Équi-Femme, pour les familles des vétérans souffrant de troubles de stress opérationnel

Le chèque de 20 000 $ de "La patrie gravée sur le cœur" et de "Bell cause pour la Cause" qui a permis la création du programme Équi-Femme. (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
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Grâce un appui financier de 20 000 $ du fonds « La patrie gravée sur le cœur » et de « Bell cause pour la Cause, le centre d’équithérapie Équi-Sens a lancé cette semaine le programme Equi-Femme destiné aux conjointes et enfants des vétérans soufrant de blessure de stress opérationnel ou en état de stress post-traumatique (ESPT). Le centre a aussi révélé à cette occasion les résultats préliminaires prometteurs d’une étude sur les bienfaits de l’intervention du cheval auprès de ces vétérans.

Équi-Sens, situé dans le comté de Terrebonne, est un centre d’équitation thérapeutique qui a pour mission d’offrir des séances d’équitation thérapeutique aux personnes aux prises avec des incapacités d’ordre psychosocial, développemental ou physique ou qui éprouvent des difficultés d’intégration sur le plan social.

Fondé en 2005, le centre s’est ouvert de plus en plus à la clientèle de vétérans souffrant de blessures de stress opérationnel et, maintenant, aux conjointes et enfants que ces problèmes touchent de plein fouet.

Ainsi, Équi-sens a lancé en 2015 le programme d’aide pour les vétérans en équitation thérapeutique (PAVÉ). Ce programme d’aide, destiné aux anciens combattants des Forces armées canadiennes qui souffrent d’une blessure de stress opérationnel, est le premier programme francophone pour les vétérans avec un état de stress post-traumatique ou une blessure de stress opérationnel, souligne, non sans fierté, la directrice du centre, Chantal Soucy, qui explique que, dans le cadre de ce programme, « des intervenants spécialisés et qualifiés travaillent avec le centre pour amener une autre forme d’aide, d’appui, de soutien avec les chevaux comme moyen d’intervention ».

Un projet pilote avec les familles de vétérans avait déjà été mené en 2016 chez Équi-Sens pour déboucher aujourd’hui sur ce programme absolument nécessaire pour les conjointes et les enfants.

« Au travers différentes thématiques telles que l’estime de soi, le lâcher-prise, la capacité à mettre ses limites, la communication, la gestion des émotions », le programme que vient de lancer le centre d’équithérapie « propose différents outils pour développer des habiletés afin d’aider [les participants] dans le quotidien », explique les responsables du centre, précisant que, dans le programme, « La thématique du choc post-traumatique est aussi abordé et expliquée pour aider à mieux comprendre les l’état, les causes et les effets ».


La directrice générale d’Équi-Sens, Chantal Soucy, explique à 45eNord.ca comment est né le programme Équi-Femme (45eNord.ca)

Étude sur les bienfaits de l’équithérapie chez les vétérans

Équi-sens a aussi profité du lancement d’Équi-Femme pour communiquer les résultats préliminaires d’une recherche menée par le chercheur de l’UQO et ex-officier des Forces armées canadiennes Dave Blackburn. L’étude menée par le professeur Dave Blackburn de l’UQTO cherchait à évaluer les bienfaits de l’intervention du cheval auprès des vétérans en état de choc post-traumatique, selon le modèle EAGALA, employée par Équi-Sens.

Pour mieux comprendre les effets du programme d’aide en équitation thérapeutique pour les vétérans, l’équipe de recherche de cette étude qualitative a procédé à l’évaluation chez un premier contingent de 10 volontaires du fonctionnement psychosocial avant et après 10 sessions d’équithérapie menées par l’équipe de professionnels de la santé mentale au Centre Équi-Sens à Terrebonne.

L’étude n’est pas terminée et les chercheurs ont encore besoin de volontaires. Les participants recherchés pour le projet: « Blessure de stress opérationnel et équithérapie – Évaluation sommative du Programme d’aide pour les vétérans en équitation thérapeutique (PAVÉ) », sont des anciens combattants des Forces armées canadiennes parlant le français, habitant la province de Québec et ayant été diagnostiqués d’une blessure de stress opérationnel.

Les intéressés peuvent consulter le site web du responsable de cette recherche ou communiquer avec la directrice générale d’Équi-sens, Chantal Soucy.

Résultats prometteurs

Le professeur Dave Blackburn présente le 17 janvier 2017 les résultats préliminaires de son étude sur les bienfaits de l’intervention du cheval auprès des vétérans souffrant de blessures de stress opérationnel. (Jacques N. Godbout/45eNord.ca)
Le profil socio-démographique des premiers participants participants à cette évaluation sommative était le suivant: moyenne d’âge de 50 ans, moyenne d’expérience militaire, 22 ans, un nombre moyen de 5,3 déploiements, 100 % étaient des hommes (deux volontaires féminins n’ayant pas pu terminer l’étude). 90% des participants étaient d’ex officiers, issus de la Force régulière (bien que certains [30%] avaient servi et dans la Réserve et dans la Régulière). La proportion de vétérans mariés était de 80%, 90 % de ces 80% ayant un à deux enfants.

En outre, 90% des participants touchaient des prestations d’invalidité d’Anciens Combattants Canada. Et bien sûr, puisque c’était un des critères de sélection pour cette étude,, ils avaient tous une blessure de stress opérationnel.

Les résultats sont clairement prometteurs a expliqué à 45eNord.ca Dave Blackburn, qui nous a présenté ce qui s’est passé avant, pendant et après les sessions.

Avant de participer au programme P.A.V.É., la majorité des participants avaient fait, soi de la pharmacothérapie, soit de la psychothérapie. Une majorité avaient eu des expériences négatives en psychothérapie et n’avaient pas obtenus les résultats escomptés. Ils étaient donc à la recherche d’autres alternatives pour leur traitement.

La totalité des participants ne connaissaient pas en détails l’équitation thérapeutique. Bien qu’ils savaient qu’on pouvait utiliser le cheval dans un but thérapeutique, ils ne savaient pas ce que cette démarche était véritablement et ce qu’elle impliquait. La majorité avait peu ou pas d’attente envers l’équitation thérapeutique.

Pendant la durée de l’expérience (dix sessions échelonnées sur une période de trois mois), la majorité des participants a développé de nouvelles connaissances, et a tout particulièrement apprécié être à l’extérieur, incluant le manège, où se déroulaient les sessions.

L’étude semble démontrer que l’équitation thérapeutique suscite autant des émotions négatives que positives. Positives en lien tout particulièrement avec le cheval, l’interaction, la relations avec le cheval, mais négatives, aussi, quand arrive le temps de revenir dans le trauma et les difficultés qui ont été vécues dans la carrière militaire.

Les effets à court terme ont été prometteurs. Des améliorations dans l’état général des participants et un mieux-être dans le fonctionnement de ceux-ci au jour le jour ont été observées, dit le chercheur.

Mais le maintien dans le temps de ces effets semble toutefois de courte durée. Après la dernière session d’équitation thérapeutique, les effets vont durer un certain temps, mais à défaut de poursuivre les activités d’équitation thérapeutique, les émotions reviennent et finissent par reprendre le dessus.

Autre élément très encourageant, la totalité des participants, note également le professeur Blackburn, recommanderait à des frères et sœurs d’armes l’équitation thérapeutique comme moyen pour aller mieux et négocier avec la blessure de stress opérationnel.

Pour le chercheur, les deux élément les plus « saillants » sont qu’il y a une appréciation général du programme. La présence du cheval et des intervenant, qui sort du conventionnel et am`ne une dynamique différente, a incontestablement des effets bénéfiques.

Mais, contrairement à la vie militaire où tout est encadré, le chercheur note que la grande ouverture et un « laisser-aller » qui se veut profitable amène cependant chez certains ex-militaire de la confusion et une certaine frustration. Certains auraient sans doute préféré avoir un plan clair et des ordres directs.

Bell et «La patrie gravée sur le cœur»

Bell et «La patrie gravée sur le cœur», qui ont rendu possible la mise sur pied de ce programme et l’étude du professeur Blackburn, sont quant à eux impliqués à fond dans la promotion de la santé mentale chez les vétérans.

Bell a déjà une solide tradition de promotion de la santé mentale. L’initiative Bell Cause pour la cause fait chaque année la promotion de la santé mentale au Canada par l’intermédiaire de campagnes nationales de sensibilisation et de lutte contre la stigmatisation, comme la Journée Bell Cause pour la cause et un important financement par Bell des soins communautaires, de l’accès aux soins, de la recherche et des programmes en milieu de travail.

Quant à «La patrie gravée sur le cœur» à laquelle Bell s’est associé dans ce cas, c’est est un organisme caritatif national qui rend hommage aux sacrifices des membres des Forces canadiennes, des anciens combattants et de leurs familles, en temps de paix et durant les conflits. L,organisation finance des programmes uniques et des recherches novatrices dans les domaines du soutien et des services de santé offerts aux familles, de la santé physique et de la réadaptation, de la santé mentale et du bien-être, ainsi que de la recherche et de l’innovation.

L’étude, qui devrait aussi permettra de mieux comprendre les forces et les faiblesses du programme, se poursuit donc avec, pour compléter l’échantillon, une nouvelle cohorte de participants qui devraient commencer l’expérience en mars pour la terminer en juin. L’analyse finale se fera dans le courant de l’été et le rapport devrait être publié à l’automne.

D’ici là, l’équitation thérapeutique apparaît déjà de plus en plus comme un outil efficace pour aider nos vétérans, dont les blessures sont souvent très profondes, à retrouver l’équilibre qui leur permettra d’être de nouveau heureux et, à condition probablement de poursuivre le traitement, à maintenir cet équilibre de façon à avoir la vie qu’ils méritent tous après avoir servi le pays dans des conditions difficiles et exigeantes.

Mon médecin a des sabots, pourront-ils alors dire fièrement.