Frappe de nuit sur le fief du groupe État islamique en Syrie

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Frappe de nuit sur Raqa, le fief du groupe État islamique en Syrie(Archives/Défense)

« Mission 153, cible au nord-ouest de Raqa, à 15 nautiques: c’est un pont »: les deux équipages de Rafale qui s’apprêtent à décoller vers le fief du groupe Etat islamique en Syrie sont briefés une dernière fois sur la météo, la situation au sol et leur objectif.

Si l’heure est à la bataille de Mossoul, rue par rue, du côté irakien, celle de Raqa, prochain objectif de la coalition anti-EI, est déjà réelle dans les airs à défaut d’être engagée au sol.

À Raqa, « pour l’instant c’est la pause. Les Kurdes en profitent pour renforcer leurs positions. Daech aussi » (acronyme arabe de l’EI), résume l’officier de renseignement devant les trois aviateurs français prêts à partir en mission, depuis une base jordanienne.

« Les Russes aussi nous ont prévenus de frappes possibles dans le secteur. Donc c’est pas impossible d’en croiser », ajoute-t-il pour compléter le tableau.

Ce soir-là, huit avions de la coalition – américains, anglais et français – vont mener un raid sur une vingtaine d’infrastructures afin de perturber les flux de combattants djihadistes à l’entrée et la sortie de Raqa.

Depuis deux jours, les deux équipages français sont totalement concentrés sur leur mission : ils vont larguer une bombe de 1.000 kg chacun – la plus puissante de l’arsenal français – afin de détruire le pont à ses deux extrémités. Ces munitions rejoignent leur cible par guidage laser, une manœuvre délicate si les nuages s’en mêlent.

« Dans la bulle »

« On est dans la bulle depuis hier soir. Mais on part confiants, motivés. On fait tout notre entraînement pour avoir ces missions-là », résume « Passepartout » – les pilotes ont tous un surnom et ne donnent jamais leur nom.

Les attentats meurtriers planifiés à partir de Raqa qui ont endeuillé la France en 2015 et 2016 sont dans tous les esprits. « On a perdu plus de 200 des nôtres (à Paris et à Nice). Les gens sont motivés, n’ont pas d’état d’âme », souligne le commandant de la base, le colonel Jean-Luc qui ne donne pas son nom pour des raisons de sécurité.

Dans un ultime jeu de rôles, « Chouf », « Angela » et « Passepartout » – qui volent sur un Rafale biplace et un monoplace – passent en revue la mission et tout ce qui pourrait venir la contrarier.

Consigne numéro un: éviter tout dommage collatéral. « Toi tu restes sur +target+ à 19.000 (6.000 mètres). Tu nous préviens si jamais il y a des bagnoles ou quoi », lance « Passepartout », qui doit frapper en premier, au pilote du monoplace.

La cible, repérée par un des multiples capteurs de renseignement qui écument la zone – chasseurs, drones, avions de reconnaissance et d’écoute électronique – a été validée trois jours plus tôt par la coalition anti-EI dirigée par les Etats-Unis au Koweït.

À J-2, la France, deuxième contributeur de la coalition (avec 7% des frappes) derrière les Américains (80%), a donné son feu vert pour la participation des Rafale basés en Jordanie, à moins de 40 minutes de vol de Raqa.

À J-1 le détail de la mission est arrivé.

« Merci man »

Avec 14 Rafale stationnés en Jordanie et aux émirats arabes unis, l’armée de l’Air française mène l’une de ses campagnes aériennes les plus intenses depuis la Seconde guerre mondiale.

Plus de 3.300 sorties aériennes et 700 frappes ont été réalisées depuis l’automne 2014 à partir de la base jordanienne, soit 60% de l’effort aérien français contre l’EI (qui comprend aussi les engagements du porte-avions Charles de Gaulle). Les avions y décollent jour et nuit, sans relâche.

Ce jour-là, à 21H00 locales, les Rafale de la mission 153 prennent leur envol pour Raqa dans un rugissement de réacteurs qui déchire la nuit noire du désert jordanien. A 23H50, ils reviennent au bercail, délestés de leur bombe.

« La météo c’était la grosse inquiétude. Finalement les nuages n’étaient pas sur zone, ils étaient décalés d’une vingtaine de km (…) C’est toujours satisfaisant ce genre de mission », confie « Angela », tout juste redescendu de son cockpit.

« C’était une mission particulière, c’est un soulagement d’avoir réussi à faire cela. Avec les Anglais, les Américains, il y eu des interactions (…) Tout s’est très bien passé », renchérit « Passepartout ».

Les deux co-équipiers peuvent enfin souffler et se congratuler. « Passepartout, merci man ! », lance le pilote à son navigateur dans une solide poignée de mains.

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