Donald Trump envisage la réouverture des prisons secrètes

Les tortures par l'eau, des techniques de torture qui datent de fort longtemps, sont centrées sur l'idée de faire suffoquer la victime. Son statut de torture est aujourd'hui officiellement reconnu (WikiC)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Les tortures par l’eau, des techniques de torture qui datent de fort longtemps, sont centrées sur l’idée de faire suffoquer la victime. Son statut de torture est aujourd’hui officiellement reconnu (WikiC)

Le président américain Donald Trump prépare un décret qui aboutirait à la réouverture potentielle des contestées prisons secrètes de la CIA à l’étranger, fermées par Barack Obama, selon le New York Times mercredi.

Le projet de décret de trois pages, consulté par le quotidien, révoquerait des décrets signés par Barack Obama en janvier 2009 et qui avaient ordonné la fermeture de la prison de Guantanamo (une fermeture bloquée par le Congrès) et des «sites noirs» de la CIA en dehors du pays; l’accès de la Croix-Rouge à tous les détenus des États-Unis dans le monde; et la fin des techniques d’interrogatoires assimilées à de la torture.

Ce projet de décret de M. Trump, non confirmé par la Maison-Blanche, ne déclencherait pas à lui seul la réouverture des prisons de la CIA créées en secret sous la présidence de George W. Bush au début de la «guerre contre le terrorisme». Mais il ouvrirait la voie juridique à leur réouverture.

Le décret réitérerait l’interdiction du recours à la torture, tout en appelant à envisager une modification du manuel d’interrogatoire utilisé par l’armée américaine et la CIA.

Quant à Guantanamo, selon le New York Times, le texte demanderait au Pentagone de continuer à y envoyer des prisonniers d’Al Qaïda et du groupe armé État islamique. Il n’y reste actuellement que 41 prisonniers.

[toggle title= »L’ARTICLE 1 DE LA CONVENTION DES NATIONS UNIES CONTRE LA TORTURE ET AUTRES PEINES OU TRAITEMENTS CRUELS, INHUMAINS OU DÉGRADANTS EST LA DÉFINITION JURIDIQUE INTERNATIONALEMENT RECONNUE DE LA TORTURE » load= »hide »] »

Le terme « torture » désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles. »[/toggle]

Le sénateur McCain s’oppose fermement au retour de la torture

L’interdiction de la torture a été inscrite dans le marbre du droit américain par une loi votée en 2015 par le Congrès et portée par le sénateur républicain John McCain. Les États-Unis ne peuvent avoir recours qu’aux techniques stipulées dans le manuel de l’armée. Un décret ne peut changer cette loi.

«Le président peut signer tous les décrets qu’il veut, mais la loi est la loi, a réagi John McCain dans un communiqué. Nous ne ramènerons pas la torture aux États-Unis».

Le sénateur McCain a aussi rappelé que le nouveau directeur de la CIA, Mike Pompeo, s’était engagé à ce que ses agents limitent leurs techniques d’interrogatoire à celles énumérées dans le manuel de l’armée. Le nouveau secrétaire à la Défense, l’ancien général James Mattis, lui a donné le même engagement pour ses troupes.

«Je suis certain que ces leaders respecteront leur parole», a ajouté John McCain.

En février 2016, le candidat Donald Trump avait déclaré: «la torture marche», en promettant qu’il réinstaurerait la technique de simulation de noyade («waterboarding»), bannie par Barack Obama. En novembre dernier, après avoir rencontré James Mattis, il s’était dit «impressionné» par les arguments du général contre la torture, sans toutefois dire s’il avait changé d’opinion.


Le sénateur républicain John McCain, président du Senate armed services committee et lui même ex-prisonnier de guerre, s’exprime sur la torture ce 25 janvier 2017 sur MSNBC. (MSNBC)