Irak: craintes pour les civils dans l’ouest de Mossoul avant un assaut

Des membres des forces irakiennes dans le sud de Mossoul, le 13 janvier 2017. (AFP/Mahmoud AL-SAMARRAI)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Des membres des forces irakiennes dans le sud de Mossoul, le 13 janvier 2017. (Archives/AFP/Mahmoud AL-SAMARRAI)

Environ 750.000 civils habitant l’ouest de Mossoul sont confrontés à « un risque extrême », a averti mardi l’ONU avant un assaut des forces irakiennes pour reprendre au groupe Etat islamique (EI) cette partie de la deuxième ville d’Irak.

Près de 100 jours après le début de l’offensive d’envergure pour chasser l’EI de son dernier bastion majeur en Irak, les troupes irakiennes et les djihadistes ont pris position des deux côtés du fleuve du Tigre qui divise la ville septentrionale.

Il a fallu trois mois aux forces d’élite irakiennes pour reconquérir la quasi-totalité de la partie orientale de la ville au prix de violents combats, mais la bataille s’annonce plus dure dans la partie occidentale avec ses ruelles étroites, notamment dans la vieille ville, et face à des jihadistes mieux implantés.

« Nous espérons que tout sera fait pour protéger les centaines de milliers de personnes de la rive ouest du Tigre. Elles font face à un risque extrême et nous craignons pour leur vie », a déclaré Lise Grande, la coordinatrice humanitaire de l’ONU pour l’Irak, dans un communiqué.

Des habitants et des militants ont affirmé à l’AFP que l’EI avait forcé les civils le long de la rive ouest du Tigre à quitter leurs maisons et échoppes.

« Le groupe nous a obligés à quitter nos maisons sans nous laisser prendre nos affaires » car la zone « va devenir un champ de bataille », a dit un habitant. « Ils ont installé des positions de tirs et ont posté des snipers sur les toits et aux fenêtres ».

De l’autre côté de la rive, les forces d’élite irakiennes leur font face et leurs équipes de génie s’activent à mettre des ponts flottants pour attaquer à travers le fleuve, selon certaines informations.

Tous les ponts de Mossoul ont été détruits par l’EI ou par les bombardements de la coalition internationale antidjihadistes menée par Washington qui a aidé les troupes irakiennes à reprendre deux-tiers du territoire conquis par l’EI en 2014.

« Depuis le début de leur lutte contre l’EI, les forces irakiennes ont appris à établir des ponts, y compris sous le feu de l’ennemi », a assuré le colonel John Dorrian, porte-parole de la coalition internationale.

Des dizaines de milliers de militaires assiègent de tous les côtés les djihadistes dans l’ouest de Mossoul, la ville où le chef de l’EI Abou Baqr al-Baghdadi avait fait en juillet 2014 sa première apparition publique en appelant les musulmans à lui « obéir ».

‘Terrifiant’

L’ONU avait mis en garde contre un exode massif avant le début de l’offensive le 17 octobre, mais seuls 180.000 ont fui Mossoul jusque-là selon l’organisation internationale.

Alors que la ville était habitée par environ deux millions de personnes avant sa conquête par l’EI, l’ONU estime à quelque 750.000 le nombre des habitants dans l’ouest. « Nous ne pouvons pas écarter la possibilité d’un siège ou d’un exode en masse », a dit Mme Grande.

« Jusqu’à aujourd’hui, près de la moitié des victimes à Mossoul sont des civils. Et le risque que les familles encourent est terrifiant », a-t-elle ajouté.

Aucun bilan de victimes -civils, soldats ou djihadistes- n’a été fourni depuis le début de l’offensive.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), qui assiste certaines familles déplacées, s’est inquiété de l’absence d’accès à l’ouest de la ville. « Ceux qui sont toujours coincés à Mossoul sont confrontés à un plus grand danger en raison des combats et des pénuries ».

Une reprise totale de Mossoul porterait un coup très dur au « califat » proclamé en juin 2014 par le groupe jihadiste responsable d’atrocités sur les territoires conquis en Irak et en Syrie voisine.

Le prochain objectif majeur serait Raqa, le principal bastion du groupe en Syrie, que des forces kurdes syriennes aidées de la coalition internationale cherchent à reprendre.

Même si l’EI, cible de plusieurs offensives, a perdu beaucoup de terrain depuis plus d’un an, il garde une force de frappe en commettant des attentats meurtriers en Irak et en lançant des offensives en Syrie.