Maison Blanche: Donald Trump reçoit Theresa May qui le met en garde contre Poutine

Les relations entre les Etats-Unis et le Venezuela ne cessent de se détériorer (Photo: Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Le Royaume-Uni espère que les discussions sur un futur accord commercial avec Washington démarrent rapidement. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Le président américain Donald Trump a accueilli vendredi à la Maison Blanche la Première ministre britannique Theresa May pour sa première rencontre avec un dirigeant étranger depuis sa prise de fonction il y a une semaine.

M. Trump, qui a personnellement accueilli Mme May, toute de rouge vêtue, à sa descente de voiture, avait affiché, quelques jours avant sa prestation de serment sa volonté de conclure « rapidement » un accord commercial avec le Royaume-Uni, qui négocie les conditions de sa sortie de l’Union européenne.

Les deux dirigeants, qui se sont serrés main devant un buste de Winston Churchill dans le Bureau ovale avant d’entamer leur tête à tête, devaient s’exprimer lors d’une conférence de presse commune prévue à 13H00 (18H00 GMT).

« C’est un grand honneur d’être ici », a déclaré Mme May qui sait que ses faits et gestes seront scrutés à la loupe par les alliés des Etats-Unis qui s’interrogent sur l’attitude à adopter face au nouveau président américain dont les orientations diplomatiques sont entourées d’un grand flou.

Comme l’a montré l’entrée en matière, tendue et chaotique, de l’administration Trump avec le voisin mexicain autour du projet d’un mur à la frontière, la diplomatie américaine entre dans une ère nettement plus imprévisible.

Les européens en particulier sont clairement méfiants vis-à-vis de celui qui a vu dans le Brexit une nouvelle « fantastique ».

L’administration Trump est un « défi » pour l’UE a lancé le président français François Hollande, quelques heures avant l’arrivée de Theresa May à la Maison Blanche.

« Parfois, les contraires s’attirent », a confié, dans une étonnante formule, Theresa May, fille de pasteur réservée, évoquant sa future rencontre avec l’exubérant et imprévisible septuagénaire.

Sa décision de se rendre à Washington une semaine après la prestation de serment du magnat de l’immobilier a suscité une controverse au Royaume-Uni où les propos de ce dernier sur les musulmans, les femmes ou encore l’usage de la torture ont du mal à passer.

Le Royaume-Uni espère que les discussions sur un futur accord commercial avec Washington démarrent rapidement mais sa marge de manœuvre reste limitée tant que le divorce avec l’Union européenne n’est pas prononcé.

Le Royaume-Uni peut « discuter » d’un éventuel accord de libre-échange avec un pays tiers, mais pas « négocier » tant qu’il reste membre de l’UE, lui a fermement rappelé la Commission européenne.

Mise en garde sur Poutine

« Je n’ai pas encore de secrétaire au Commerce », a par ailleurs souligné jeudi Donald Trump dénonçant l’obstruction de ses adversaires démocrates qui retardent la confirmation par le Sénat de son candidat, Wilbur Ross.

« Ils veulent parler échanges, alors je m’en occuperai moi-même, ce n’est pas un problème », a-t-il ajouté, amusé.

À la veille de son tête-à-tête avec l’ex-homme d’affaires novice en politique, Mme May a profité d’un discours devant les élus républicains rassemblés à Philadelphie pour poser quelques balises.

Oui, il est impératif de réformer les Nations unies mais elles restent « vitales ». Oui, les grandes organisations internationales, de la Banque mondiale au Fonds monétaire international, sont imparfaites, mais elles jouent un rôle central.

Et l’Otan, a-t-elle souligné, reste « la pierre angulaire de la défense de l’Occident ».

Mais c’est sur la Russie de Vladimir Poutine, pour lequel Donald Trump ne cache pas une forme d’admiration, que Theresa May a été la plus explicite.

« Quand on parle de la Russie, il est sage comme souvent de prendre exemple sur le président (Ronald) Reagan qui, dans ses négociations avec son homologue russe d’alors Mikhaïl Gorbatchev, avait l’habitude de suivre cet adage +faites confiance, mais vérifiez+ ».

« Avec le président Poutine, mon conseil c’est +coopérez, mais prenez garde+ », a-t-elle ajouté.

Les présidents Trump et Poutine doivent s’entretenir pour la première fois samedi par téléphone.

La conférence de presse dans les salons de la Maison Blanche sera, en elle-même, un rendez-vous de taille pour le nouveau président.

Grand adepte de Twitter qu’il utilise quotidiennement, Donald Trump ne s’est plié à l’exercice qu’une seule fois au cours des six derniers mois. La dernière fois, le 11 janvier dans le hall de la Trump Tower à New York, il s’en était pris avec virulence aux médias.

Trump reste évasif sur une levée des sanctions contre la Russie

Donald Trump est resté évasif vendredi sur une levée des sanctions contre la Russie, la Première ministre britannique Theresa May réclamant leur maintien, à la veille d’une conversation téléphonique entre le président américain et son homologue russe Vladimir Poutine.

« Pour ce qui est des sanctions, nous verrons ce qui va se passer. Il est très tôt pour parler de cela », a botté en touche le président Trump lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche avec Mme May.

Cette dernière, première dirigeante étrangère à être reçue par M. Trump depuis qu’il est entré à la Maison Blanche le 20 janvier, a jugé que les sanctions internationales de 2014 contre Moscou en raison du conflit ukrainien doivent être maintenues.

« Pour le Royaume-Uni, concernant les sanctions contre la Russie liées à ses agissements en Ukraine, nous avons été très clairs: nous voulons que l’accord de Minsk (NDLR: Accords de Minsk 2 de février 2015, un règlement diplomatique scellé entre Kiev, Moscou, Paris et Berlin pour mettre fin au conflit ukrainien) soit complètement appliqué », a souligné la Première ministre britannique devant la presse.

Et, a insisté Mme May, « nous pensons que les sanctions doivent continuer jusqu’à ce que l’accord de Minsk soit pleinement mis en oeuvre et nous continuons à militer en ce sens au sein de l’Union européenne ».

Les sanctions internationales contre la Russie avaient été déclenchées en réaction au rattachement de la Crimée en mars 2014, suivie de l’intervention russe en soutien à des séparatistes ukrainiens dans l’Est de l’Ukraine.