autres et pendu les restes d’un quatrième à un arbre – mérite vraiment d’être condamné pour meurtre et jeté dans une prison comme un vulgaire criminel? », s’offusque le quotidien Daily Mail.

Au-delà du cas de « Marine A », les tabloïds s’insurgent contre la menace de procès qui pèse sur d’anciens soldats. Vendredi, deux d’entre eux ont été inculpés du meurtre d’un commandant de l’IRA à Belfast en 1972.

Ils seront des dizaines de vétérans à se rassembler mercredi à Londres devant les grilles de la Cour royale de justice pour réclamer « justice pour Marine A, abandonné par le gouvernement », selon une affiche.

L’épouse du sergent, espère, elle, pouvoir fêter Noël avec son mari à la maison. « Ce serait la cerise sur le gâteau », a confié Claire Blackman à la BBC.

Plus encore que la décision des juges mercredi, qui porte uniquement sur une possible libération sous caution, elle espère une victoire lors du procès en appel qui aura lieu en 2017.

Blackman a toujours nié avoir commis un meurtre en assurant qu’il croyait le taliban déjà mort. Ses avocats espèrent requalifier le crime en homicide involontaire et s’appuient sur un rapport de la Royal Navy suggérant que le sergent Blackman souffrait de stress post-traumatique lorsqu’il a achevé l’insurgé afghan.