Premières évacuations d’Alep, victoire imminente pour le régime (VIDÉO)

Opérations d'évacuation des rebelles et de leurs familles, le 15 décembre 2016 à Alep. (AMC)
Temps de lecture estimé : 7 minutes


L’évacuation a commencé. (AMC)

Les premières évacuations des quartiers rebelles d’Alep ont commencé jeudi, une opération qui devrait à terme sceller la victoire du régime un mois après le lancement de son offensive pour reconquérir la totalité de la deuxième ville de Syrie.

Le premier convoi à partir était composé d’ambulances et de bus avec à bord 951 personnes, dont plus 200 rebelles, et 108 blessés dont des insurgés selon une source militaire. Il a quitté dans l’après-midi le quartier d’Al-Amiriyah encore tenu en partie par l’opposition pour se rendre dans celui de Ramoussa, aux mains du régime.

Un peu plus tard, ces véhicules « sont arrivés » en territoire rebelle, dans l’ouest de la province d’Alep, a indiqué à l’AFP Ahmad Al-Dbis, à la tête d’une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent les évacuations.

Le convoi était ouvert par des véhicules du Comité international de la Croix-rouge (CICR) et du Croissant rouge syrien avec leur drapeaux, suivi par 13 ambulances et 20 autobus verts, selon une journaliste de l’AFP.

« Une fois que le convoi arrivera à bon port, il retournera prendre d’autres personnes pour une seconde navette et ainsi de suite. Nous allons continuer tant que les conditions le permettent », a indiqué Ingy Sedky, la porte-parole du CICR en Syrie.

Quelque 4.000 rebelles et leurs familles sont concernés, selon la télévision syrienne, par cette opération d’évacuation qui pourrait durer plusieurs jours.

[toggle title= »100 000 CIVILS POURRAIENT ÊTRE ÉVACUÉS SELON LA TURQUIE » load= »hide »]

Jusqu’à 100.000 civils pourraient être évacués de la ville syrienne d’Alep, a estimé le vice-Premier ministre turc cité par les médias locaux jeudi, affirmant que la Turquie pourrait installer un camp pour les accueillir en Syrie.

« De 80 à 100.000 civils pourraient être évacués », a affirmé Veysi Kaynak pendant une conférence de presse à la frontière turco-syrienne, a rapporté CNN Türk.

Les quartiers Est de la deuxième ville de Syrie étaient peuplés d’environ 250.000 habitants avant le début de l’offensive il y a un mois, selon des estimations.

M. Kaynak a précisé que si une « demande » émanait de l’opposition syrienne, un camp pourrait être installé en Syrie.

« Les 20 bus transportant les évacués d’Alep à Idleb » dans le nord-ouest « sont arrivés dans une région sûre sous le contrôle de l’Armée syrienne libre », terme désignant l’opposition modérée qui combat le président Bachar al-Assad, a confirmé M. Kaynak à des journalistes au poste-frontière de Cilvegozu.

M. Kaynak a précisé que 30 à 35 blessés se trouvaient dans ce groupe, « certains avec des brûlures graves, certains gravement blessés ».

Quelque 1.150 civils d’Alep sont arrivés dans la région de Rashid dans le gouvernorat d’Alep, a estimé l’ONG turque Humanitarian Relief Foundation.

« Nous avons rapidement distribué du matériel de secours, des vêtements et de la nourriture aux premiers arrivés », a expliqué l’ONG dans un communiqué.

Une source militaire à estimé auprès de l’AFP à Alep que 951 évacués, notamment 108 blessés étaient dans le convoi. La plupart sont des civils, mais il y a également près de 200 combattants rebelles parmi eux, selon cette source.

Le régime syrien préparait jeudi l’évacuation des derniers quartiers rebelles d’Alep. La Turquie et la Russie avaient annoncé mardi la conclusion d’un accord de cessez-le-feu avec l’opposition syrienne pour permettre cette évacuation, mais la trêve avait rapidement été brisée.

L’allié russe du président Bachar al-Assad a accusé les rebelles d’avoir déclenché à nouveau les hostilités, tandis que le parrain de l’opposition, la Turquie, blâmait les troupes du régime et leurs alliés.[/toggle]

La perte d’Alep représente un revers cuisant pour la rébellion, qui avait conquis la partie orientale de la métropole en 2012. Pour le régime, cette victoire, rendue possible grâce au soutien de la Russie, est le plus important succès du pouvoir depuis le début de la guerre en 2011.

L’accord de jeudi fait suite à l’échec d’une précédente initiative, conclue mardi par la Russie et la Turquie, parrains respectifs du régime de Bachar al-Assad et de l’opposition, qui avait finalement capoté mercredi.

« Corridor spécial »

Les premières personnes à partir se sont agglutinées dans les bus, s’asseyant sur les sièges ou à même sur le plancher. La confusion régnait parmi les gens qui se demandaient s’il y aurait un autre convoi dans la journée, a constaté un journaliste de l’AFP, côté rebelle.

Des personnes âgées pleuraient mais d’autres évacués étaient heureux de sortir de l’enfer. D’autres encore hésitaient à monter à bord des bus, craignant que le régime ne se livre à des fouilles, a-t-il ajouté.

Quand les bus ont traversé Ramoussa, des femmes ont lancé des « youyous » des balcons.

Aucun chiffre n’a été avancé mais l’opération devait débuter avec quelque 200 personnes, principalement des blessés et leurs familles, selon un responsable rebelle et un coordinateur humanitaire.

Le trajet vers la région de Khan al-Assal, dans la province d’Alep prend en moyen 15 minutes.

De là certains pourront se rendre vers la province d’Idleb est la dernière place forte de la rébellion, qui contrôle également quelques poches à Deraa (sud) et près de Damas.

Ahmad Al-Dbis, à la tête d’une unité de médecins et de volontaires qui coordonnent les évacuations, avait rapporté dans la matinée des tirs de l’armée syrienne sur une ambulance qui ont blessé trois personnes, dont un membre des Casques Blancs, ces secouristes dans le secteur rebelle.

Des volutes de fumée blanche s’élevaient des quartiers rebelles. Les derniers habitants brûlaient leurs maigres possessions et les insurgés leurs documents, selon des responsables du régime.

[toggle title= »ALEP: L’ARMÉE SYRIENNE RÉQUISITIONNE DE NOUVELLES RECRUES » load= »hide »]

Parti sans se méfier faire des courses pour la première fois dans un quartier tenu par le régime à Alep, Mohammad Walo est passé par un barrage militaire: depuis il est retenu dans un centre d’entraînement de l’armée syrienne.

« Au point de contrôle, ils m’ont dit que je faisais partie des réservistes », témoigne à l’AFP le jeune technicien de 35 ans, veste de cuir sur les épaules. C’était la première fois qu’il quittait son quartier de Hellok, autrefois sous contrôle rebelle, pour se rendre dans le secteur du gouvernement.

Au moment où le régime de Bachar al-Assad a repris un à un les quartiers rebelles d’Alep, l’exode massif de dizaines de milliers de civils fuyant le secteur vient grossir les rangs de l’armée, se félicite le général Habib Safi, chef de la police militaire d’Alep.

Et dans ce centre de la police militaire dans l’ouest de la métropole, plus de 200 hommes de tout âge suivent un entraînement rigoureux aux côtés de M. Walo avant d’entamer leur service militaire ou intégrer la réserve de l’armée, appelée en renfort en temps de crise.

Tous ont un point commun: ils sont originaires des quartiers de l’est, repris par l’armée lors d’une offensive foudroyante lancée à la mi-novembre.

Pour l’armée saignée à blanc, c’est une aubaine. Elle qui comptait 300.000 hommes dans ses unités combattantes en 2011, a vu ses effectifs baisser de moitié en raison des morts et des défections.

« Il est évident que l’armée syrienne ne peut pas être aussi forte qu’elle l’était avant. (…) Nous avons tellement de martyrs, tellement de soldats handicapés », a reconnu le président Assad mercredi lors d’un entretien avec la chaîne de télévision russe d’Etat RT.

Quelque 60.000 soldats syriens ont été tués depuis le début du conflit, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

700 recrues 

« La libération des quartiers Est fournit des jeunes à l’armée arabe syrienne », lance fièrement le général Safi, montrant d’un geste de la main les 220 conscrits qui se tiennent devant lui dans la cour du centre militaire.

Selon lui, l’armée a recruté « près de 700 personnes après le début des combats dans l’est d’Alep, et le nombre augmente ».

Car pour être autorisé à quitter l’est et rejoindre l’ouest, les hommes sont soumis à de stricts contrôles de sécurité pour détecter les insoumis, déserteurs, ou tout individu recherché par la justice.

Ceux qui sont retenus par l’armée passent une semaine dans un centre spécialisé où ils suivent des entraînements.

En Syrie, les hommes de plus de 18 ans doivent effectuer un service militaire obligatoire pouvant aller jusqu’à deux ans, avant d’être automatiquement inscrit sur les listes des réservistes.

Des exemptions existent, pour les fils uniques, les personnes atteintes d’un handicap, ou ceux qui subviennent aux besoins de leurs familles.

Les Nations unies s’étaient inquiétées de la possible disparition de centaines d’hommes ayant quitté les quartiers Est pour rejoindre le secteur du gouvernement. Et une commission d’enquête indépendante de l’ONU évoquait mercredi des « conscriptions forcées ».

Visites familiales 

Les nouvelles recrues à qui l’AFP a parlé, en présence de responsables de sécurité, ont assuré qu’elles étaient bien traitées.

« Je savais que je devais faire mon service militaire, mais j’avais peur », confie le jeune Mohamed Ali, 19 ans. « Mais quand j’ai vu comment ils nous traitaient (à notre sortie d’Alep-Est), je me suis rendu », ajoute le jeune adolescent.

« Je n’ai jamais pris les armes » précise M. Ali. « Je vendais de l’eau dans une citerne fixée sur le toit de ma voiture ».

Et à l’extérieur du centre militaire, des dizaines de femmes et d’enfants attendent avec impatience leur tour pour revoir un fils ou un mari.

« On ne savait pas qu’il était réserviste », déplore Iftikhar Labad, 45 ans, venue voir son fils Ahmad, arrêté il y a deux semaines par l’armée à sa sortie du quartier de Tariq el-Bab.

« Que Dieu le protège », soupire Mme Labad, tenant dans ses bras son petit-fils, encore bébé. « Si Dieu le veut, la guerre prendra bien fin et ils rentreront dans leur foyer auprès de leurs enfants ».

Amine Derzi est lui aussi venu voir son fils. Âgé de 27 ans, il a été interpellé à sa sortie du quartier de Salhine. Et enrôlé, même s’il a été amputé de tous les doigts d’une main après avoir été gravement blessé par une roquette il y a deux ans.

« Il a été soigné mais il a besoin de prendre des medicaments et je suis venu lui apporter », explique-t-il.[/toggle]

Deux villages évacués

Une source proche du régime au fait des négociations a indiqué que des pourparlers se sont terminés jeudi à 03H00 (01H00 GMT). Au terme d’un accord, les blessés et leurs familles sortiront les premiers puis les rebelles et leurs familles ainsi que « 250 militants » anti-régime non armés.

Par ailleurs, des blessés et malades de Foua et Kefraya, deux villages chiites, assiégés par les rebelles dans la province d’Idleb, pourront aussi être évacués vers des zones du régime.

29 bus, des ambulances et des équipes médicales se dirigeaient vers ces deux villages pour évacuer « les cas humanitaires et un certain nombre de familles », a indiqué un responsable du régime à l’agence étatique Sana. Quelque « 1.200 blessés et malades et leurs proches » sont concernés, selon une source sur le terrain.

Mercredi, des centaines de Syriens à Alep avaient attendu en vain dans le froid de pouvoir quitter leurs quartiers assiégés depuis juillet par le régime. Mais, après quelques heures de calme, les violences entre forces prorégime et insurgés avaient repris de plus belle.

L’accord de jeudi a été annoncé un mois jour pour jour après le lancement par le régime de la campagne de bombardements et de combats intenses menés par l’armée syrienne et des combattants étrangers, dont du Hezbollah libanais et de milices irakiennes.

« Environ 100.000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km2 » à Alep, selon Médecins du Monde.

En quatre semaines, l’offensive a coûté la vie à plus de 465 civils à Alep-Est selon l’OSDH, tandis que 149 civils étaient tués par des tirs rebelles à Alep-Ouest.

La Russie et l’Iran doivent participer le 27 décembre à Moscou à une réunion avec la Turquie pour discuter d’une solution politique au conflit en Syrie qui a fait plus de 310.000 morts depuis mars 2011.